Que raconte vraiment le  « symbole de l’extinction » ?

Mathilde Simon
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Augustine Dabout Agreenculture carbo

Des bas fonds de Twitter aux drapeaux d’Extinction Rébellion, genèse d’un logo devenu le symbole d’une génération.

Chacun de nous fait des choix quotidiens pour lutter, à sa manière, contre le réchauffement climatique. Pour l’artiste Goldfrog ESP, la petite pierre à l’édifice a consisté en la conception d’un logo : un outil de communication efficace et reproductible en quelques traits, alarmant quiconque poserait son regard dessus de l’urgence environnementale. Cerclé de noir, le sablier qui figure sur le « symbole de l’extinction » nous rappelle que chaque jour passé sans faire le nécessaire pour freiner le dérèglement climatique aura des conséquences irréversibles.

Alors oui, maintenant, on sait. Mais cette vérité n’était pas si bien implantée dans les esprits en 2011, date de sa création dans le studio londonien de l’artiste. Initié aux problématiques environnementales à l’occasion de la visite d’une zone déforestée à Sumatra en Indonésie en 1990, ESP a depuis dédié une partie de son art à la sensibilisation écologique, et en particulier à la disparition des espèces.

L’urgence ultime, pour lui, c’est l’holocène, c’est à dire l’extinction de masse provoquée par l’activité humaine : au cours des 40 dernières années, 4000 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles, poissons et amphibiens ont disparu, ainsi que 80 % des insectes rien qu’en Europe. Parallèlement, la population d’animaux sauvages aurait diminué de 60 %. Cette disparition massive est la sixième que la planète ait connu, la dernière datant de 65 millions d’années et ayant éclipsé les dinosaures de la surface de la Terre. Mais cette fois, pas d’histoire d’astéroïdes ni d'éruptions volcaniques : le réchauffement climatique à l'origine de la destruction de la biodiversité est initié par l’impact de l’activité humaine sur le climat, ainsi que sur notre manque d’égards envers la nature.

Une problématique aux conséquences si gigantesques qu’elle pourrait décourager plus d’un militant. ESP, lui, n’est pas passé loin : « j'ai progressivement réalisé que la crise était si importante que je ne pouvais pas le faire seul, et qu'il me fallait donc quelque chose d’universel »,  raconte-t-il dans une interview donnée au site Ecohustler.

Car si l’humanité est la seule capable de freiner l’hécatombe, encore faut-il qu’elle se mobilise pour agir. Et c’est là que la communication entre en jeu : en plus de représenter une cause, un bon logo peut servir à unifier une communauté et à communiquer autour d’un sujet, par-delà les frontières et la barrière de la langue. C’est tout ce qui manquait aux mouvements environnementalistes pour se faire entendre et imposer leurs exigences au sein du débat public. Quatre traits, un cercle, et une démarche désintéressée : le symbole de l’extinction était né, et offert à l’humanité sous la forme d’un fichier téléchargeable gratuitement sur un site web des plus minimalistes, contre la promesse de ne pas l’utiliser à des fins commerciales ou publicitaires.

Restait encore à faire passer le mot. Après quelques mails laissés sans réponse à des associations et mouvements de lutte pour la préservation de l’environnement pour leur offrir de se saisir du logo, Goldfrog ESP s’est décidé à faire vivre son symbole dans l’espace public. Muni de peinture noire et d’un large pinceau, le symbole de l’extinction s’est étendu sur les murs de l’Est londonien, et s’est multiplié sur les réseaux sociaux accompagné d’une documentation prolifique sur la crise environnementale.

Jusqu’à cette journée d’été 2018, lorsqu’un nouveau groupe d’activistes a demandé à ESP la permission d’utiliser son logo pour la première campagne du mouvement : celle d’Extinction Rebellion, alors naissant à Londres et s’apprêtant à séduire la jeunesse du monde entier par ses actions de désobéissance civile non-violente.

Pour respecter la démarche anticonsumériste de l’artiste à l’origine du symbole, les militants mettent communément en place des « stations artistiques » sur leurs lieux de blocage afin que chacun puisse imprimer son logo sur des objets déjà existants. Depuis, le symbole de l’extinction a fleuri sur les murs du monde entier et a été repris par de grandes figures du monde de l’art telles que le londonien Banksy, à tel point que Le Guardian l’a désigné «le symbole de la paix de cette génération», en référence au symbole Peace and Love du mouvement hippies des années 1970.

Mathilde Simon
Mathilde est journaliste spécialisée sur les problématiques environnementales, les sujets artistiques et l'impact du numérique sur la société, le tout sous un angle résolument optimiste.
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