Le temps, c’est de l’argent (non.)

Simon Létourneau
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Augustine Dabout Agreenculture carbo

* Article initialement publié sur Usbek & Rica

L’écologie – au sens premier du terme – n’est pas envisageable sans une reprise en main, individuelle et collective, de notre rapport au temps.

Ne serions-nous pas plus heureux avec plus de temps ? 

Quand on interroge des personnes âgées, en fin de vie, et qu’on leur demande quel est le plus grand regret de leur vie, ce qui aurait permis de les rendre encore plus heureux, elles répondent majoritairement qu’elles auraient souhaité avoir plus de temps. Plus de temps pour quoi faire ? Peu importe, du temps. Pour être en famille, prendre soin de soi, des autres, apprendre, lire, voyager, être dans la nature, être seul, etc. Pour pouvoir « travailler » aussi, mais travailler autrement, sur des projets professionnels, personnels, en lien avec leurs convictions, leurs passions.

C’est à se demander : est-ce que notre vie nous « appartient » vraiment ? Pourquoi sommes-nous toujours à court de ce temps dont on dit qu’il est précieux, d’or ou d’argent ? 

Time is money?

Nous vivons dans un monde où notre temps d’existence est devenu une commodité au sens où les anglophones emploient ce terme (c’est-à-dire une « marchandise »). Un flux de marchandises qui doit sans cesse être « optimisé ». Tout doit aller plus vite : l’apprentissage, l’information, les voyages, les relations… Et pour toutes ces choses, notre temps est compté. Même si les innovations technologiques nous laissent croire que nous pouvons continuer à franchir les barrières du temps.

Ce « gain de temps » n’est qu’une illusion puisqu’il ne se fait qu’au prix de profondes dégradations qui laissent des traces désormais indélébiles sur notre planète. Comme le temps du voyage, qui ne pense qu’à la destination et se moque des dégâts laissés sur son trajet. Alors qu’il y aurait tant de possibilités de voyager autrement…

Réussir à s’extraire de ce dogme n’est pas seulement une démarche individuelle. C’est un combat collectif et politique. Il s’agit de réfléchir, en tant que société, à ce que nous voulons faire de notre temps. Notre temps individuel, notre temps avec les autres. Mais aussi, plus largement, du temps, pas juste celui des êtres humains mais celui de la planète, du vivant. Car le temps est aussi notre plus grande source d’harmonisation avec la nature. Il est ce qui nous relie à elle et à toutes les formes de vie qui la composent, chaque espèce, chaque élément, chaque phénomène présentant des temporalités qui façonnent nos conditions d’existence.

« Nous sommes la nature qui se défend », clament certains mouvements écologistes militants. Alors, puisque nous sommes la nature, réapprenons à vivre avec elle, et en son sein ! 

Re-synchronisation avec la maison commune

C’est la clé de l’écologie. L’écologie au sens premier du terme, en tant que science de la maison, celle des relations entre les éléments, le vivant et leur milieu. Et pour faire vivre cette maison, il nous faut du temps. C’est ça oui, du temps pour moins de consommation et plus de relations. Reconquérir le temps pour mieux tisser nos liens et faire monde commun. Humains et non-humains. Quelle belle utopie !

Plus de temps pour soi, pour explorer son corps, ses sensibilités, ses désirs, son esprit, continuer d’apprendre, rêver, développer ses envies, flâner, s’émerveiller et vivre. Plus de temps pour les autres, pour prendre soin de ses proches, ses amis, sa famille. Et les inconnus aussi, ceux qui en ont besoin, qui sont délaissés, opprimés. Prendre le temps d’écouter, de communiquer, d’aider, de se mobiliser. De s’investir dans le vivre ensemble.

C’est notre temps qui est le plus cher, et qui constitue notre plus beau cadeau pour autrui. Plus de temps pour la nature, pour réapprendre à cohabiter sans dominer, sans exploiter, sans détruire. Faire avec ses rythmes, ses temporalités, ses cycles, parfois réguliers, parfois imprévisibles. 

Le temps, c’est du care

Depuis quelque temps, on parle d’une nouvelle « révolution romantique » mettant l’amour, le soin et l’empathie au cœur de la lutte contre l’emprise du monde moderne ? Le care comme acte de résistance et de réenchantement ? Mais comment cultiver ce care sans avoir de temps, sans pouvoir prendre le temps ?

Cette réappropriation du temps comme point d’entrée dans les récits écologiques nous semble indispensable. C’est atypique, ce n’est pas simple, mais cela ouvre des pistes de réflexions profondes et excitantes. Replacer le temps au cœur des réflexions de nos sociétés, afin de réconcilier les temps individuels, collectifs et planétaire nous permettrait peut-être d’atteindre un monde écologique et heureux. En tout cas, c’est une utopie qui nous donne envie.

Simon Létourneau
Simon est cofondateur et CEO de Carbo. Ancien d'Usbek & Rica, il a piloté et accompagné la stratégie de croissance d’une dizaine de start-ups et place aujourd'hui tous ses efforts dans la lutte contre le changement climatique !
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