Sommaire

Article mis à jour chaque semaine. Dernière mise à jour : 10 août 2026.
À retenir
- Au 10 août 2026, les feux de forêt ont relâché 1,7 million de tonnes de carbone en France, soit l'équivalent d'environ 6,2 millions de tonnes de CO2 — un chiffre probablement sous-estimé.
- Environ 93 000 hectares ont brûlé depuis le début de l'année. Et l'été n'est pas terminé :/
- Convertir des hectares brûlés en tonnes de CO2 demande plusieurs étapes de calcul, et chaque étape ajoute de l'incertitude.
Combien de CO2 a été émis par les feux de forêts en 2026 ?
Depuis le début de l'année, les feux de forêt ont relâché 1,7 million de tonnes de carbone dans l'atmosphère, soit l'équivalent d'environ 6,2 millions de tonnes de CO2 . Ce n'est sans doute qu'un plancher : une étude scientifique récente estime que le vrai chiffre pourrait être près de deux fois plus élevé.
Environ 93 000 hectares de forêt sont partis en fumée cette année, contre un peu moins de 12 000 pour une année moyenne à la même date. La France a dépassé son précédent record, établi en 2022 avec 66 300 hectares sur l'année entière... et la saison des feux n'est pas finie.
À méthode identique, les feux de 2022 avaient relâché 0,84 million de tonnes de carbone sur l'année entière, soit environ 3,1 millions de tonnes de CO2. En 2026, ce niveau est déjà doublé début août.
Quels sont les principaux incendies de l'été 2026 ?
Sept massifs forestiers concentrent l'essentiel des surfaces brûlées en 2026. Le tableau ci-dessous détaille l'état de chacun de ces feux. Les surfaces totales des massifs sont des ordres de grandeur, à prendre comme un repère plutôt que comme une mesure exacte.
| Massif forestier | Département(s) | Surface brûlée (ha) | Part touchée | Statut au 10/08/2026 |
|---|---|---|---|---|
| Landes de Gascogne | Gironde, Landes | ~45 500 | ~4 % | Fixé depuis le 01/08 |
| Fontainebleau | Seine-et-Marne | ~2 000 | ~12 % | Fixé |
| Massif de Justin (Die) | Drôme | ~2 600 | ~59 % de la zone | Fixé depuis le 16/07, surveillance en cours |
| Gros Bessillon | Var | ~4 500 | — | Fixé après 8 jours de lutte |
| Thuès-Entre-Valls (Conflent) | Pyrénées-Orientales | ~50 | — | Contenu, derniers foyers en cours d'extinction |
| Autres massifs (Côtes-d'Armor, Maine-et-Loire, Cher…) | Divers | Plusieurs milliers d'ha au total | — | Situation variable |
| Massif du Claps (Bellegarde-en-Diois) | Drôme | ~400 | En cours, progression lente | |
| Causse de Sauveterre (Massegros Causses Gorges) | Lozère | ~153 | Fixé le 10/08 au matin |
Un feu est dit « fixé » quand il ne progresse plus, même si des foyers résiduels peuvent encore couver à l'intérieur du périmètre pendant plusieurs jours.
Certains de ces feux ne sont pas encore complètement éteints. Ces chiffres vont donc probablement encore bouger, et on les mettra à jour chaque semaine.
Comment calcule-t-on les émissions de CO2 d'un feu de forêt ?
En résumé, la formule ressemble à ça :
CO2 émis = Surface brûlée × Biomasse par hectare × Part réellement brûlée × Facteur d'émission

Voici les 4 étapes principales :
- On repère la surface brûlée grâce aux satellites via le système Effis.
- On estime la biomasse disponible sur cette surface, c'est-à-dire la quantité de végétation (en tonnes de matière sèche par hectare) qui peut potentiellement brûler. Une pinède dense, un maquis méditerranéen ou une forêt de feuillus n'en contiennent pas du tout la même quantité.
- On applique un facteur de combustion, c'est-à-dire la part de cette biomasse réellement détruite par les flammes. Un incendie ne brûle jamais 100 % de ce qu'il traverse : les troncs les plus épais, par exemple, résistent souvent au feu.
- On applique un facteur d'émission : brûler de la matière végétale libère en moyenne environ 1,57 kg (1,44 à 1,70) de CO2 par kilo de biomasse sèche partie en fumée. Cette valeur vient des travaux du GIEC (le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et de la base de données GFED.
Le modèle utilisé par Effis, appelé GFAS (système mondial d'assimilation des incendies de Copernicus), est un modèle générique, pensé pour fonctionner partout dans le monde. Il ne distingue pas toujours bien les différents types de forêts françaises, et il capte mal ce qui brûle sous terre, comme les racines ou les sols tourbeux (des sols riches en matière organique accumulée, qui peuvent continuer à brûler lentement sous la surface).
Résultat : ce modèle a tendance à sous-estimer les émissions réelles. Une étude publiée dans la revue Biogeosciences en 2025 l'a démontré pour l'année 2022 : Effis avait annoncé 4,4 millions de tonnes de CO2, quand une réévaluation plus fine arrivait à près de 8 millions. Un facteur de sous-estimation d'environ 1,8, qui s'applique a fortiori cette année.
Le résultat de 1,4 million de tonnes de CO2 émises au 28 juillet 2026 doit donc être perçu comme un minimum.
Qu’est-ce que le CO2 ?
Le CO2 (dioxyde de carbone) est un gaz naturel, indispensable à la vie notamment parce que les plantes s'en servent pour pousser. C’est aussi un des principaux gaz à effet de serre. C’est-à-dire qu’il piège une partie de la chaleur du soleil près de la surface de la Terre. Plus il y a de CO2 dans l'atmosphère, plus cette chaleur reste piégée, et plus le climat se réchauffe. Le réchauffement climatique est lié à une trop grande émission par nos activités humaines de ces gaz à effet de serre.
Les forêts font normalement l'inverse : en grandissant, les arbres absorbent du CO2 et le stockent dans leur bois, leurs racines et le sol. On appelle ça un « puits de carbone ». On estime que les forêts françaises captent environ 27 millions de tonnes de CO2 chaque année.
Un incendie relâche d'un coup tout le carbone accumulé pendant des décennies dans les arbres. De l'autre, il supprime un puits de carbone qui aurait continué à en absorber pendant des années.
C'est ce qu'on appelle un cercle vicieux : le réchauffement climatique favorise les feux de forêt, et ces feux, en détruisant les forêts, aggravent à leur tour le réchauffement.

La vision de Carbo sur les événements en cours
Quel est le rôle du réchauffement climatique dans les feux de forêt ?
Même si les départs de feu sont d'origine humaine dans la grande majorité des cas (mégot, étincelle agricole, imprudence, parfois malveillance), on ne peut plus ignorer le rôle du changement climatique dans leur intensité et leur propagation. Les vagues de chaleur plus fréquentes, les sécheresses plus longues et les sols de plus en plus secs créent des conditions idéales pour qu'un simple départ de feu se transforme en incendie hors de contrôle.
Météo France prévoit d'ailleurs que la saison des feux pourrait s'allonger d'un à deux mois dans les prochaines décennies, et toucher des régions jusqu'ici plutôt épargnées, comme le nord et l'est de la France.
Peut-on ne voir que le CO2e ?
Chez Carbo, nous sommes experts du bilan carbone, et surtout des êtres humains. Parler de l’impact des incendies en termes de CO2, c’est notre métier. Et bien sûr, nous ne réduisons pas ces événements graves aux seules conséquences pour l’atmosphère.
Nous pensons aux milliers de personnes dont la vie est bouleversée et leur témoignons notre soutien. Nous avons une pensée pour la biodiversité. Et bien sûr, nous saluons toutes les actions des pompiers qui mettent en péril leur vie, et toutes celles et ceux qui leur viennent en aide.
Il est urgent d’agir, car il n’est jamais trop tard
Notre mission chez Carbo est d’accélérer la prise de conscience écologique pour réduire dès maintenant notre empreinte carbone. On a parfois l’impression que ce genre de période caniculaire aux feux de forêts trop nombreux pourrait accélérer cette prise de conscience. Difficile à dire si ce sera le cas.
L’engagement en faveur du climat se jour à tous les niveaux, et chaque action de réduction, qu’elle soit individuelle, au niveau d’une entreprise, étatique est bonne à prendre. Chaque dixième de degré de réchauffement évité constitue des impacts négatifs très importants évités.

Foire aux questions : l'impact CO2 des incendies
Le CO2 est le principal gaz émis, mais ce n'est pas le seul. Un incendie de forêt émet aussi du méthane (CH4) et du protoxyde d'azote (N2O), deux gaz à effet de serre bien plus puissants que le CO2 à quantité égale. Il émet également du monoxyde de carbone (CO) et des particules fines, qui n'ont pas d'effet climatique direct mais posent un vrai problème de santé publique. Quand on parle d'émissions « en CO2e » (équivalent CO2), c'est justement pour regrouper l'ensemble de ces gaz dans une seule unité comparable.
Parce que les modèles utilisés ne sont pas tous calibrés de la même façon. Effis s'appuie sur un modèle généraliste qui ne capte pas toujours bien les spécificités des forêts françaises (essences d'arbres, types de sols, combustion souterraine). Des études scientifiques plus poussées, comme celle publiée dans Biogeosciences, retravaillent ces données au cas par cas et arrivent souvent à des totaux plus élevés.
Oui, en partie, mais ça prend du temps, parfois plusieurs décennies pour une forêt de pins. Tant que les arbres n'ont pas repoussé, le CO2 libéré reste dans l'atmosphère et le puits de carbone qui l'aurait normalement capté n'existe plus. C'est pour ça qu'un été d'incendies peut peser sur le bilan carbone du pays pendant plusieurs années.
Sources
- Effis (Système européen d'information sur les feux de forêt, Copernicus) : https://forest-fire.emergency.copernicus.eu/
- Étude Biogeosciences (2025), estimation revue des émissions de CO2 des feux de forêt français : https://doi.org/10.5194/bg-22-213-2025
- Suivre l'évolution des feux par région : https://feuxdeforet.fr







