L'empreinte carbone s'expose au musée des Arts et Métiers

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màj en novembre 2025

Au musée des Arts et Métiers de Paris, Empreinte Carbone, l’expo ! interroge ce sujet crucial avec un parcours en trois parties, à la fois pédagogique et ludique. Elle décortique la notion d’empreinte carbone à partir d’une sélection d'objets issus des collections du musée et invite les visiteurs à s’interroger sur leurs pratiques et à envisager de possibles solutions. Carbo s'est entretenu avec Anaïs Raynaud, cheffe de projet de l'exposition au musée des Arts et Métiers.

© Musée des Arts et Métiers-Cnam/photo Frédérique Toulet

Quelle est l’origine de l’exposition Empreinte Carbone, l’expo ! ?

Anaïs Raynaud : La tenue de cette exposition a été décidée à l'été 2022 par la directrice du musée qui était à la recherche d’un thème qui résonne avec des enjeux contemporains. Nous avons été accompagnés par un cabinet de conseil spécialisé en transition. Les questions de transition et d’empreinte carbone particulièrement nous permettaient de regarder les collections à l’aune de ce sujet contemporain.

De nombreux acteurs scientifiques ont contribué à la création de celle-ci. Pourriez-vous expliquer ce choix et ce que chacun a apporté ?

A. R. : Nous avons fait le choix de constituer un conseil scientifique que nous avons sollicité à intervalles réguliers pour entériner et valider les orientations que nous allions prendre pour l’exposition. Nous voulions nous entourer de trois types de personnalité : des représentants du monde économique, des représentants d’organisations transverses et une composante universitaire. Cela nous a permis notamment de faire appel à des professeurs du Cnam (Conservatoire national des arts et des métiers).

© Musée des Arts et Métiers-Cnam/photo Frédérique Toulet

Quel fil conducteur avez-vous pris pour concevoir le cheminement de visite ?

A. R. : Entre 2022 et 2024, les sujets forts liés à la transition écologique ont avancé et reculé. En fonction de l’actualité, la question des plastiques, de la biodiversité ou de la gestion des ressources en eau passent sur le devant de la scène. Pour rester proche de nos collections, nous avons adopté un parcours assez simple, découpé en trois grandes parties. En premier, l'exposition présente l’empreinte carbone des objets en dressant leur carte d’identité carbone. Une deuxième partie est consacrée aux usages, aux raisons pour lesquelles nous avons recours aux objets qui nous entourent, et aux lignes de force qui structurent nos usages. Enfin, une troisième partie est centrée sur les solutions, en interrogeant autant les capacités des objets à évoluer pour être plus verts et fonctionner de façon plus efficiente, que la possibilité d'aller vers des solutions de réorganisation sociale et de changement de pratiques à grande échelle. C’était important d’avoir un parcours vraiment didactique.

Comment la scénographie a-t-elle été pensée ?

A. R. : La scénographie devait dès le début se joindre à la démarche engagée. Nous avons d'abord cherché à limiter les prêts à longue distance et avons augmenté la part de critères environnementaux et durables dans l’évaluation des propositions des scénographes. Le parti-pris était centré sur le réemploi, l’empreinte carbone et la visibilité de la démarche. L’échafaudage utilisé par l’agence qui a réalisé la scénographie montre la volonté de réemploi. Il s’agit d’une structure qui a un autre usage et qui est détournée pour arriver dans le musée. C’est un échafaudage de location qui repartira dans un circuit de location à la fin de l’exposition.

© Musée des Arts et Métiers-Cnam/photo Frédérique Toulet

Nous avons réinterrogé beaucoup d’usages de l’exposition et de sa grammaire pour être au plus juste de ce dont nous avions besoin. L’agenceur de l’exposition s’est associé à une ressourcerie, où nous sommes allés puiser les matériaux dont nous avions besoin pour concevoir l’exposition. Cela a contribué à diminuer l’empreinte carbone de celle-ci. À l’entrée, un texte parle de son empreinte carbone de l'exposition elle-même et des choix que nous avons faits pour l'alléger. Le mobilier de l’exposition possède également ses propres cartels. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir comment le musée s’empare de la problématique de l’empreinte carbone. 

Comment impliquez-vous l’action du visiteur et comment est organisée la médiation ?

A. R. : Nous voulions concevoir une exposition très accessible, car nous avons aussi un public de scolaires. Nous voulions que les visiteurs ressortent équipés pour faire face au discours médiatique qui les entoure. Nous avons cherché à proposer une expérience plaisante. La scénographie est très colorée avec beaucoup d’appels aux dessins réalisés par une illustratrice. Cela contribue à amener un peu de rondeur et de douceur. On ne minimise pas le vocabulaire, mais on travaille avec des jeux et des dispositifs de médiation rigolos, qui permettent de se détendre et de changer de posture. Cela permet d’avoir une expérience de visite tournée vers le positif plutôt qu’angoissante ou anxiogène. Plus on avance vers la fin de l’exposition, plus il y a de médiation.

© Musée des Arts et Métiers-Cnam/photo Frédérique Toulet

Nous laissons aux visiteurs la possibilité de s’engager ou pas, et de pouvoir se prononcer sur ce qu’ils ont vu. Ils peuvent tamponner des défis sur des cartes et repartir avec. Nous avons aussi un dispositif avec des fils que les visiteurs peuvent relier entre des grandes familles de solutions avec trois options possibles : « J’adopte ; Je trouve que c’est compliqué ; Je n’en veux pas ». On laisse les visiteurs faire leurs choix et constater ce que leurs choix produisent. Nous souhaitons ouvrir un espace de dialogue avec eux.

© Musée des Arts et Métiers-Cnam/photo Frédérique Toulet

Il y a aussi une riche programmation d’événements.

A. R. : Celle-ci ponctue l’exposition et accompagne le questionnement global. Le week-end d’ouverture était consacré au thème de la réparation avec un Repair’Café, des ateliers de couture, de réparation de vélo... La réflexion était accompagnée d’ateliers pratiques. Il s’agissait d’amener les visiteurs à pouvoir se réapproprier leur matériel technique. Nous organisons des soirées Cult’ autour d’œuvres populaires, une soirée sur Miyazaki et l’écologie le 21 février, des soirées Déb’Acteur autour d’une question fictive et plausible. Ces formats ajoutent au dialogue et à l’échange.

© Musée des Arts et Métiers-Cnam/photo Frédérique Toulet

L’installation La Bouée de Damia accueille le visiteur. Pourriez-vous expliquer comment elle s'insère dans la thématique de l’exposition ?

A. R. : Nous faisons constamment appel à des artistes pour une œuvre dans le cadre d’exposition. Damia est un artiste espagnol qui réalise des sculptures un peu vivantes, qui absorbent le CO². L’œuvre sur le parvis du musée attire la curiosité et offre ainsi une certaine visibilité. Le concept de l’œuvre, la méthodologie de travail et la technique picturale existait déjà d’où le fait que la production fut assez facile. Damia souhaitait en effet que son œuvre reste un contrepoint assez discret de l’exposition.

© Musée des Arts et Métiers-Cnam/photo Frédérique Toulet

Pour la première fois, un bilan carbone de l’exposition a été évalué. De quelle manière celui-ci fut réalisé et qu’en retenez-vous ?

A. R. : L’agence Low Carbon Prod a été assez claire sur la manière dont cette évaluation allait se passer. Nous avons sensibilisé l’ensemble de nos équipes. Nous avons encore envie de mieux nous connaître et nous sommes en demande de ces indicateurs, autant sur ce que les visiteurs pensent de nos expositions que sur le poids de nos activités et leurs conséquences. Cette étude nous a confortés dans la perception que la phase de fabrication était la plus lourde. Par ailleurs, cela nous a amenés à comprendre qu’il fallait engager un chantier de rénovation du bâtiment pour améliorer sa performance énergétique. Pour l’exposition d’après, nous avons incorporé la mesure de l’empreinte carbone, ce qui permettra de faire une comparaison entre une exposition à thème environnemental et une exposition centrée sur un autre sujet mais qui a intégré ces notions au sein de sa conception.

De quelle manière le musée des Arts et Métiers intègre-t-il les réflexions sur les problématiques d’écoconception et de transition écologique au sein de son organisation ?

A. R. : Il y a une partie empirique, qui elle-même se divise en deux types d'actions. Certaines que nous faisions parce que nous avions la conviction que c’était plus durable. Et d'autres qui entrent dans la sphère durable que nous mettions en place pour d’autres raisons, techniques ou économiques. Lorsque nous avons converti nos parcs électriques, nous sommes par exemple passés d'halogène à LED. Le réemploi de matériel scénographique s’est fait par opportunisme, notamment dans l’usage de vitrines. C’était pratique et économique. Nous avons un inventaire de mobiliers que nous mettons régulièrement à jour. Les scénographes sont invités à puiser dedans. Dans le futur, nous envisageons d’imposer un taux minimum de réemploi. Nous avons également un parc de caisses de transport que nous réemployons. Nous avons réinvesti ces outils et nous les transmettons à nos collègues en leur expliquant la durabilité de chaque pratique. Nous avons gardé les critères de durabilité lorsqu’on met en place les appels d’offres. Le calcul et l’optimisation de l’empreinte carbone sont aussi intégrés au projet. Le Cnam va devoir réaliser son bilan carbone, devenu obligatoire pour les établissements de plus de 250 personnes. Enfin, nous sommes en passe de recruter un RSO à l’échelon du conservatoire avec un référent au musée pour distribuer les bonnes pratiques.

Empreinte Carbone, l’expo ! est à découvrir jusqu'au 11 mai 2025 à Paris au musée des Arts et Métiers (75003).

Pauline Lisowski
Pauline Lisowski est critique d'art et commissaire d'exposition, intéréssée par les relations entre art, nature, paysage et écologie.
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