En Belgique, une expo fait art de tout bois

Pauline Lisowski
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màj en août 2022
Augustine Dabout Agreenculture carbo

En Belgique, six artistes ont investi le parc du château de Seneffe pour une exposition en plein air sur le thème du bois. Tour d’horizon sur leurs différentes manières d’explorer cette matière brute et malléable qui fait le pont entre nature et culture. 

Dans la liste des lieux propices à l’expérience sensorielle et à l’émerveillement, le château de Seneffe, situé en Belgique, est un espace entre patrimoine et nature, idéal pour prêter attention à la vie végétale et à nos relations avec elle. 

Le parc de ce domaine du XVIIIe siècle, comprenant à la fois un jardin à l’anglaise, un jardin à la française, un étang, une île romantique, constitue un écrin propice à la création artistique. Soit le terrain de jeu idéal des artistes invités à l'occasion de l’exposition Form I Bois, installée sur le domaine jusqu’à novembre 2022. 

Domaine du château de Seneffe

Tout soigné qu’il soit, le parc du château de Seneffe laisse la nature libre et intouchée par endroit. Mieux encore : le domaine est engagé dans la gestion différenciée afin de favoriser la biodiversité, la qualité et la diversité des espaces. L’expérience de la promenade dans un jardin stimule les sens, invite à ralentir le pas pour observer la nature, la beauté du végétal, ressentir l’air… De quoi enclencher un état de méditation, de réflexion et entrer en relation avec la vie végétale. 

Invités par Marjolaine Hanssens, curatrice et directrice artistique du château, les six artistes disposaient d’un cahier des charges simple : travailler le bois pour créer en dialogue avec l’environnement et le vivant... La plupart créées in situ, les sculptures et installations interagissent avec le lieu. Bien souvent l’emplacement choisi leur a permis de poursuivre un travail artistique déjà en germe, d’apprécier les qualités du site pour y faire résonner leur création. 

L’arbre, sculpture ou refuge

Emmanuelle Briat, inspirée d’écrits de botanistes ou d’autres scientifiques, observe la nature pour créer ses installations. « Plasticienne du végétal » telle qu’elle se nomme, l’artiste expérimente des relations entre les plantes et tend à nous faire prendre conscience de leurs propriétés. Le jardin à la française l’a incité à proposer un ensemble d’œuvres en écho avec l’histoire des jardins, dans le « respect du travail du paysagiste ». L’artiste a utilisé des essences locales, des branches de noisetiers trouvées à proximité du château. 

© Emmanuelle Briat

Neuf sculptures en forme d’octaèdre s’apparentent à la fois à des treillis, à de possibles cabanes, proposant des points de vue sur les différents axes du jardin. Celles-ci guident le promeneur, visiteur, spectateur vers les perspectives du parc. « Le bois est un matériau essentiel à notre société, depuis des siècles. Si nous ne le respectons pas il disparaît. L’arbre est majestueux, fort et sensible », revendique l’artiste engagée dans la restauration des liens entre l’homme et la nature. Une autre sculpture végétale se découvre au « carrefour de l’étoile » et nous incite à observer les différents axes qui se dessinent. Son installation Les dialogues répond ainsi aux tracés du « jardin des trois terrasses ». Des nouvelles pousses apparaitraient-elles sur les branches dans les mois à venir ? La végétation pourrait-elle interagir avec les branches glanées, associées, liées ? Telles sont les questions qui se laissent imaginer en parcourant ce jardin géométrique. 

La nature changeante de l’eau

L’eau comme support d’installation inspire également les artistes. Elle les incite à des défis techniques et à travailler des formes à partir de ses variations, au gré des changements météorologiques. Derrière le théâtre, l’œuvre de Marco Dessardo, une barque sur un bassin, possible habitat, ou refuge, raconte une histoire. La frise BD muette dessinée par Philippe Gardien, invité par l’artiste, nous engage à en faire le tour pour déchiffrer un récit d’aventure autour de l’eau et du voyage. 

Nicos © Catherine Baas

Sur l’étang situé dans l’espace paysager, conçu selon l’esprit des jardins à l’anglaise, l’installation Nicos de Catherine Baas montre le phénomène de la montée des eaux. L’artiste s’interroge sur les nouvelles manières de concevoir des habitats dans le contexte du changement climatique et des problématiques relatives à celui-ci. Sa structure flottante, dit-elle « met en lumière le fait que c’est à nous de nous adapter à la nature et pas l’inverse. » Un certain humour et une sensation de surprise, d’émerveillement en émanent. Ces impressions font écho à celles que nous pouvons avoir face à la nature, aux fleurs en croissance, qui attirent notre regard et sollicitent notre curiosité. 

Harmonie entre l’homme et l'arbre

Cachée par le feuillage des arbres, la sculpture Qui-vive de Clarisse Griffon du Bellay, invite à s’arrêter, surpris par sa présence… Un corps en bois, habitant des milieux boisés. 

Qui-vive © Clarisse Griffon du Bellay

Plus loin, en prenant le temps de marcher dans la partie la plus « sauvage » du parc, les promeneurs attentifs prendront le temps de lever leurs yeux pour apercevoir les installations Tree Hug de Monsieur Plant, fusion de l’homme et de la nature. « Faites des câlins aux arbres, donnez-leur de l’amour, ils vous en seront reconnaissants. Ce sont les arbres qui nous font respirer et donc vivre, ils méritent bien cet amour… », les propos de l’artiste incitent à une relation des plus bienveillante avec ces êtres vivants. Ses œuvres mettent en évidence la beauté des arbres, majestueux, vers lesquels nous tourner, pour apprécier leur lente croissance, leur écorce, la circonférence de leur tronc.

Sculpture, couleurs, matière, et réemploi

À l’arrière du château, les sculptures aux couleurs vives d’Elodie Boutry, tels des totems, jouent sur l’équilibre de formes et font écho à la collection d’orfèvrerie du château. L’artiste est sensible au devenir de ses œuvres en étant consciente de l’importance du recyclage.

© Elodie Boutry

« Il s’agit désormais de réfléchir dès le départ à comment réemployer les matériaux utilisés, en créant lors du démontage de nouvelles compositions avec des fragments issus de l’installation et ainsi permettre aux visiteurs de garder un morceau de l’œuvre à un prix modique. » revendique l’artiste. Cette démarche répond à l’urgence de prêter attention au réemploi des matières utilisées.Ici, sculptures et installations font naître des récits, un devenir possible de ce domaine paysager. Elles ponctuent la promenade, incitent à s’arrêter un moment, à contempler les variations de lumière dans le jardin, les différents espaces paysagers du parc. Ainsi, à travers leurs œuvres, les artistes nous engagent à nous reconnecter avec la nature, et in fine, à prendre soin de nos « lieux de nature ».

Pauline Lisowski
Pauline Lisowski est critique d'art et commissaire d'exposition, intéréssée par les relations entre art, nature, paysage et écologie.
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