"L’avion écologique" enfin à la rescousse des voyages d'affaires ?

Mathieu Brand

S’allier avec une compagnie aérienne pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre est, a priori, une stratégie contre-productive.

Alors, lorsque Microsoft annonce, le 22 octobre 2020 dernier, s’être alliée avec Alaska Airlines pour “réduire son empreinte carbone”, nous avons voulu connaître les rouages de ce partenariat.


Depuis la crise sanitaire, nous sommes nombreux.ses à avoir reconnu que bon nombre de déplacements ne sont, en réalité, pas indispensables. En annonçant vouloir réduire ses émissions de gaz à effets de serre liées aux déplacements professionnels, Microsoft entérinerait cette idée et s’apprêterait donc à réduire les voyages d’affaires de ses employés ? Chez Carbo, nous ne pourrions que saluer cette initiative ! Mais alors, que viendrait faire Alaska Airlines dans l’histoire ? Aurait-on enfin trouvé un moyen de concevoir un avion écologique ? Il nous faut continuer la lecture de l’annonce.

Grosses annonces (petits résultats)

Selon l’AFP, le créateur de l’application de visioconférence Teams laisse entendre que "les voyages vont finir par reprendre." Et il s’y prépare. Nous sommes alors tentés de nous arrêter là. D’une part, parce que nous étions à côté de la plaque avec notre histoire de compensation. Et de l’autre, parce qu’un leader de la visioconférence qui veut reprendre les voyages d’affaires tout en souhaitant devenir “carbone négatif”, cela a de quoi nous perdre.

Carbo Plane GIF

Continuons tout de même à parcourir la dépêche AFP. « Les avions (utilisés par les employés de Microsoft) seront alimentés par du kérosène durable. Plutôt que d’être raffiné à partir du pétrole, ce kérosène est généralement produit à partir de ressources durables, comme les huiles usagées et les résidus agricoles. » Revigorés par cette annonce, nous regardons l’efficacité de ce kérosène. Surprise ! Il est composé à 80% de fioul et à 20% de carburant issu d’huiles de cuisson. Le principal fournisseur d’Alaska Airlines n’est autre que McDonald's.

Un avion écologique, vraiment ?

Malheureusement, la confirmation que nous sommes davantage face à un effet d’annonce - voire du greenwashing - que face à la promesse d’un avion plus propre arrive au bout de quelques liens. 

En 2020, le constat n’a pas changé : ce kérosène ne représente que 1% du carburant utilisé par l’aviation

En 2011 déjà, un porte-parole d’Alaska Airlines reconnaissait auprès de 20 Minutes les limites de cette alternative. « On ne va pas fermer l’Arabie Saoudite. Nous n’avons pas aux États-Unis les capacités de produire suffisamment de kérosène durable, même si nous aimons nos fast-food. » Le constat n’a pas changé en 2020. Ce kérosène ne représente que 1% du carburant utilisé par l’aviation. Il pourrait fournir au maximum 20 % de la demande mondiale en 2040 selon l’Agence Internationale de l’Énergie.

Avion Ecologique Vue 2
Ceci n'est pas un avion écologique.

De son côté, le gouvernement français a annoncé en janvier 2020, dans sa stratégie nationale bas carbone, viser 2 % de biocarburants dans le kérosène en 2025 et 5 % en 2030. « Ça peut sembler peu mais il faut créer la dynamique » avait alors déclaré Elisabeth Borne. Air France avait, de 2014 à 2016, réalisé des vols entre Paris et Toulouse alimentés en Farnesane. Il s'agissait d'un bio-carburant produit à partir de canne à sucre. Résultat ? Seulement 6 % d'émissions de CO2 en moins. Et un arrêt prématuré des vols face au coût bien plus important de ce kérosène. 

À chacun son "kérosène durable"

Pourquoi porter notre intérêt sur ces actualités ? Parce qu’elles concentrent, pour nous, toutes les contradictions de notre époque. Plutôt que de réduire les déplacements - ce qui est, encore une fois, le meilleur moyen de respecter leurs engagements de réduction des émissions - ces acteurs préfèrent parier sur ce que nous pourrions appeler une “fausse promesse”. Une solution qui donne l’illusion que nos actions n’ont pas besoin d’être remises en cause.

Tous les secteurs industriels ont désormais leur « kérosène durable » : l’électrique pour l’automobile, les OGM pour l’agriculture, le coton bio pour l’industrie textile, le béton zéro carbone pour le BTP… Ces initiatives ne seront efficaces que si elles sont accompagnées d’une volonté de réduction globale.  

Faut-il pour autant interdire aux salariés d’entreprises et aux particuliers de prendre l’avion ?

Ce n’est pas certainement notre rôle chez Carbo 🙃 Et c'est encore moins notre vision de l’avenir.

En revanche, privilégier le télétravail (découvrez ici notre enquète passionnante sur le sujet) et les mobilités décarbonées en tant que salarié.e.s. Ou encore suivre les recommandations de l’Ademe pour les vols longs courriers (une fois tous les 4 ans, pour un séjour de 15 jours minimum…) nous semble être, a minima, une bonne manière de préparer un futur plus souhaitable.

Pas vous ?

Mathieu Brand
Journaliste indépendant spécialisé dans la transition écologique
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