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mis à jour en août 2021

Comprendre les rouages de la notation extra-financière

Ilona Ragobert
Sommaire

Nul besoin de travailler chez l'agence de notation Vigeo ou Moody’s, pour comprendre les principes de la notation extra-financière. Il suffit de lire cet article 😇. Le sujet prend de plus en plus de place dans les politiques RSE : en comprendre les bases peut donc se révéler particulièrement utile dans la gestion de votre entreprise et (ou) de votre portefeuille d'investissements. Sans transition, voici tout ce qu’il faut savoir pour maîtriser les fondamentaux de la notation extra-financière en quelques minutes.

La notation extra-financière en 30 secondes chrono

Qu’est-ce que la notation extra-financière ?

La notation extra-financière vise à évaluer les entreprises sur d’autres critères que ceux économiques. Contrairement aux agences de notation traditionnelles, ce sont les comportements sociaux et environnementaux qui sont évalués, et non la solvabilité économique de la structure.

En résumé, cela permet d’évaluer un organisme sur sa responsabilité sociale, environnementale et sa gouvernance, à l’origine de 3 indicateurs clefs : les critères ESG.

Évaluer une entreprise sur 3 indicateurs clefs avec la notation extra-financière

Critères ESG

Les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) rendent ainsi compte des agissements d’une société ou d’un secteur dans l'écologie, dans le droit du travail et dans la gouvernance. On retrouve donc les principes de développement durable.

🌱 Critère Environnemental : gestion des déchets, réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation énergétique, prévention durable des risques liés à des catastrophes industrielles (marées noires, contamination des sols…)

✊ Critère Social : respect du droit des employés et du dialogue social dans la politique de management, de la parité et du nombre de personnes en situation de handicap, prévention des accidents du travail, formation du personnel

⚖ Critère de Gouvernance : lutte contre la corruption, respect de la transparence de la rémunération des dirigeants, relation entre les actionnaires, la direction et le conseil d’administration.

À quoi sert la notation extra-financière ?

La notation extra-financière s’adresse aux entreprises qui souhaitent connaître leur positionnement en termes de gouvernance et de responsabilité sociale et environnementale. Cette évaluation peut devenir un outil de performance et de communication très efficace. En effet, elle donne la possibilité aux structures de communiquer leurs engagements sur la voie de l’éthique et du durable. 

Au service des entreprises à mission

La notation extra-financière peut prendre 2 formes : déclarative et sollicitée.

La notation déclarative

Elle se déroule sans que la société ait donné son accord. Cette notation est réalisée par une agence qui peut ensuite vendre ces données à des gestionnaires de fonds. Cela permet d’estimer la responsabilité sociale d’une entreprise avant de l’intégrer dans l’investissement socialement responsable (ISR).

Notation extra-financière déclarative : intégrer une entreprise dans son portefeuille

La notation sollicitée

Dans ce cas-ci, l’organisme commande une notation extra-financière à l’agence. Le but est généralement d’évaluer son positionnement en termes de RSE et de rassurer les parties prenantes de la société. Libre à elle d’ensuite communiquer ou non sur ses performances. Dans tous les cas, aller au-delà de la notation financière classique ne peut être que bénéfique pour les entreprises. En plus de renforcer leur image de marque, cette évaluation permet de booster leur marque employeur. Elle peut également apporter une aide à la définition de la « raison d’être » de son entreprise.

⚠️ Attention au greenwashing : comme beaucoup d’autres démarches volontaires, la notation sollicitée peut être utilisée dans l’unique but de verdir l’image d’une entreprise.

Au service de l’investissement socialement responsable

Comme on l’a vu avec la forme déclarative, la notation extra-financière peut s’avérer extrêmement utile pour les investisseurs. Avant d’intégrer une entreprise dans son portefeuille, de plus en plus d’investisseurs souhaitent d’abord connaître son niveau d’éco-responsabilité.

Pour l’approche Best in Class par exemple, cette notation prend tout son sens puisque dans chaque secteur d’activité, seules les entreprises les plus responsables et éthiques sont sélectionnées par les sociétés de gestion. Bien que les notations extra-financières ne soient pas fiables à 100% (et nous y reviendrons), elles permettent tout de même de savoir si un fonds ISR respecte bien les bases du développement durable.

Les agences de notation extra-financière

Un leadership européen

Historiquement, les pays européens ont été les premiers à se positionner sur le marché de la notation extra-financière. Encore aujourd’hui et contrairement au secteur de la notation classique, l’Europe et ses agences de notation extra-financière dominent. On peut notamment citer Core Ratings et Trucost au Royaume-Uni, Vigeo Eiris et Ethifinance en France.

Gif chat secoue drapeau européen

Cependant, les grands groupes étrangers (notamment américains) commencent à s’intéresser à ce marché. Tandis que certaines agences de notation classique développent leur propre système de notation extra-financière, d’autres rachètent pour mieux régner. Par exemple, les grandes agences Moody’s et Standard & Poor’s ont respectivement racheté Vigeo et Trucost.

Les principaux acteurs de la notation extra-financière

AgencesNationalitéGroupeCaractéristiquesExclusion sectorielle/éthiqueGestion d'actifsExposition des portefeuilles/risques
TrucostRoyaume-UniS&P Global (US)ESG spécialisé climat
Vigeo EirisFranceMoody’s Corp (US)ESG généraliste
EthifinanceFranceESG niche (PME et ETI)
InnovestÉtats-UnisRiskmetrics (US)ESG généraliste/

D’après des données de l’AMF

Les limites

Première remarque : il n’existe pas de référentiel commun à toutes les agences de notation extra-financière. Elles s’appuient généralement sur des recommandations de l'ONU, de l'OCDE ou encore de l'Union Européenne. Ainsi, la note attribuée aux entreprises peut fortement varier en fonction de l’agence choisie, ce qui remet en question la fiabilité de ces évaluations.

Une autre critique qui revient souvent est le manque de transparence. Beaucoup de clients se plaignent du manque de dialogue avec l’agence et du peu d’informations communiquées. Obtenir une note est une chose ; la comprendre en est une autre. Les agences disposent encore d’une certaine marge de manœuvre pour mieux communiquer sur leurs méthodes de calcul, et ainsi mieux expliquer les critères d’évaluation proposés.

Comment fonctionne la notation extra-financière ?

La collecte d’informations

L’agence de notation extra-financière collecte toutes les informations publiques sur la société évaluée (documents de référence, rapports annuels, informations publiées sur le site internet, etc). Elle peut également consulter l’entreprise via des questionnaires ou des rencontres.

La phase de sollicitation

Pour évaluer une société, il faut bien connaître son environnement. C’est pourquoi les agences sollicitent très souvent des parties prenantes (fournisseurs, clients, etc). Certaines agences collaborent aussi avec des ONG et syndicats pour croiser les informations obtenues auprès de plusieurs entreprises.

Analyse de données

L’évaluation

Sur la base des critères ESG, les agences définissent des indicateurs plus spécifiques qui varient en fonction des organismes. On retrouve souvent la contribution à l’amélioration de la santé publique, la valorisation de la formation professionnelle, l’amélioration des conditions d’hygiène et de sécurité, la mise en place d’une politique de protection de l’environnement, la lutte contre la corruption, etc.

Les agences évaluent notamment :

  • la politique de ressources humaines ;
  • les relations avec les clients, les fournisseurs et les sous-traitants ;
  • l’environnement ;
  • le gouvernement d’entreprise.

En 2013, il y avait moins de 35% des entreprises cotées dans le monde qui déclaraient ce qu’elles faisaient en termes de gestion des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance. Aujourd’hui, on a dépassé les 65%.

Enfin, la société obtient une note qui (encore une fois) dépend de l’organisme d’évaluation. La société JCDecaux (spécialisée dans la publicité urbaine) a par exemple réalisé sa notation extra-financière auprès de 3 agences : CDP, MSCI et FTSE4Good. Les notes obtenues sont A-, AAA et 4,6/5. Il paraît difficile de comparer ces résultats à ceux d’entreprises du même secteur ayant réalisé une notation via une autre agence. Si on voit le verre à moitié plein, disons que cela permet d’avoir une bonne idée du niveau d’intégration du développement durable dans une société.

Le plan d’actions

Une fois la note obtenue, l’entreprise peut mettre en place un plan d’actions pour améliorer ses résultats. Les politiques appliquées sont à intégrer dans la Déclaration de Performance Extra-Financière (DPEF). Si vous voulez en savoir plus sur le sujet, on vous conseille notre article « DPEF : c’est quoi ? Quelles entreprises sont concernées ? ».

Pour obtenir de meilleurs résultats, retenez qu’améliorer va souvent de pair avec mesurer. Avec Carbo par exemple, vous pouvez facilement évaluer votre bilan carbone pour connaître les postes d’émissions les plus importants dans votre entreprise. Car oui, l’empreinte carbone constitue un indicateur environnemental de référence, très utile à toute notation extra-financière.

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Quel avenir pour la notation extra-financière ?

Piste 1 : une harmonisation des pratiques

On l’a vu, les différentes pratiques des agences peuvent poser problème. Et si ces méthodes convergeaient pour n’en former qu’une ? Il devient nécessaire d’unifier les critères pour parvenir à une notation reconnue, transparente et fiable. À plus petite échelle, on a déjà pu assister à une certaine harmonisation avec la fusion d’acteurs comme Vigeo et Eiris, mais cela reste insuffisant.

Aujourd’hui, la Commission Européenne souhaite « étudier l’opportunité d’une modification du règlement sur les agences de notation de crédit qui imposerait à ces dernières d’intégrer explicitement les facteurs de durabilité dans leurs évaluations ». Le chemin vers cet objectif semble encore assez long 😄.

Piste 2 : une consolidation du marché

Cette seconde piste semble un peu plus concrète. On le voit avec les rachats de Vigeo ou encore de Trucost : les géants américains veulent s’emparer du marché. Quoi qu’on en dise, toute opération de “bundling” impliquant un gros poisson du secteur a au moins le mérite d’apporter de la visibilité à ce sujet primordial qu’est la RSE.


L’importance qu’accordent désormais les grands groupes à la notation extra-financière montre à quel point le sujet est devenu prépondérant. De là à assister à une fusion pure et simple des notations financière et extra-financière, il n’y a qu’un pas ! Et on en rêve chez Carbo 😉. Une chose est sûre : l’hypothèse n’a aujourd’hui plus rien de loufoque. 

Ilona Ragobert
Content Manager chez Carbo
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