L’écologie selon Lisa Simpson

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màj en mars 2024

Du haut de ses 8 ans, la petite surdouée de la famille Simpson incarne une figure mythique de l’engagement écologique. De la défense des animaux au changement climatique, en passant par la pollution, rien n’échappe à sa ferveur militante qui depuis 37 ans transcende la fiction.

Aussi loin que le dessin animé remonte (35 saisons, et près de 800 épisodes depuis 1989 !), Les Simpson ont toujours fait la part belle à l’environnement. En toile de fond, en intrigue d’épisode ou via des gags furtifs, les saisons sont truffées de références à l’écologie. « Je suis certain que si on fait le compte, près de la moitié des épisodes évoquent le sujet », constate Régis Mohier, fan de la première heure et créateur de la chaîne youtube dédiée The Reg. Rien qu’avec la centrale nucléaire, élément clé de la vie de Springfield, le décor est planté. Et dans un drôle de mélange fait de satires et de scénarios déjantés, la vaillante Lisa Simpson endosse la pénible tâche de nous éclairer. Souvent raillée, parfois ignorée mais jamais égalée !

Lisa l’amie de la nature

L’écologie chez Lisa commence par son amour pour les animaux. Quand elle ne s’émerveille pas de leur présence, elle se lance éperdument dans leur sauvetage. Baleines, chiens, abeilles, orques ou même serpents. C’est donc sans surprise qu’on la voit devenir végétarienne dans la septième saison. Après une visite à la ferme où elle se prend d’affection pour un petit agneau, notre amie des bêtes se retrouve incapable de manger le moindre morceau de viande. « Quelle différence entre cet agneau et celui qui m’a fait des bisous ? » se lamente-elle devant son assiette de côtelettes. À l’époque, l’épisode, littéralement intitulé Lisa la végétarienne (1995), marque une étape essentielle dans son engagement pour la cause animale. Son végétarisme est même l’une des évolutions les plus importantes de la série puisqu’elle sera définitive. Une promesse des scénaristes faite à Paul et Linda McCartney, eux-mêmes végétariens et ayant accepté que leurs personnages fassent une apparition pour soutenir la décision de la petite fille.

L’empathie de Lisa s’étend à tous les éléments de la nature, pas seulement aux animaux. Affichant régulièrement son inquiétude vis-à-vis de la dégradation des espaces naturels, on peut l’entendre s’alarmer devant la fonte d’un glacier lors d’une sortie scolaire ou bien s’émouvoir de la majestuosité des chênes dans une dissertation. Plus encore, dans l’épisode devenu culte Touche pas à ma forêt, elle décide – après avoir rejoint un groupe d’activistes écologiques – de camper dans un immense séquoia pour le sauver de l’abattage par le Riche Texan. Sorti en 2000, cette action reproduit à quelques mois d’écart l’histoire vraie de la militante américaine Julia Lorraine Hill ayant vécu deux ans dans un séquoia millénaire pour éviter qu’il soit rasé. Plus tard, dans Les Simpson - Le film, on retrouve la graine de militante en train de faire du porte-à-porte pour alerter les habitants de Springfield de l’extrême pollution du lac de la ville. 

Julia Lorraine Hill

« Son discours politique émane de cette affection pour les choses. Elle est portée par une volonté de défendre les êtres qui ne le peuvent pas » note Sophie Suma, chercheuse en cultures visuelles à l'Université de Strasbourg où elle mène le projet de recherche Écoféminismes en séries. Mue par ses préoccupations, Lisa laisse aussi déborder ses émotions. Dans Le bon, le triste et la camée, à l’occasion d’un exposé sur l’avenir de Springfield, Lisa s’emporte dans un cinglant réquisitoire décrivant les conséquences du réchauffement climatique. « Il n’y aura plus de Springfield dans 50 ans ! » s’insurge-t-elle pleine de colère devant une classe médusée. Une scène qui lui vaudra moults comparaisons avec Greta Thunberg. Mais lorsque les adultes lui proposent de suivre une thérapie pour calmer ses angoisses, sa réponse est aussi lucide que désespérée : « Que fera donc une thérapie pour moi quand le monde est en cendre ? ». À travers sa défense de la planète, c’est un système entier qu’elle dénonce. 

Lisa en croisade contre le système

Pour faire-valoir son combat, Lisa Simpson n’hésite pas à s’attaquer directement aux responsables. Son principal ennemi ? M.Burns, dirigeant machiavélique de la centrale nucléaire de Springfield dont les rejets toxiques se déversent dans la rivière de la ville. Dès la saison 2, dans l’épisode Sous le signe du poisson, pendant que ce dernier espère se faire élire dans le but d’interdire les normes environnementales, elle interroge son agent : « Est-ce que je peux lui demander d’apaiser ma crainte de le voir contaminer la planète au point de la rendre un jour inhabitable ? ». 

L’adversité entre les deux personnages fait l’objet de plusieurs intrigues. Comme lorsqu’elle découvre avec horreur, après l’avoir aidé à monter une usine de recyclage, qu’il utilise le plastique recyclé pour fabriquer des filets de pêche visant à racler les fonds marins. Ne manquant ni d’idées, ni d’arguments, Lisa essaie vaillamment de stopper les projets écocidaires du richissime homme d’affaires. Dans Frick-Frack, elle fait appel à la présidente de l’Assemblée Nationale pour arrêter sa plateforme de fracturation hydraulique (ou fracking) destinée à extraire le gaz de schiste. Dans Le roi du burger, elle se grime en journaliste d’investigation afin de faire couler sa chaîne de burgers vegans produits à partir de plantes tropicales qui déforestent l’amazonie. Dans Burns est piqué, elle l’affronte dans un débat public pour l’empêcher de construire un stade de basket sur un site accueillant le dernier refuge d’abeilles.

M.Burns ne sera pas le seul à faire les frais de la vigilance de Lisa. Dès la saison 3, dans Lisa va à Washington, elle dénonce la corruption du sénateur Bob Arnold qui autorise le déboisement de la forêt de Springfield. Dans La Guerre pour les étoiles, elle lance une pétition pour convaincre le maire Quimby d’éteindre les lumières de la ville pour lutter contre la pollution lumineuse. Plus récemment, dans Portrait d’un jeune homme en feu, elle dévoile avec son père et son frère la face sombre de Michael Degraff. Un gourou de la fast-fashion qui vient d’installer une usine de fabrication dans la ville au prix de conditions environnementales et sociales terribles. Au fil des saisons, son militantisme gagne en ampleur et en consistance. « Petit à petit, ses actions s’étendent à la sphère publique. Ce ne sont plus des idées qu’elle se dit à elle-même, elle porte de vrais projets de luttes » observe Sophie Suma. À l’intérieur de la série et comme en dehors, Lisa est reconnue pour son activisme.  

Lisa, l’idéaliste

Écologiste, bouddhiste, mais aussi fervente féministe, Lisa est surtout une grande idéaliste. Si l’adjectif revient souvent pour la qualifier, c’est sûrement parce qu’il est le seul capable d’englober les multiples causes qu’elle soutient : droits des femmes, droits des travailleurs, liberté de la presse, libération du Tibet ou encore droits LGBT+. On la voit ainsi partir en guerre contre le sexisme des poupées Malibu Stacey, se battre pour réhabiliter les travaux d’une inventrice oubliée ou bien chanter auprès d’ouvriers en grève. 

Lisa Simpson, c’est un petit peu notre wokiste avant l’heure. « Elle est très clivante mais c’est un personnage indispensable qui contribue à la crédibilité et la subtilité de la série » estime Régis. Tantôt touchante, tantôt agaçante, elle reste avant tout une petite fille traversée par ses doutes, ses complexes et ses désirs. Et c’est sans doute le plus important à retenir selon Sophie Suma : « Plus que tout, elle montre l’importance de la place des enfants dans le discours politique et de la construction de la société ».

Christelle Gilabert
Christelle est journaliste indépendante, elle scrute à la loupe tout ce qui touche à l'écologie, non sans un regard critique sur les technologies, et toujours accompagnée d'une pointe de féminisme.
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