La Mad Jacques, partir à l’aventure sans claquer son bilan carbone

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màj en juin 2024

3 000 auto-stoppeurs, des déguisements farfelus, et un bled de 537 habitants. La Mad Jacques Stop est une course atypique dont les participant•es partent en stop depuis les quatre coins de la France pour rejoindre Chéniers, un petit village du fin fond de la Creuse. Au programme : musique, expos et conférences. Enfin, pour celles et ceux qui arrivent à destination… Notre journaliste Estelle y est parvenu, elle nous raconte.

Récit d’une auto-stoppeuse en panique

« Sans risque, pas d’aventure : la Mad Jacques ne garantira jamais l’arrivée. » Voici le message que vous trouverez sur le site de la Mad Jacques avant de prendre votre billet pour sa course en stop. À côté, quelques infos statistiques calculées sur les éditions précédentes de la course, donnent le ton : les binômes feront ainsi « des trajets de 400 km en moyenne », avec une moyenne de « 12.5 anecdotes rocambolesques » chacun à raconter à l'issue de la course.

En bonne citadine n’ayant jamais fait d’auto-stop, autant vous dire que l'assurance manquait. Seulement, quand le jour fatidique est arrivé, il a bien fallu se lancer. Voilà comment je me suis retrouvée un samedi matin avec ma binôme sur le bord d’un rond-point, à tendre le pouce en essayant tant bien que mal de masquer par un grand sourire la panique que je ressentais face à ce grand saut dans l’inconnu.

Tour à tour, nous avons croisé la route de 12 humains incroyables, comme Tristan, notre sauveur après trois heures d’attente interminable à la sortie de Lyon. Ou encore Céline, qui a insisté pour nous laisser son numéro « en cas de besoin ». Sans oublier Axele et Malaury, qui nous ont amenées jusqu’au bout, alors qu’on avait presque abandonné tout espoir.

Au total, il nous aura fallu treize heures pour parcourir la route entre Lyon et Chéniers (à la place des 3h30 habituelles). Autant dire que nous avons failli baisser les bras plus d’une fois. Et pourtant, malgré la pluie, les galères, les douleurs aux pouces et aux zygomatiques, nous sommes arrivées à destination. La preuve que la persévérance finit par payer.

Une aventure humaine avant tout

Au total, 1 425 000 km ont été parcourus sur la journée par l'ensemble des participants à la Mad Jacques Stop, dont certains trajets en corbillard, en véhicule de gendarmerie, en camion de pompiers, en train, et même en péniche ! Et souvent, avec d'incroyables déguisements.

Créé en 2017, la Mad Jacques est une aventure collective qui se décline en plusieurs « courses d'aventures », qui se déroulent, selon les formats, en stop, en trek, en vélo ou en canoë, et qui, toutes, marient sport et fête. C'est un format inventé par DavaïDavaï (qui avait également créé la Bad Bertha, et la Check Maurice) et l’association ÇaPasseÇaPasse, en charge de la programmation du festival. Les raisons pour participer aux courses de la Mad Jacques sont nombreuses : pour le challenge, pour vivre une aventure, pour sortir de sa zone de confort… Mais de tous les participants et participantes que nous avons rencontré·es, la motivation qui revenait le plus souvent était l’envie de vivre une aventure humaine, faire des rencontres, et créer du lien. Comme pour Mélanie et Camille, ce duo de princesses (c'était leur déguisement) venues de Paris : « On avait envie de partager des moments forts avec des inconnu·es. C’est fou comme les gens peuvent se livrer quand ils savent qu’ils ne vous reverront probablement jamais. »

Et justement, s’il fallait retenir une chose de cette aventure, c’est que contrairement à ce que l’on peut croire, la solidarité et l’entraide n’ont pas encore disparu de notre civilisation. Pour venir en aide à un binôme d'Angevins, une conductrice s’est ainsi arrêtée alors même qu’elle venait d’apprendre que l’alarme incendie de sa maison s'était déclenchée. « C’est complètement fou ! Après nous avoir raconté la situation, elle nous a simplement dit : "bon par contre je suis un peu pressée" », raconte Vincent, encore étonné de cet élan de gentillesse.

Il y a aussi ce couple, parti pour faire un week-end en van à 30 minutes de chez eux, et qui se sont laissés convaincre par un binôme, de faire un « détour » de 300 km pour les emmener jusqu’à l’arrivée et profiter du festival. Sans oublier les Creusoises et Creusois qui se mobilisent chaque année pour aider les auto-stoppeurs à faire les derniers kilomètres jusqu’à Chéniers. Ces récits sont la preuve qu’il faut garder foi en l’humanité. Peut-être gagnerait-on d'ailleurs à voir la transition écologique actuelle comme une course d'auto-stop : après tout, c’est grâce à nos capacités d’entraide et de solidarité qu’on arrivera victorieux à l'arrivée.

Démocratiser le voyage bas carbone

À la Mad Jacques Stop, pas besoin de parking géant à perte de vue pour accueillir l'ensemble des festivaliers. Grâce à la magie du stop, les voitures repartent, et le petit parking du cimetière suffit pour accueillir les 3 000 festivaliers venus de toute la France.

C’est l’un des objectifs de l’événement : montrer que l’on peut voyager autrement. Et que non seulement c’est écologique, mais qu’en plus c’est fun ! « La recherche d'un autre rapport au voyage et à la nature : moins consumériste, moins polluant, où on est invité de passage plutôt que conquérant », voilà la raison d’être de la Mad Jacques. Pourquoi voyage-t-on ? Pour l’aventure ? Les rencontres ? Sortir de sa zone de confort ? La Mad Jacques Stop est bien la preuve qu’il n'est pas nécessaire de prendre un avion pour partir à l’autre bout du monde. Il n’y a qu’à tendre le pouce et se laisser porter. « La Nouvelle Frontière, c’est la Creuse, pas Djakarta, lit-on sur leur site. Les steppes mongoles du 3e millénaire commencent au Nord de l’Aubrac et les nouvelles routes de la Soie sont en Picardie. ».

Sur l’événement en lui-même, on retrouve des activités sur la thématique du voyage, mais aussi de l’écologie. On peut par exemple participer à une Fresque du climat ou un Climate workout (atelier pour apprendre et actionner les bases sur le climat). On regrette toutefois que cette thématique n’ait pas été plus présente dans les conférences et débats organisés, ainsi qu’à la cérémonie de clôture.

Place à la culture

N’oublions pas que la Mad Jacques reste un festival, avec une programmation culturelle. Entre la scène et le chapiteau, on peut trouver des DJ sets, de la musique live, une fanfare, et même un bal trad'. Cette année, on pouvait également discuter avec le photographe Guillaume Blot, invité sur l’événement pour exposer quelques clichés issus de sa série documentaire Rades, un tour de France des bistrots, ces lieux de partage en voie de disparition.

« Les open airs parisiens, c’est sympa mais les fêtes de village c'est mieux » - organisateurs de la Mad Jacques

Crédit photos : © Estelle Serrero

Merci à Géraldine, ma formidable binôme, sans qui je n’aurais jamais vécu cette aventure invraisemblable. Et merci à nos conducteurs·rices, Tristan, Maxime, Isabelle, Denis, François, Pascal, Dimitri, Valentin, Maxoum, Céline, Axele et Malaury pour leur confiance et leur humanité.

Estelle Serrero
Estelle est rédactrice web freelance. Par sa plume, elle s'engage à rendre visible tout sujet lié à l'Eau, l'Énergie et l'Environnement.
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