
Depuis le printemps 2024, le catamaran du festival Art Explora sillonne le pourtour méditerranéen avec au programme : exposition d’œuvres immersives, pavillons à quai et ateliers éducatifs. Blanche de Lestrange, directrice artistique de la Fondation Art Explora revient sur l’enjeu culturel et écologique de ce festival. Entretien.

Pourquoi avoir choisi ces escales et la Méditerranée ?
Blanche de Lestrange : La première itinérance du festival a pour objectif d’approfondir, à travers le regard des artistes, les questions et défis actuels auxquels la région méditerranéenne est confrontée. Les thématiques telles que la migration, l’hospitalité, l’environnement, la sauvegarde du patrimoine menacé sont autant d’enjeux complexes qui seront abordés. Le festival relie les ports et les villes de toutes les étapes pour un dialogue à grande échelle. Il se lance à la rencontre des publics de la Méditerranée dans une logique de décloisonnement et d’ouverture. Ce projet collaboratif permet une nouvelle forme de coopération culturelle et un nouveau maillage de la création contemporaine et des publics.

Vous insistez dans la présentation du festival sur les enjeux environnementaux : comment cela se traduit-il concrètement dans la programmation et l'organisation ?
B. d. L. : Art Explora s’engage dans une démarche environnementale et sociétale durable aussi bien dans sa programmation que dans l’organisation de ses manifestations. Nous avons mis en place un format de programmation dédié à ces questions : les Weekends Océan, qui se dérouleront à chaque étape du Festival Art Explora. À cette occasion, nous invitons le public à des tables rondes avec des chercheurs et chercheuses, des scientifiques et des artistes pour discuter de la question de l’urgence climatique et de la préservation des océans dans une perspective locale et internationale, mais aussi à des interventions de personnalités inspirantes, des projections de films, des diffusions de pièces sonores, des ateliers avec des ONG… Quant à l’organisation du festival, nous faisons appel à des experts pour mieux comprendre les enjeux et adopter de meilleures conduites en amont et sur site.


Comment le festival entend-t-il limiter son impact sur l'environnement ?
B. d. L. : À Marseille, nous avons utilisé l’énergie disponible à quai avec un contrat d’électricité vert, ainsi que des dispositifs sur place comme le tri des déchets, y compris des mégots avec une association spécialisée (Recyclop), des fontaines à eau, le compostage et la gestion des invendus alimentaires, entre autres. Nous avons aussi la volonté de nous insérer dans les réseaux d’économies sociales et solidaires et de soutenir les initiatives locales qui vont dans ce sens. Par exemple, au Maroc, nous sommes en partenariat avec l’association « 100% Mamans » qui promeut l’insertion sociale et la production alimentaire locale en courts circuits.

Comment le programme de sensibilisation et de soutien aux questions environnementales va-t-il être développé ?
B. d. L. : Les Weekends Océan sont un format que nous souhaitons conserver à chaque étape du Festival, toujours en collaboration avec les commissaires locaux, ce qui permet une approche locale et pertinente. Avant la première étape à Marseille, nous avons également mis en place une formation des équipes avec Aremacs (Association pour le Respect de l'Environnement lors des Manifestations Culturelles et Sportives), centrée sur deux volets : un état des lieux du monde culturel en termes d’impact écologique, et un guide de bonnes pratiques individuelles à adopter lors de manifestations culturelles. Nous souhaitons reproduire ces formations prochainement pour continuer la sensibilisation en interne. Des chartes d’éco-responsabilités sont aussi envoyées au public à chaque réservation de billet, en guise de guide de bonnes pratiques.

Comment est-ce possible aujourd'hui selon vous de concilier festival autour de l'art et du voyage avec respect de l'environnement ?
B. d. L. : En effet, il s’agit d’un enjeu central pour ce projet. Nous souhaitons penser ce festival itinérant comme un outil innovant pour aborder des problématiques environnementales, intrinsèquement liées aux questions de mobilité de l’art et des publics. Dans le même sens, il s’agit aussi de créer des ponts culturels et artistiques autour de la Méditerranée. En ce sens, ce festival a pour objectif d’ouvrir un nouveau dialogue sur des enjeux écologiques et humains à une échelle régionale, tout en intégrant dans la programmation des éléments spécifiquement dédiés à ces questions, mais aussi une programmation locale. En amont du festival, nous développons des outils pour rendre la production du festival plus durable, dans l’accueil des publics, l’alimentation, des partenariats avec des associations. Les actions globales à l’échelle de la Fondation ainsi que les actions individuelles toutefois non négligeables sont encouragées en amont du Festival et sur le terrain.

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Photo de couverture : © Salaheddine El Bouaaichi à Rabat







