Effondrement de nos sociétés : théorie ou prédiction ?

Anaïs Fleury
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lecture 9 min
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màj en avril 2022
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Vous venez de regarder le film Don't Look Up avec Leonardo Di Caprio et Jennifer Lawrence sur Netflix ? Alors vous avez déjà un aperçu du concept de l’effondrement. Ce film illustre la grande apocalypse dans une perspective de fin du monde où des éminents scientifiques ne sont pas écoutés par l’opinion publique, le politique ni par les médias. Ce type de films illustre à merveille les théories sur l’effondrement et la collapsologie et nous questionne sur le sujet. Est-il donc vraiment « trop tard pour faire face au changement climatique» ? Carbo décrypte pour vous la question, en (seulement) 9 minutes.

D’où viennent les théories sur l’effondrement ? 

Les théories sur l’effondrement sont de plus en plus sur le devant de la scène : dans les films comme celui sur Netflix évoqué plus haut, ou bien encore dans les journaux, ou la littérature.  Mais quelle est l’origine de ce fatalisme ?

effondrement théorie collapsologie

Un concept de fin du monde qui n’est pas récent…

Les discours sur la fin du monde ne datent pas d’aujourd’hui, bien au contraire. Les prédictions Maya prévoyaient déjà la fin du monde. Ce qui est relativement récent, c’est la présence de cette forme de catastrophisme dans les débats publics. 

Déjà dans le Nouveau Testament, on retrouvait des traces de fin du monde avec l’Apocalypse par exemple. Mais c’est à partir du XXème siècle que les problématiques liées à nos modes de vie et nos modes de consommation émergent. Le rapport Meadows, en 1972, rédigé par un groupe de réflexion composé d’économistes, de scientifiques et d’industriels lance le débat sur l’effondrement de nos sociétés. 

Le principal enseignement du rapport Meadows est l'interdépendance des facteurs. Selon tous ses modèles, le fait de changer une seule variable (démographie, production industrielle, pollution, alimentation)... amène systématiquement à l'effondrement du système. Seule la modélisation qui limite l'ensemble des facteurs permet d'éviter l'effondrement.

Et la solution pour éviter la catastrophe soulignée dans le rapport ? Une stabilisation de la production et de la population. 

graphique rapport meadows effondrement collapsologie

En réaction à cet appel à la « croissance zéro », de nombreuses prises de position, dans le monde politique et académique, rejettent les conclusions du rapport, sur des bases philosophiques, méthodologiques ou politiques.

« Dans les vingt prochaines années, entre aujourd’hui et 2030, vous verrez plus de changements qu’il n’y en a eu depuis un siècle, dans les domaines de la politique, de l’environnement, de l'économie, de la technique. Et ces changements ne se feront pas de manière pacifique »

Dennis Meadows dans le Monde en 2012.

Les principaux auteurs de ces théories 

L’effondrement est une théorie qui a fait couler beaucoup d’encre. Plusieurs auteurs dans le monde ont théorisé le concept disponible dans leurs livres : les Américains Jared Diamond et Jeremy Rifkin, la Canadienne Naomi Klein ou bien encore le Français Pablo Servigne.

Si tous ces auteurs écrivent sur le sujet et sont d'accord pour affirmer qu’il est temps d’agir pour la planète, chaque auteur a sa particularité. 

Pablo Servigne, Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes

A l’origine du terme collapsologie, Pablo Servigne la définit comme « L’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, et sur des travaux scientifiques reconnus. »

Dans son livre Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Pablo Servigne analyse la manière dont un effondrement pourrait affecter nos sociétés. Il analyse les interconnexions entre le climat, notre environnement et notre système (industriel, politique et économique).

Ce petit manuel s’attache donc à décrire les mécanismes à l'œuvre pour nos générations présentes si nos civilisations s’effondraient en s’appuyant sur l’effondrement de sociétés passées. Le livre présente donc une approche pluridisciplinaire car pour l’auteur, « toutes ces crises sont interconnectées, s'influencent et se nourrissent».

📚Pablo Servigne a par ailleurs écrit d’autres livres tels que : 

  • L'entraide. L'autre loi de la jungle
  • Une autre fin du monde est possible. Vivre l'effondrement (et pas seulement y survivre)
  • Aux origines de la catastrophe

Jared Diamond, Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie 

Jared Diamond est le premier à populariser le terme effondrement dans son ouvrage. Paru en 2005 et traduit en français l’année suivante, Jared Diamond examine comment une société peut s’effondrer dans son livre. L’effondrement n’est pas uniquement causé par le changement climatique mais également lié à la raréfaction des ressources, la menace nucléaire et les inégalités.

Son essai s'articule en quatre parties : 

  • Dans la première, Jared Diamond étudie l’État du Montana et les relations que la population entretient avec son environnement. 
  • Ensuite, l’auteur décrit l’effondrement des sociétés passées et identifie un « schéma-cadre » composé de cinq facteurs capables de contribuer à une effondrement : dégrader l’environnement, le changement climatique, les tensions aux frontières, la perte de partenaires commerciaux et enfin, la capacité des sociétés à répondre à leurs problèmes.
  • Dans la troisième, Jared Diamond s’attarde sur les sociétés dites modernes comme le génocide au Rwanda
  • Enfin, dans la quatrième partie soulève des problématiques liées au présent. 

Jared Diamond, biologiste et géographe, interrogé 15 ans après l’écriture de son livre par le New York Magazine évalue à « environ 49 % la probabilité que le monde tel que nous le connaissons se soit effondré d’ici à 2050».

Attention toutefois, Jared Diamond n’affirme pas que l’unique voie d’avenir pour l’être humain soit la disparition. Dans son livre, il étudie comment les Etats peuvent surmonter des crises. Selon lui, la réponse doit être collective. D’une part, « admettre la réalité de la crise traversée » et, d'autre part, « accepter que l’on y a une responsabilité ».

Collapsologie et effondrement : quelles différences ? 

On appelle collapsologie la théorie de Pablo Servigne et Raphaël Stevens qu’ils développent dans leur livre Comment tout peut s’effondrer ? Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations, en 2015. Cette théorie repose sur la croyance en un possible écroulement de nos civilisations actuelles. Le terme collapsologie vient du latin collapsus, « tombé en un seul bloc, s’écrouler, s’affaisser » (to collapse en anglais). 

effondrement pollution collapsologie

L’effondrement comme le définit Yves Cochet, ancien député européen écologiste, renvoie au « processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». 

Plusieurs facteurs peuvent causer un effondrement du fait de leur interdépendance. En effet, il y a une certaine dimension systémique dans le concept d’effondrement : un facteur pouvant entraîner la chute d’un autre. Les facteurs peuvent être environnementaux, sociaux, culturels ou encore économiques. Les risques que cet effondrement se produisent sont liés à la nature systémique de notre monde ; le bouleversement peut être mondial.

Attention toutefois, l’effondrement ne serait pas obligatoirement la disparition de notre société mais concerne plutôt notre système économique et notre société industrielle. 

🖐La petite info ? La collapsologie a fait son entrée dans le dictionnaire en 2020. 

Ainsi, la collapsologie renvoie à cette science/discipline qui étudie l’effondrement de nos civilisations tandis que l’effondrement a une définition plus générale et désigne le processus par lequel une rupture s’opère. Par exemple, nous pouvons assister à un effondrement socio-économique, de la biodiversité, ou bien de notre civilisation toute entière. 

Résonances actuelles : quelle popularité ?

De plus en plus de personnes se disent convaincus qu’un effondrement va se produire. 65% des Français les français considèrent que « la civilisation telle que nous la connaissons actuellement va s’effondrer dans les années à venir », d’après un sondage de la Fondation Jean Jaurès de février 2020. Vous n’êtes donc pas seul.e dans l’aventure. Et depuis la crise du COVID-19, l’effondrement a le vent en poupe. 

🖐Selon le même sondage, le Royaume-Uni serait le premier pays croyant en un effondrement à venir. Derrière lui, la France, l’Italie (71 %) et les États-Unis (52 %).

Le COVID-19, un aperçu de l’effondrement ? 

Le COVID-19 a paralysé en partie l’économie, comme l’explique Pablo Servigne pour France Inter, ce qui a entraîné une nette baisse des émissions de gaz à effet de serre. 

France Inter titre sur le sujet La collapsologie et le survivalisme renforcés par la pandémie de Covid-19, notre crise sanitaire aurait contribué au développement et à l’expansion de collapsologie. 

La période du COVID fut un moment intense sous un climat anxiogène pour toutes et tous. D’après Anne Rumin, collapsologue et membre de l’Institut Momentum, la crise du COVID répond à la logique de l’effondrement : gouvernance, crise sanitaire, accès au ressource rendu difficile, ralentissement dans les flux de mobilité, baisse du prix du pétrole…

Faut-il s’en inquiéter ? 

Critiques associées à la théorie de l’effondrement 

Plusieurs critiques sont adressées aux collapsologues. Certains pensent que la collapsologie ne peut être une science car elle repose sur une forme de prédiction d’effondrement des sociétés humaines. D’autres intellectuels pensent que la collapsologie ne s’attaque pas aux vraies problématiques économiques et politiques. 

Jean‑Pierre Dupuy, philosophe et professeur de philosophie sociale et politique à Polytechnique, qualifie les théories de l’effondrement comme « catastrophisme […] irrationnel ». Selon lui, la collapsologie est en effet une « thèse réactionnaire et fausse conceptuellement [confondant] la complication et la complexité ». Dans son ouvrage, Pour un catastrophisme éclairé, quand l'impossible est certain, Jean-Pierre Dupuy réfléchit sur l’avenir de l’humanité. S'appuyant sur l’histoire de nos sociétés capables de s’anéantir par elles-mêmes, il affirme ainsi qu’ « une catastrophe n’est pas crédible ».

La critique de Catherine et Raphaël Larrère dans son livre Le pire n’est pas certain repose sur le fait que l’effondrement ne serait pensé qu’à l’échelle globale en omettant de proposer des solutions locales. 

Discours sur la fin du monde : qu’en disent les scientifiques ? 

Quelles sont les probabilités scientifiques pour que notre civilisation s’effondre ? Avant de sombrer dans l’éco-anxiété et de laisser libre cours à notre imagination, écoutons ce qu’ont à dire les scientifiques sur le sujet. 

Le dernier rapport du GIEC, un cri d’alarme ?

Le tout dernier rapport du GIEC alerte sur nos modes de vie à travers plusieurs scénarios alarmistes. Et dans tous les scénarios, nous pourrions atteindre les + 1,5 degrés d’ici vingt ans. En résumé, ce n’est pas une bonne nouvelle : le climat change plus vite et plus fort que nous le pensions auparavant. 

Si le GIEC ne verse pas dans les thèses d’effondrement de nos civilisations, le tout dernier rapport évoque les risques que nos sociétés encourent si nous n’agissons pas maintenant :  sécheresses, élévation du niveau de la mer, augmentation des tempêtes, cyclones, maladies nouvelles, migrations climatiques… 

La sixième extinction de masse : un signe d’effondrement ? 

Le tout dernier rapport de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) a estimé que 28 % des espèces étaient menacées soient 38 54 sur 138 374 espèces au total. Les spécialistes estiment que nous assistons dores et déjà à un effondrement de notre biodiversité. 

Jusqu’ici, nous estimons à 5 le nombre d’extinctions depuis 500 millions d’années liées à la période glaciaire, aux volcans et à la météorite écrasée dans le Golfe du Mexique. Et la sixième serait en cours. Selon une étude publiée dans Science Advances datant de juin 2013, le taux d’extinction des espaces atteindrait un taux 100 fois plus élevé que pour les précédentes extinctions. 

Le terme de sixième extinction reste en débat ; en effet, si les taux d’extinction restent élevés, la sixième extinction pourrait ne pas se produire tout de suite.


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🚀 Pour aller plus loin : 

  • la série de podcast « L’effondrement et moi » par Karine Le Loët sur France Culture.
  • le livre de Pablo Servigne, Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes
  • Jared Diamond, Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie 
  • le livre de Pablo Servigne, Une autre fin du monde est possible. Vivre l'effondrement (et pas seulement y survivre)
  • le livre de Elizabeth Kolbert, La Sixième Extinction
  • La conférence TED de Jared Diamond : Pourquoi les sociétés s'effondrent-elles?
Anaïs Fleury
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