Jean Sauvignon de QuotaClimat, la tête et les données

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màj en octobre 2025
Sommaire
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L’X vous connaissez ? Pas le porno, mais le surnom de la mythique école Polytechnique. Jean Sauvignon, 29 ans, en est diplômé et aurait pu faire carrière dans le conseil -où il a d’ailleurs démarré-, depuis quelques jours, il est pourtant à la tête des Datas d’une petite asso qui explose, QuotaClimat. En trois ans, la structure est passée d'un petit projet entre ami·es  à un énorme levier d’influence alpaguant les médias sur leur traitement de l’écologie, c’est aussi peu ou prou la période où le jeune homme a entamé son réveil écologique. Privilèges, luxe ou devoir de l’engagement, bonheur du militantisme, autant de sujets dont disserte volontiers cet optimiste. Rencontre.

Premier déplacement professionnel à Bruxelles pour QuotaClimat avec de gauche à droite Eva Morel, Jean Sauvignon et Louna Wemaere © Jean Sauvignon

Petit QuotaClimat de l’enfance aux études

« La bombe n’a pas trop impacté ta journée ? », Jean sourit, évidemment, les dernières heures ont été sportives. Le jour de notre entretien, un obus de la seconde guerre mondiale a été retrouvé à côté de la Gare du Nord à Paris, immobilisant tout le trafic des trains et de la RATP. Bientôt de l’histoire ancienne pour le jeune homme qui quitte dans trois jours son poste de Lead Data Scientist du réseau de transport parisien pour une nouvelle vie. Adieu le public, bonjour le monde associatif, Jean rejoint à temps plein QuotaClimat, une association qu’il accompagnait bénévolement depuis trois ans déjà. Double coïncidence calendaire de notre entretien, sa future maison vient d’être reconnue d’intérêt général. « De la tambouille technique », précise t-il, « toutes les associations sont supposées l’être sauf si l’administration refuse le statut lors de la requête, ce qui arrive. Le "label" officiel est utile pour lancer des demandes de fonds, accéder au mécénat, en résumé, ça ouvre des perspectives ». 

Les siennes se sont ouvertes assez récemment. Son « réveil écologique » -il valide l’expression- ne date ni de l’enfance ni de ses études. « J'ai été élevé dans une famille largement privilégiée en Seine-et-Marne, ma mère était médecin, je voyageais deux fois par an. J’ai fait toute ma scolarité dans le privé, puis prépa publique, avant Polytechnique. Je suis sorti en 2019 et je fais partie des générations charnières qui n’avaient pas fait ce switch. À mon époque, l’asso étudiante écolo s’appelait "Développement durable", tu vois la sémantique ! Aujourd’hui, je vois clairement le chemin parcouru par les promos de deux, trois ans au-dessus ». Jean parle de celleux qu’on nomme les bifurcateur·rices, connu·es pour leurs discours radicaux lors des remises de diplômes. « Le mouvement est né à AgroParis Tech. Les élèves de l’X, l’ont rejoint, en partie. Ils ont par exemple réussi à repousser l’installation de centres de recherche de Total et de LVMH ». Les PPM augmentent, Jean démarre sa vie professionnelle.

Présentation du projet de loi citoyenne qui s’attaque au traitement médiatique des enjeux écologiques 
à l'Hotel de Lassay © Jean Sauvignon 

La claque des chiffres

D'abord, dans un cabinet d’avocat réputé dans le droit des affaires et spécialisé dans la concurrence. Ses clients sont Bouygues, TF1 et l’écologie est toujours aux abonnés absents pour le chargé de l’innovation. Ensuite, direction le conseil, chez Eleven Strategy « pour remettre les mains dans le cambouis de la data ». Là, il suit une formation sur le Plan de transformation de l'économie française (PTEF) : « un bouquin synthétique inspiré d'une série de rapports réalisés par le Shift Project avec les grands chiffres dans chaque chapitre et des pages prospectives type "Dans tel secteur, l’agriculture, le logement, etc., quel serait le monde dans 20 ans s’il avait fait sa transition". Je lis le bouquin, je lis les rapports sous-jacents, je me bombarde d'informations et via le volet technique je me rends compte de l'ampleur du truc, de celle des secteurs qui vont devoir bouger, l'ampleur de la transition énergétique à venir et celle de la transition de l'emploi »L’ingénieur prend une claque.

Il se passionne pour l’analyse systémique : « Tout était pensé aussi en termes de flux d'emplois. Ok, on dit qu'il faut réduire l'aérien. Très bien. Et donc que fait-on des 400 000 personnes qui bossent dedans ? Il faut augmenter le ferroviaire, ok, mais comment ? Et donc ? »La bascule commence. « Une fois que tu as compris, c'est un peu dur de faire demi-tour »Jean s’excuse presque, « j’aimerais être plus poétique mais c’est vraiment la science, les rapports »qui lui ouvrent les yeux. Il insiste sur le rôle de son entourage, il cite sa formation PTEF où deux de ses collègues, désormais amis, « étaient végétariens, voulaient réduire leur consommation d’avion, avaient déjà mis en place un certain nombre d'actions individuelles »Jean croit beaucoup « à l’effet de normalité, reconnu en sciences sociales », on est « la moyenne des gens qu’on côtoie », s’amuse t-il. Sa prise de conscience infuse, Jean quittera le privé pour la RATP en août 2023, mais avant ça, il va faire une rencontre.

Soirée de lancement de Chaleurs Actuelles avec Vert le Média © QuotaClimat

Le luxe d’agir

Le cabinet de conseil, où il travaille encore, offre à des étudiant·es du mentorat. Jean veut les faire plancher sur un cas réel, si possible à impact. Il pense alors à QuotaClimat, dont il suit les premiers pas sur les réseaux. L’asso – imaginée par trois amies, Eva Morel, Anne-Lise Vernières et Lola Morel, à l'époque toutes collaboratrices à l'Assemblée nationale – s'apprête à lancer un baromètre médiatique des enjeux environnementaux. Pendant six mois, Jean et ses jeunes assistant·es les accompagneront. « Comme je quittais mon poste dans ce cabinet, notre partenariat devait s’arrêter. J’ai appelé QuotaClimat pour leur dire que ce serait dommage de ne pas continuer après mon départ ». L’affaire est conclue. Jean s’implique bénévolement dans l’association en parallèle de son nouveau boulot à la RATP, « une entreprise sur la mobilité décarbonnée, déjà plus en phase » avec ses valeurs. Pouvoir changer de job et s’engager est un « luxe », précise le data scientist qui emploiera ce mot à plusieurs reprises pour décrire son parcours. « Je suis clairement surdiplômé, financièrement stable, j'ai un bon CV. Je me disais : "peut-être que je peux faire autre chose, peut-être que je peux être plus utile. Je n’ai pas de pression parentale, pas de prêt". Je sais qu’il existe plein de raisons valables pour ne pas sauter le pas, j’ai eu la chance d’avoir tous les voyants au vert, et par ailleurs, les opportunités »

Les mois passent, 2024, une nuit, Jean tourne ces réflexions dans sa tête. Au matin, sa décision est prise, il part de la RATP pour Quotaclimat. « On ne savait même pas si on allait trouver le moyen de me payer. On s’est dit qu’on y arriverait ». L’ingénieur rit en analysant ses multiples changements carrière : « Je n’ai fait que baisser mon salaire. Les promotions successives le faisaient remonter, mais à chaque nouveau métier, j'ai perdu ». Cela ne le dérange pas, il vit très bien ainsi, « tout le monde ne peut pas se le permettre ». Sa vie personnelle a vu quelques modifications, fini les séjours lointains, il passe ses vacances en train à la montagne et dans la nature. « Mais j’ai un sujet, mon frère vit en Guadeloupe et je n’ai pas envie de prendre l’avion, c’est pénible ». Pour Jean, exit l’idée de faire la morale ou la culpabilisation, « la recherche montre que cela ne fonctionne pas. Après on fait ce que l’on veut de cette info ! ». Exit également tout prosélytisme pour l’associatif, qui d’ailleurs, glisse-t-il, « provoque parfois des blocages comme si c’était précaire par défaut, ce qui est inexact. Regarde Greenpeace ». 

Affiche du film Don’t Look Up de Adam McKay, 2021

Le militantisme, cet objet de bonheur

Aujourd’hui Jean se dit épanoui comme il ne l’a jamais été : « C’est largement théorisé, mais lorsqu'on est dans la sidération, se mettre en mouvement permet d’en sortir. Le monde est dans un état terrifiant, soyons clair et je suis pourtant très heureux, c'est lié à ma vie de famille et à plein d'autres choses, mais ma vie associative y contribue massivement »À ses deux enfants en bas âge, il souhaite un monde qui ressemblera moins au film Don’t Look Up, « qui ne parle jamais d’écologie » mais dans lequel il a pourtant « l’impression de vivre chaque jour » et un futur où le constat scientifique de la crise climatique sera partagé à l’unanimité avec un débat portant désormais sur les « solutions »Dans son bonheur, l'intellect joue beaucoup. « Je connais plein de personnes qui sont prêtes à bouleverser leur vie et leur travail mais qui n’ont pas trouvé le bon projet. Le conseil par exemple, la finalité est débattable mais c’est très stimulant intellectuellement, on est boostés à la dopamine ».

Chez QuotaClimat, son combat actuel est la guerre de l’information. Parmi leurs faits d’armes, avoir contribué au lancement en novembre 2024 d’un ambitieux observatoire des médias sur l’écologie, enchaîné les réunions et plaidoyers dans des ministères et au Parlement européen, et surtout au quotidien -leur marque de fabrique-, interpeller des grands et petits médias lorsqu’ils ont un train de retard sur le narratif et les faits de la crise climatique. Jean s’occupe de différents sujets dont des tests pour automatiser la remontée de fake news et inexactitudes sur le climat. Avec le reste de l’équipe, ils suivent la presse française, internationale, n’hésitent jamais à applaudir, arguments à l’appui, la presse qu’ils jugent rigoureuse et ambitieuse. « Depuis l’élection de Trump, je n’ai jamais eu autant l’impression de faire le bon choix. Je suis là où je peux être le plus utile, c’est très apaisant. Je suis aussi persuadé que le monde n’est pas figé, il y a les midterms dans 2 ans aux USA, eux c’est 350 millions d’habitants, l’Europe 500, et surtout il faut se rappeler qu'on n’est pas dans une logique "on perd ou on gagne". Si en ce moment la stratégie est du damage control, et bien limitons les dégâts ! » Jean Sauvignon, remède à l'éco-anxiété ?

Photo d'équipe, emménagement à la Climate House à Paris © QuotaClimat

Pour suivre les actus de QuotaClimat :

💡Chez Carbo on s'est intéressé à d'autres formes de militantisme, à travers notamment le "symbole de l'extinction".

Photo de couverture : Jean Sauvignon, projet BORN IN…PPM © Mary-Lou Mauricio

Alexia Luquet
Journaliste et réalisatrice vidéo, Alexia couvre des sujets au croisement de la culture, du sociétal et de la planète.
Maîtriser son bilan carbone devient un jeu d'enfant avec Carbo.
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