Luminariste, un duo qui crée des « sidérations poétiques » pour conjurer le dérèglement climatique

 ⏳ 
lecture 5 min
🪄 
màj en décembre 2023

Déesse grecque des tempêtes, Cymopolée est aussi le nom d'une création du duo lyonnais spécialiste des œuvres lumineuses. À travers ses installations dans l'espace public, il cherche à préparer les esprits aux effets du changement climatique et à appeler à l'action.

Une tornade à Nantes, à Lyon ou à Metz. On aura tout vu. Et si ce scénario s'avérait réel un jour ? Y serait-on préparé ? Le duo créatif Luminariste met les pieds dans le plat, en installant en pleine ville depuis 2022 son œuvre lumineuse et sonore baptisée Cymopolée, à l'occasion de différents événements. Son nom est emprunté à la déesse grecque des tempêtes et des catastrophes naturelles. Des catastrophes qui vont se multiplier au fur et à mesure du réchauffement planétaire. Luminariste souhaite paver la voie en informant, en alertant et en incitant à l'adaptation. 

Ni Marc Sicard ni Benjamin Nesme, les deux moitiés du duo Luminariste, n'étaient pourtant des chasseurs de tornades auparavant. Ni même des artistes particulièrement engagés pour la cause climatique jusqu'à il y a quelques temps. Leur rencontre remonte à trois ans. Marc avait une casquette de designer et d'illustrateur. Il avait notamment créé des verres ou des flacons de parfum. Benjamin était ingénieur lumières dans l'univers du spectacle, pour des pièces de théâtre ou des concerts, et venait de suivre une formation de vitrailliste. « Chacun, nous étions à la fois dans la conception ou la fabrication, dans des univers aussi bien réels que fantasmagoriques », décrit Marc. 

Ensemble, ils ont commencé à travailler comme des artistes à part entière et plus au service d'autres projets. Les projections sont devenues leur marque de fabrique. Ils ont signé leur première œuvre à Chartres, en réalisant des projections de dessins gravés sur des plaques de verre. Le thème de l'événement portait sur la faune et la flore. Déjà, il y avait dans leur travail un « lien à quelque chose d'organique », une « volonté de retrouver une espèce de naturalité », esquissent-ils. Ainsi que le souhait de « faire surgir dans la ville des instants poétiques »

Un phénomène esthétique et porteur de récit 

Ce n'était là qu'un prémisse au reste du travail qu'ils allaient entamer ensemble. Depuis, leur conscience s'est aiguisée sur les changements à venir et leur lecture du dernier rapport du Giec a poussé leurs réflexions créatives dans une nouvelle direction. Cymopolée est la première d'un cycle d'œuvres qu'ils appellent « conscientes ». Cette tornade en pleine ville, ils la considèrent comme un « totem pour immuniser contre le dérèglement climatique ».

© Gaëtan Clément

Le choix de la tornade s'est imposé pour plusieurs raisons. « Le phénomène en lui-même possède à la fois un côté horrifiant et fascinant. Il s'impose, il n'y a aucun moyen de déplacer sa course », explique Marc. La tornade était aussi « un excellent candidat à la fois esthétique et porteur d'un récit ». Car son passage est inéluctable et se compte en heures, voire en jours. 

Pour donner l'impression qu'une tornade débarque dans l'espace public, Luminariste a conçu une structure métallique prenant la forme de cette bourrasque, traversée par des projections et des sons venant signifier ses différentes humeurs. D'abord le phénomène d'alerte. Puis la montée d'intensité effrayante. Le répit relatif aussi, qui s'impose parfois au milieu de la tornade avec son beau temps. Avant de retomber sur un deuxième rideau dramatique. Divers cartels sur la structure apportent également des connaissances scientifiques sur le phénomène. 

Une œuvre support de « sidération poétique »

Cymopolée ébranle aussi bien les émotions que la conscience. Si cette tornade était dix fois plus grande et qu'elle traversait vraiment la ville, que deviendrions-nous ? C'est justement ce pouvoir d'interpellation que les deux artistes veulent exercer. Car « les phénomènes cycliques comme les ouragans ne vont pas forcément augmenter en nombre, mais en intensité. Ils vont aussi être amenés à changer un peu de trajectoire », récitent-ils. 

Et si les territoires tropicaux sont habitués aux passages de ces phénomènes venteux extrêmes, des villes comme Genève ou Saint-Gervais – qui ont coproduit l'œuvre avec Lyon et Metz – n'ont aucune anticipation en la matière. Faire venir l’œuvre dans ces lieux, c'est aussi chercher à pousser à l'adaptation, alors que le dérèglement climatique est en cours. 

© Gaëtan Clément

Loin de Marc ou de Benjamin l'idée de détenir et transmettre toutes les solutions par contre. Face à ce constat du réel, leur réponse est artistique. « Entre lire un rapport du Giec et voir une œuvre lumineuse et sonore, peut-être qu'un des deux plus digestes. Notre pari, c'est de se dire qu'avec une œuvre, on peut à la fois faire de la pédagogie et être vecteurs d'émotion, pour que la peur ressentie puisse quelque part tous nous mettre au travail pour s'adapter. »

Des étudiants d'une école de Toulouse qui ont vu Cymopolée leur ont d'ailleurs rapporté qu'ils avaient eu l'impression de mieux comprendre le phénomène qu'en une douzaine de cours, parce que cela « prenait aux tripes ». Pari gagné pour les artistes. Ils racontent également ces passants qu'ils ont vu se poser sur le bord d'une grande fontaine à Lyon pour voir les boucles du spectacle de Cymopolée quatre, cinq ou six fois d'affilée. C'est ça, la « sidération poétique » qu'ils chercher à proposer dans l'espace public. 

Les paradoxes de la création engagée 

Marc et Benjamin ne se targuent pas d'être des militants pour autant, mot dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Peut-être parce qu'un de leurs sponsors est une grosse entreprise privée, la Compagnie nationale du Rhône, qu'ils évoquent aussitôt la question posée, pour expliquer que c'est aussi à partir du moment où les industries s'intéressent à la question écologique que les choses deviennent concrètes. 

Peut-être est-ce aussi par humilité que le duo n'ose pas se coller cette étiquette. Car ses fondateurs sont conscients des paradoxes inhérents à toute création artistique. « Plus Cymopolée se déplacera pour alerter sur le dérèglement climatique, plus elle y contribuera par ses déplacements. Mais aussi, plus elle sera vue, plus le taux de pollution par spectateur sera minime. » Le duo s'est d'ailleurs questionné au sujet d'une proposition pour installer l’œuvre à Montréal pendant quatre mois cet hiver. Fallait-il la reconstruire sur place, mais en utilisant des nouveaux matériaux ? Ou bien la faire traverser l'Atlantique en cargo ? Ils ont finalement choisi la deuxième option, en se disant que quatre mois d'exposition valait le coup pour un tel déplacement. 

Après cette virée de l'autre côté de l'océan, Cymopolée reviendra en France et sera visible à Paris en juin 2024. Ce qui laisse encore un peu de temps à la capitale pour se préparer au passage de cette tornade et de cette « sidération poétique ». 

Crédit de couverture : © Gaëtan Clément

Mathilde Doiezie
Mathilde est journaliste. L'écologie, c'est son dada, pour changer positivement la face du monde. La culture, elle en est gaga, pour affronter tout ça avec entrain.
Une sélection d'articles dans votre boite mail 📩
Une fois par mois, une petite pause de culture écologique dans votre boîte mail.

Vous devriez aussi aimer

1 2 3 7
Logo Carbo Bilan Carbone Entreprise
Version beta

Engagez vous dès aujourd'hui avec Carbo.

Votre allié pour maîtriser votre impact carbone
Accélérer la prise de conscience écologique pour réduire dès maintenant notre empreinte carbone.
Carbo ® tous droits réservés
Conçu en 🇪🇺 avec 1.57 tCO2e / an 🌱
Logo Impact 120
Logo Impact France
Logo Capterra Best Value 2023
Trustpilot Reviews
Logo Appvizer
Logo France Relance
Logo Qontrol
Logo Solar Impulse
Logo CDP Provider
Logo CSRD

 📢 [Webinar] ADEME X Carbo

"Comprendre les ordres de grandeur de l’impact carbone, un levier pour les entreprises". L'ADEME (Mon Impact CO2) et Carbo vous donne rendez-vous le mardi 23 avril 2024 - 12h00 (CET).


cross-circle linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram