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Face à l’urgence climatique, l’Union Européenne a engagé une transformation en profondeur de ses politiques économiques et environnementales. Le CBAM (ou Carbon Border Adjustment Mechanism) s’inscrit dans ce mouvement. Objectif : lutter contre les fuites de carbone aux frontières et protéger l’industrie européenne engagée dans la décarbonation. Mais qu’entend-on par le MACF (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) ? Quels secteurs sont concernés ? Et quelles conséquences pour les entreprises ? On vous dit tout.
Qu’est-ce que la taxe CBAM ?
Le CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism) également connu sous le sigle MACF (Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières) est un dispositif mis en place par l’Union Européenne pour imposer un prix du carbone aux produits importés dans l’UE, équivalent à celui payé par les industriels européens via le marché du carbone (EU ETS).
Ce mécanisme a été introduit dans le cadre du règlement 2023/956 du Parlement européen du 10 mai 2023
L’objectif 🎯 Éviter la « fuite de carbone », c’est-à-dire la délocalisation de la production dans des pays aux normes environnementales moins strictes (on ne citera pas de nom ici, le but ici n’est pas de leur taper sur les doigts).

Quels sont les objectifs de la réglementation CBAM ?
La réglementation CBAM ou MACF vise plusieurs objectifs stratégiques, à la croisée des enjeux climatiques, économiques et industriels 👇
- Réduire les émissions de gaz à effet de serre associées aux importations dans l’UE
- Protéger les entreprises européennes soumises au système d’échange de quotas d’émissions (ETS), en évitant une distorsion de concurrence.
- Encourager la décarbonation à l’échelle mondiale, en incitant les pays exportateurs à adopter des pratiques plus durables.
- Préparer la suppression progressive des quotas carbone gratuits accordés aux industries européennes les plus exposées.
💡À retenir En imposant une équité de traitement carbone entre production locale et importations, le Carbon Border Adjustment Mechanism s’impose comme un levier central dans le Pacte vert pour l’Europe.
Pourquoi l’Union européenne a-t-elle créé ce mécanisme ?
Il répond à un double enjeu 👇
- Climatique : en taxant les importations carbonées, il vise à réduire les émissions globales de CO₂ associées à la consommation européenne.
- Économique : il protège les industries européennes engagées dans la transition énergétique, en rétablissant une concurrence équitable face aux producteurs étrangers qui ne paient pas pour leurs émissions.
Quels produits sont concernés par le CBAM ?
Il cible d’abord les marchandises et matériaux dits simples et fortement exposés au risque de fuite de carbone. Ces derniers représentent par ailleurs à eux six environ la moitié des émissions industrielles dans l’UE. Aperçu de ces fameuses six catégories de marchandises 👇
- Le ciment
- L’électricité
- L’aluminium
- L’acier, la fonte et le fer
- Les engrais (et engrais azotés)
- L’hydrogène
À terme, d’autres marchandises, matériaux et secteurs seront très certainement intégrés (chimie, raffinage, industrie, etc.).
Comment fonctionne le CBAM concrètement ?
Le principe est simple : pour chaque produit importé concerné, les entreprises doivent déclarer les émissions de CO₂ générées lors de sa fabrication. Elles devront ensuite acheter des certificats CBAM, à un prix aligné sur celui du marché carbone européen.
Les 4 étapes clés sont donc les suivantes👇
- Déclaration des émissions (phase transitoire)
- Vérification par des tiers (indépendants ou assermentés)
- Achat de certificats CBAM ou MACF (obligatoire à partir de 2026)
- Éventuelle exonération si le pays exportateur applique déjà un mécanisme carbone équivalent
Quelles sont les données à fournir dans un rapport CBAM ?
Pendant la phase transitoire (jusqu’à fin 2025), les importateurs de produits concernés doivent soumettre une déclaration CBAM trimestrielle.
Ce rapport doit contenir les données suivantes 👇
- Pays d’origine
- Quantité de biens importés (en tonnes, m³ ou unités selon la catégorie)
- Émissions directes de CO₂ générées lors de la production
- Émissions indirectes liées à la consommation d’électricité (dans certains cas)
- Caractéristiques techniques du procédé de fabrication
- Méthodes de calcul ou données par défaut utilisées
💡Bon à savoir : Dès 2026, ces données seront utilisées pour calculer le montant de certificats CBAM à acheter. Leur fiabilité est donc essentielle. Les entreprises doivent s’appuyer sur des sources vérifiables et, si possible, certifiées par un tiers.
Qui est concerné par le MACF ?
Vous êtes concernés par la MACF si vous importez des marchandises énumérées à l'annexe 1 du règlement 2023/956, c'est-à-dire de l'acier , de l'aluminium, des engrais azotés, du ciment, de l'hydrogène ou de l'électricité en vue d'une mise en libre pratique sur le territoire douanier de l'Union europénné.
Pour se conformer aux obligations du CBAM, les entreprises doivent s’enregistrer sur le portail MACF (Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières) mis en place par la Commission européenne.
Zoom sur les 4 étapes d’inscription sur la plateforme MACF
- Création d’un compte entreprise via le portail d’authentification TAXUD
- Demande de statut d’importateur autorisé CBAM. Pour cela, il faudra contacter le Pôle d’Action Économique (PAE), donc le service des douanes, pour obtenir l’habilitation requise, en indiquant dans le mail « Demande d’habilitation “Applicatif européen” CBAM / MACF » ;
- Validation des informations d’identification (coordonnées du déclarant, numéros EORI, etc.)
- Accès au registre CBAM, depuis lequel les rapports trimestriels devront être déposés.

🖐Bon à savoir : La plateforme MACF permet aussi de suivre les déclarations, consulter les valeurs par défaut, acheter et restituer les certificats CBAM (dès 2026). Une bonne maîtrise de la plateforme MACF est donc indispensable pour garantir sa conformité réglementaire.
Quelles obligations pour les entreprises importatrices ?
Les entreprises européennes qui importent des produits couverts par le CBAM doivent 👇
- Être enregistrées dans le registre CBAM / MACF
- Fournir chaque trimestre une déclaration CBAM (émissions directes liées à leurs importations) sur la plateforme MACF
- À partir de 2026, acheter et restituer un nombre de certificats correspondant aux émissions déclarées
Des sanctions financières sont prévues en cas de manquement ou de fausse déclaration.

Quel calendrier pour la mise en œuvre du CBAM ?
Voici les grandes étapes du déploiement du CBAM 👇
| Période | Étape |
|---|---|
| Q4 2023 | Ouverture du registre transitoire CBAM |
| Janvier 2024 | Date limite d’amendement des déclarations CBAM trimestrielles Q4/2023 et Q1/2024 |
| 26 février 2025 | La Commission européenne propose une simplification du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF – CBAM en anglais). Le sujet est encore à l’étude à l’heure où cet article est publié |
| Fin 2025 | Fin de la période transitoire |
| Janvier 2026 | Début de la phase opérationnelle : obligation de détenir une autorisation « déclaration CBAM » et début de la mise en vente des certificats CBAM |
| Mai 2027 | 1re déclaration CBAM pour les importations de l’année 2026 et restitution des certificats pour les importations de 2026 par le déclarant CBAM |
| 2027-2034 | Suppression progressive des quotas gratuits alloués aux industriels européens |
Voici un aperçu de la baisse programmée des quotas gratuits pour les secteurs couvert par le MACF
Comme pour toute nouvelle réglementation, cette montée en puissance progressive vise à laisser le temps aux entreprises de s’adapter.
Quels sont les impacts économiques et environnementaux ?
Le CBAM est un outil structurant dans la stratégie climat de l’Union Européenne. Ses impacts sont multiples.
Les avantages du CBAM
- Encourage une production plus décarbonée à l’échelle mondiale
- Renforce la compétitivité des entreprises européennes vertueuses
- Génère des revenus pour financer la transition écologique et limiter les émissions carbone
Les limites du CBAM
- Risque de hausse des prix à l’importation
- Complexité administrative pour les entreprises européenne
- Tensions diplomatiques avec certains partenaires commerciaux
CBAM et CSRD : quelles synergies possibles ?
Le CBAM s’inscrit dans un écosystème réglementaire plus large où figure aussi la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Les entreprises concernées par la CSRD devront publier des informations extra-financières, notamment sur leurs émissions de gaz à effet de serre.
Le lien avec le CBAM est donc fort 👇
- Une meilleure traçabilité des données d’émissions carbone
- Des exigences accrues en matière de reporting
- Une cohérence entre stratégie climat, chaîne d’approvisionnement et conformité réglementaire
💡Bon à savoir : plus largement, la CBAM fait partie intégrante de ce que l’on appelle le paquet "ajustement à l'objectif 55" (ou fit for 55 en anglais). C’est un ensemble de dispositions législatives déployées par l’UA et visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'UE d'au moins 55 % d'ici à 2030. Ceci est d’ailleurs une étape. Le but à plus long terme étant de parvenir à la neutralité carbone d'ici à 2050.
L’avenir du CBAM : quels sont les défis à relever ?
Si le CBAM marque une étape majeure dans la régulation climatique européenne, son déploiement soulève encore plusieurs défis à surmonter 👇
- Complexité technique des déclarations, notamment pour les PME sans expertise sur leurs émissions carbone.
- Fiabilité des données d’émissions fournies par les pays tiers, parfois peu standardisées.
- Risques de conflits commerciaux avec des partenaires non alignés sur les objectifs climatiques.
- Extension à d’autres secteurs (textiles, plastiques, verre, marchandise etc.) Cela nécessitera une montée en puissance des systèmes de mesure et de vérification.
- Évolution du prix des certificats CBAM, dépendant du marché ETS, avec un impact direct sur les coûts d’importation.

Pour réussir, le CBAM devra donc s’appuyer sur 👇
- Un dialogue renforcé avec les pays partenaires.
- Une harmonisation internationale des méthodes de calcul des émissions carbone.
- Et une montée en compétences des entreprises sur la traçabilité environnementale de leur marchandise.
En résumé 🧑🏫
Le CBAM (MACF) est une révolution silencieuse qui a pour ambition de changer la donne pour les importateurs et les industriels. L’idée ? Instaurer un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières afin d’équilibrer les règles du jeu. Ce mécanisme reflète ainsi la volonté de l’Union Européenne (UE) de faire de la transition climatique une exigence à la fois économique mais aussi éthique.
Pour les entreprises, il est crucial d’anticiper ce 👇
- en identifiant les produits concernés,
- en structurant leur reporting carbone,
- et en adaptant leurs chaînes d’approvisionnement.
La transition écologique se joue aussi aux frontières.








