Chez Planète Boum Boum, la lutte en musique

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màj en mars 2024

« Retraite, climat, même combat ! Pas de retraités sur une planète brûlée... » Si vous avez manifesté cette année ou que vous vous intéressez à l’écologie, il est fort probable que ce slogan doublé d’une musique techno ait tourné en boucle dans votre tête. Ça, c’est grâce à Planète Boum Boum : un collectif de militants·es né au sein du mouvement Alternatiba Paris lors de la mobilisation contre la réforme des retraites. Leurs cortèges festifs ont fait le tour des médias internationaux et motivé de nombreuses personnes à rejoindre la lutte écologiste. Un an après, le collectif déborde toujours d’idées pour allier musique, fête et engagement. Rencontre avec trois de leurs membres.

Comment s’est monté le collectif Planète Boum Boum ? 

Sasha Arfeuille : C’est parti des manifestations contre la réforme des retraites. Alternatiba Paris fait de l’animation de cortège très régulièrement et à un moment, RemremX (qui se présente comme « DJ de manif », ndlr) a eu l’idée de superposer des slogans militants et des instrus disco et techno. 

Rémi Reboux, aka RemremX : La particularité était vraiment de mélanger les deux, pas de faire des temps de slogans puis des temps musicaux. On a eu l’idée d’officialiser un collectif au moment du buzz autour de notre membre Mathilde Caillard (qui s'est faite connaître en tant que MCdansepourleclimat en mars 2023, ndlr), du fait que notre cortège a beaucoup tourné médiatiquement. On a souhaité distinguer notre collectif du mouvement citoyen militant Alternatiba Paris dans son ensemble, qui fait aussi de la désobéissance civile, organise des marches pour le climat, des alliances avec plein d’autres luttes… 

Rachel Dano : Aujourd'hui, nous sommes neuf personnes. Pour créer des musiques, en général quelqu’un lance une idée, puis une personne va faciliter la mélodie, d’autres vont réfléchir à l’instru, d’autres encore au clip… On se complète, tout le monde participe, et au passage on se découvre de nouveaux talents !

En quoi la joie militante est-elle un enjeu important pour la lutte écologiste ?

S. A. : Si on prend l'exemple de la séquence des manifestations contre la réforme des retraites, on voit bien que des mobilisations de ce type peuvent durer des mois, et épuiser celles et ceux qui y participent. On ne veut pas aller en manif à reculons, donc on essaye d'ajouter notre petite touche de fun, qui motive les gens à venir ! Il faut tenir dans la durée, et d’un point de vue général chez Alternatiba Paris on essaye de refléter le futur qu’on veut : joyeux, festif. 

R. R. : Il y a aussi une bataille culturelle sur l’image que les gens ont des militants, particulièrement écolos. C’est une stratégie du gouvernement de nous faire passer pour des « éco-terroristes » ou des « khmers verts » qui veulent priver les gens de tout, prôner un « retour à la chandelle »... Militer c’est libérateur, on imagine juste une société avec des codes différents et, oui, de la sobriété. Mais dans la sobriété, tu peux faire la teuf et t’éclater. 

R. D. : Ça change aussi notre rapport à la lutte, en apportant beaucoup de motivation et en montrant la force de ce qu’on peut faire en collectif. Par ailleurs, les actions de désobéissance civile peuvent être une grosse source de stress pour certains. Ce qu'on fait permet de s’investir d'une autre manière, avec ce qu’on sait faire, et de trouver sa place dans le mouvement. 

R. R. : Exactement, l’image du militantisme un peu « guerrier » ne correspond pas à tout le monde, donc ça permet d'ouvrir une autre porte d'entrée sur l'engagement. Le succès qu’on a rencontré a un peu été une révélation. On a réalisé à quel point on pouvait toucher les gens avec de la musique, et faire parler d’enjeux comme les retraites, le climat ou le fret ferroviaire dans les médias.

Justement, votre dernier son s’intitule « On veut du fret ferroviaire ». Pourquoi avez-vous choisi ce thème ?

R. R. : Le fret ferroviaire est un sujet un peu « niche », mais il est porté par l’AES (Alliance Écologique et Sociale, ndlr). Globalement, le ferroviaire est désinvesti depuis des années, alors que c’est un enjeu de transition massif. C’est aussi un enjeu militant car il permet une convergence très forte entre les associations écolos et les syndicats. Le son est parti d’une manifestation en octobre, et il file une métaphore sur la nourriture, qui compare le service public à un restaurant étoilé en train d’être dilapidé. 

R. D. : En parallèle de cette musique, on a lancé une pétition pour soutenir le fret ferroviaire, puis on a fait une sorte de « release party » avec une action en plein milieu de la gare de Lyon. Des cheminots·es ont repris une scène du clip inspirée des Tuches et chantaient « du fret du fret du fret » avec des couverts sur une table. On reprenait possession de la gare, plein de gens se demandaient ce qu’il se passait et il y avait une super ambiance. On se donnait tous de la force. 

S. A. : On était alliés à Sud Rail pour cette action, avec 300 cheminots·es. Ils sont un peu une avant-garde de la lutte, d’ailleurs ! Cette question est essentielle : il y a un boom du transport autoroutier car il n’y a pas de moyens investis dans le fret ferroviaire. Sur le tonnage, le transport en camion c’est 14 fois plus d’émissions et 9 fois plus de particules fines. C’est totalement absurde, et ça sert entre autres de justification à la création d’autoroutes qui vont enrichir le secteur privé. 

Des personnes sont-elles entrées en lutte grâce à votre musique et vos événements ? 

R. D. : Statistiquement, au moment des manifs pour les retraites où on s’est mis en avant dans les cortèges, plein de personnes ont rejoint Alternatiba Paris ! On a aussi reçu beaucoup de messages sur les réseaux sociaux.

R. R. : Oui, plein de gens nous demandaient où on était dans le cortège, disaient qu’ils venaient si on y était... Plus récemment, une camarade a reçu un message qui nous a touché. Une personne ne savait pas trop comment s’impliquer dans la lutte, mais elle est venue à une soirée que nous avons organisé à la Cité Fertile (tiers-lieu parisien engagé, ndlr) et elle a adoré l’ambiance, les gens bienveillants… Elle disait qu’elle voulait continuer à s’engager. 

S. A. : Beaucoup de nouvelles et de nouveaux arrivent en ayant entendu Planète Boum Boum. Je vois aussi une évolution au sein de ma famille qui n’était pas forcément militante, mais qui connaît les paroles par cœur ! Je n’avais jamais entendu des slogans politiques sortir de leur bouche, mais maintenant à chaque repas de famille, ça ne rate pas !

Claire Roussel
Claire est une journaliste indépendante spécialisée dans la mode durable et les questions féministes. Elle a collaboré avec des médias comme Tapage, Gaze, NYLON et Marie Claire et produit le podcast Couture Apparente.
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