Compost Collaps : « On peut faire de la techno sans détruire notre planète »

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màj en novembre 2025

Ses bâtons de ski qui cognent la « CC-220 », un instrument fait-maison 100 % récup, vous feront entrer en transe. Compost Collaps est un percussionniste venu du 22e siècle qui joue de la musique techno et électro low tech. Façon 22e siècle. Rencontre.

Atterri dans notre espace-temps par hasard, Compost Collaps s’est donné pour mission de nous projeter dans un futur désirable et soutenable à travers sa musique. Il a « l’envie qu'existent et perdurent la techno sans les high-tech, les rave-parties sans le pétrole. » Rien qu’avec son corps : deux bras et deux jambes qui tapent aussi vite que la planète se réchauffe. De la techno qui s’écoute autant qu’elle se regarde. L’artiste du 22e siècle passera-t-il près de chez vous ? En attendant, sur sa chaîne Youtube, il dévoile les clips de son premier EP, Chapelle 2120, épisode par épisode, telle une série.

© Marcela Furlan Acosta

Hello Compost Collaps. D’où viens-tu ?

Compost Collaps : Je suis un musicien du post-collaps, au 22e siècle. C’est un futur très différent de notre présent actuel, dans lequel le monde a bien changé et a été organisé très différemment. Il n’y a plus d’argent, donc plus de riches, plus de pauvres, plus de nations, plus de frontières, plus de prisons... Tout appartient à tout le monde. 

Comment as-tu atterri dans notre présent ?

C. C. : Par hasard, à un moment où je jouais de la musique dans une chapelle. Je me suis retrouvé au même endroit un siècle avant, dans la même chapelle.

« Les déchets du 21e siècle sont de l’or au 22e. »

Pour exprimer ta musique tu as construit une CC-220, c’est quoi exactement ?

C. C. : Elle reprend les sonorités d’une boîte à rythme électro du 21e siècle mais uniquement avec des déchets de la civilisation industrielle. Pour le kick, j’ai un gros bidon de 220 litres. Pour les basses, j’ai différents tubes en polystyrène extrudé. Pour les caisses claires, j’ai différents types de ferraille. Et j’ai aussi ajouté des éléments plus personnels, comme un baril de pétrole, une grande scie passe-partout, des casseroles. Les déchets du 21e siècle sont de l’or au 22e : on les collecte et on en prend soin. L’industrie a disparu au profit de l’artisanat. On s’est réapproprié les moyens de production, donc les déchets sont beaucoup moins nombreux. Tout est basé autour du principe des low tech.

Pourquoi vouloir faire la même musique ici que dans votre futur ?

C. C. : Car c’est ce que je sais faire en tant que musicien traditionnel, et j’ai remarqué que ça n’existait pas trop ici. En voyant le monde au 21e siècle, et en connaissant le 22e avec un climat modifié et des ressources limitées, je me suis dit qu’on pouvait peut-être changer le courant des choses et commencer tout de suite à avoir un mode de vie plus sobre et plus respectueux des générations futures. J’ai l’impression qu’au 21e siècle, les imaginaires du futur sont soit ultra-technologiques avec Elon Musk qui veut aller sur Mars, soit dystopiques ou apocalyptiques. Le futur d’où je viens n’est ni l’un ni l’autre : il est beaucoup plus enviable que tout ça. Je veux en parler pour montrer qu’il existe et qu’on peut y tendre. Ma musique sert à soutenir toutes les personnes que je sens déjà prêtes pour le monde d‘après, celui d’où je viens. Et accessoirement, j’aimerais m’assurer de bien retrouver mon époque.

Comment procèdes-tu au choix de tes percussions ? Tu tapes sur chaque déchet ? 

C. C. : Ce sont les déchets que je rencontre qui construisent ma musique. J’ai aussi des inspirations : les batteurs de rue et des gens qui tapent avec des matériaux détournés, qu’on appelle les luthiers sauvages. C’est l’art de créer des instruments avec des choses qui ne sont pas prévues pour. Ça existe au 21e siècle, avec des collègues précurseurs : la communauté des street drummers comme Dario Rossi, le groupe Stomp. Après, il y a aussi des luthiers sauvages célèbres comme le Blue Man Group, Max Vandervorst, Alfred Spirli ou les Fo’Plafonds

Est-ce que tu aimerais inspirer d’autres luthiers sauvages ?

C. C : Le but c’est d’aller jouer un peu partout à droite à gauche pour que les gens s’en inspirent au plus vite. On peut faire les musiques qu’on aime sans la tech qui détruit notre planète. Et ce principe peut s’appliquer dans tous les autres domaines de la société. Pour faire passer le message à tous les publics, j’ai aussi un spectacle musical plus humoristique avec un autre luthier sauvage, Dr Gagouz : Plastic Boum Boum (le spectacle a reçu le Prix du public au festival Au bonheur des mômes au Grand-Bornand (74) en 2024, ndlr). Dr Gagouz rajoute plein de mélodies et d’harmonies à base de cornemuses, flûtes, trompettes, des trucs indescriptibles avec des matériaux détournés et beaucoup de plastique, qu’il faut voir et entendre.

Compost Collaps & Dr Gagouz dans Plastic Boum Boum

Comment un composteur comme toi s’est-il adapté au fait de travailler avec son image numérique ?

C. C. : Le parti pris c’est de faire passer le message et la musique avec les moyens actuels du 21e siècle. C’est très ambivalent parce que par conséquent on utilise énormément de métaux et de terres rares, d’électricité et d’énergie. C’est un gros débat de fond. J’utilise des moyens technologiques pour parler d’un monde où il n’y en a plus. C’est une posture critiquable mais je suis le premier à le faire.

Comment tu adaptes ta manière de tourner au 21e siècle ?

C. C : Je n'ai pas acheté de camion de tournée. On a une petite voiture dont le réservoir est rempli en partie d’huile de friture recyclée, à la post-collaps. C’est un peu pareil que les réseaux : on ne refuse pas des dates lointaines par envie de partager la musique. Au 22e siècle, la culture est quelque chose de très important à partager, et comme il n’y a plus de déplacements professionnels et de commerciaux en masse, qui génèrent une grande partie de la pollution et de la consommation d’énergie, ça compense largement les grands déplacements.

Est-ce que la communauté techno du 21e siècle est écolo ?

C. C. : Au 21e siècle, faire de la techno c’est plutôt une débauche d’énergie considérable pour faire bouger des caissons de basse, allumer des grosses lumières, fabriquer des synthétiseurs, boîtes à rythmes et ordinateurs. Comme beaucoup d’autres choses, au 22e siècle la techno a survécu à l’effondrement du capitalisme en se transformant. On la joue en acoustique dans des lieux qui s’y prêtent, comme des parkings, usines, églises, chapelles, cavernes… Soit de manière amplifiée avec des sound systems alimentés par des vélos générateurs, des panneaux solaires, du méthane ou de l’huile de friture recyclée.

© Marcela Furlan Acosta

Comment l’écologie est devenue une évidence dans ton quotidien ?

C. C. : Dans le monde où je suis né, il n’y a pas d’écologie. C’est une évidence : on prend soin de ce qui nous entoure parce que ce qui nous entoure prend soin de nous, même si les conditions climatiques sont parfois extrêmes. Depuis que je suis au 21e siècle j’ai découvert que plein de gens partageaient ce « syndrome d’éco-anxiété » que je comprends totalement. J’ai beau avoir grandi avec pleins d’explications sur « pourquoi les humains du passé ont continué si longtemps à tout détruire », c’est autre chose de le voir en vrai. Force à toutes les personnes qui luttent ou qui galèrent dans cette société, ma musique est là pour vous aider !

Pour suivre toutes les actualités de Compost Collabs et plonger dans le 22e siècle, rendez-vous ici.

Photo de couverture : © Mélanie Hoffman

Nicolas Beublet
Journaliste indépendant (et vélo reporter dès qu'il le peut). Nicolas parle très souvent d'écologie pour les médias Climax, Basta ou Vert. Pour Carbo, il se penche sur les moyens culturels d'en faire un sujet grand public, sans édulcorant à l'intérieur.
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