Green Diamond : une techno oubliée pour se connecter à la nature

Mathilde
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Augustine Dabout Agreenculture carbo

Exposée jusqu'en mai dernier au Centquatre-Paris dans le cadre du Festival Circulation(s), l’exposition photographique Green Diamond offrait une plongée dans une aventure dystopique mystérieuse où les protagonistes développent une technologie sophistiquée permettant de faire l’expérience de la nature sans plus avoir besoin d’elle.

« La fraîcheur de 4h du matin », « l’eau verte de la montagne », « le pouvoir du vent » : voici quelques exemples de ce que vous auriez pu ressentir en utilisant la technologie Green Diamond, si l’usine du même nom n’avait pas arrêté ses expérimentations en 1999. Conçues dans la zone de développement économique et financier de la rue Jinghai à Beijing, ces micro-puces électroniques en poudre de diamant, glissées sous la peau, lentilles de contact virtuelles et ondes ultrasonores promettaient de donner à ressentir des sensations identiques à celles vécues au contact de la nature. 

« En claquant des doigts, on pourrait sentir un léger parfum floral. Passer les deux mains dans les cheveux déclencherait une sensation de vent frais sur le visage  

L’entreprise chinoise Green Diamond anticipait-elle l’ère des extinctions de masse à venir et la quête des humains pour renouer avec des sensations désormais perdues ? Difficile à dire selon l’enquêtrice de cette aventure, l’artiste italienne Rachele Maistrello, qui rêve de percer le secret de la composition de cette mystérieuse technologie. Mails imprimés, négatifs de photographies, documents administratifs perdus… Tout en brouillant les pistes entre fiction et réalité, la photographe tente de reconstituer le puzzle à partir des rares traces pouvant témoigner de l’existence de Green Diamond. 

Green Diamond © Rachele Maistrello 

À ce titre, la coopération de Li Jian Pin est particulièrement précieuse : cet ancien employé de l’usine a percé une partie du secret de ses employeurs grâce à l’histoire d’amour qu’il entretenait à l’époque avec Gao Yue, une acrobate embauchée par la compagnie pour mener des expériences sur les puces.

Chaque matin, Gao Yue mettait des lentilles de contact connectées aux capteurs implantés à différents endroits de son corps, ainsi qu’à un système générant des fréquences ultrasons. L’acrobate cyborg s'imprégnait alors des sensations offertes par cette technologie de pointe, et travaillait à développer les gestes qui activeraient les capteurs. En claquant des doigts, on pourrait sentir un léger parfum floral. Passer les deux mains dans les cheveux déclencherait une sensation de vent frais sur le visage. Grâce à un certain mouvement de mains, il serait possible de ressentir ce que cela fait de se sentir entouré de grands arbres verts.

Une fois au point, chacun de ces services serait accessible moyennant des Green Diamond Points, une cryptomonnaie que les usagers accumuleraient plus ou moins abondamment en fonction de leurs efforts produits en matière d’écologie.

Factures trouvées par Rachele Maillestro au cours de son enquête sur Green Diamond © Rachele Maistrello

Grâce à la correspondance des deux amants, on assiste à la fascination naissante de la jeune fille pour sa nouvelle condition transhumaniste. « Ce que je sens avec les capteurs est réel. Bien sûr, on ne peut pas le voir ni le toucher, mais je peux le sentir, confie Gao Yue par email. (...) Depuis qu’on m’a installé les plus gros capteurs, je peux accorder les battements de mon coeur avec les ultrasons, ça ressemble à quand on va sous l’eau et qu’on entend le son de la mer, c’est comme si on ne pesait plus rien, qu’on faisait partie d’un monde libre et bleu ».

Cette sensation d’une connexion intense avec les éléments est probablement difficile d’accès lorsque l’on vit au cœur d’une ville de 26 millions d’habitants.

Mais passer ses journées dans un laboratoire de simulation de la nature ne semble pourtant pas être particulièrement ressourçant. Les archives vidéos et photographiques de Li Jian Pin témoignent de la perte de vitalité progressive de la jeune fille, jusqu’à atteindre l’épuisement. Assez vite, les chances de voir leur histoire d’amour fleurir s’estompent à mesure que Gao Yue s’adonne à son obsession de contrôler la nature. 

A cheval entre science-fiction dystopique et travail d’archive, cette enquête faussement historique est menée par l’artiste visuelle italienne Rachele Maistrello et exposée au festival de photographie Circulation(s) qui se tient au Centquatre-Paris jusqu’au 29 mai. En parallèle, l’univers de Green Diamond est à découvrir sur un site web dédié au projet, pensé par l’artiste comme le carnet de bord de son enquête. 

Mathilde
Mathilde est journaliste spécialisée sur les problématiques environnementales, les sujets artistiques et l'impact du numérique sur la société, le tout sous un angle résolument optimiste.
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