Théodore Rousseau au Petit Palais : aux racines de la protection de la forêt

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màj en juin 2024

Au musée du Petit Palais jusqu'au 7 juillet, l’exposition La voix de la forêt consacrée au peintre français Théodore Rousseau (1812-1867), met en lumière la démarche artistique de ce peintre qui considérait le paysage comme un sujet à part entière. On y était, on vous raconte.

Se plonger dans l'œuvre romantique et réaliste de Théodore Rousseau, c'est changer de regard sur la nature. Chacune de ses peintures est une nouvelle invitation à entrer dans la forêt, à prendre le temps d’observer les variations d’intensité lumineuse, et la densité du couvert végétal. Son œuvre résonne aujourd’hui avec des pratiques d’artistes contemporains. L'exposition La voix de la forêt retrace le cheminement de son attention portée aux paysages, puis aux arbres, jusqu’à la protection de la forêt.

Exposition La voix de la forêt © Gautier Deblonde

La forêt, l'air et la lumière

L’exposition s’ouvre avec deux études de troncs d’arbres et de branches, qui introduisent d’emblée l'observation attentive du monde vivant par le peintre. « Rousseau est sensible à l’infiniment petit, confie Servane Dargnies de Vitry, une des commissaires de cette exposition. Pour lui, tout est intéressant dans la nature. Il défait les hiérarchies dans le paysage et pense le vivant de la même manière ». Dans ses peintures de paysage, le peintre s’attache à restituer des atmosphères, à saisir les variations d’intensité de luminosité et à restituer les changements météorologiques et le passage du temps au fil de la journée. L'air et la lumière circulent dans ses tableaux.

Exposition La voix de la forêt © Gautier Deblonde

Le choix des couleurs crée notamment une impression d’étrangeté, l’expression du passage du temps. Ses œuvres, réalisées lors de voyages, témoignent de son désir d’être au plus près du réel. Réalisées in situ et retravaillées à l’atelier, elles incarnent à la fois l’expression de sa sensibilité et sa volonté de rendre avec justesse son motif. Ses compositions englobent le spectateur et nous incitent à entrer dans les profondeurs des paysages. 

L'arbre, un individu comme un autre ?

Rousseau se place au cœur de l’écosystème et peint les interactions harmonieuses au sein de la nature. Sa peinture Le chêne de roche en est un exemple. Au fil de l’exposition, nous entrons progressivement en forêt de Fontainebleau, que l’artiste a longtemps arpenté à toute heure de la journée, avant de s’y installer en 1847. Une section est consacrée à l’école de Barbizon, où sont exposés une carte de la forêt de Fontainebleau et des documents d’archives témoignant de l’histoire d’une communauté d’artistes qui s’est formée autour du peintre. 

Exposition La voix de la forêt © Gautier Deblonde

Les titres des œuvres de Rousseau renvoient aux lieux où il s’installait pour peindre ou dessiner. Il étudiait les arbres et les forêts, peignait des portraits d’arbres, considérés comme des individus. En écho à ses peintures, des photographies témoignent de l’attrait de cette forêt, qui a aussi vu passer les artistes Gustave Le Gray, Eugène Cuvelier et Charles Bodmer.

Vers des premières expériences de protection de la forêt de Fontainebleau

« Au XIXe siècle, la question du patrimoine naturel apparaît au travers d’une réflexion qui émane d’écrivains et d’artistes, rappelle Servane Dargnies de Vitry. La forêt de Fontainebleau est d’abord considérée comme le lieu d’une densité historique. Puis elle devient un lieu mythique à protéger », Rousseau est perçu comme l’un des chefs de file de cette nouvelle attention portée à la fragilité des forêts. Il constate les dommages causés par les coupes rases ainsi que leur aménagement en vue d’accueillir des touristes.

Le massacre des innocents, Théodore Rousseau, huile sur toile, 1847

En peignant Le massacre des innocents, Théodore Rousseau cherche à éveiller les consciences sur la destruction des milieux forestiers dans un contexte d’industrialisation. Le pastel de Millet intitulé Bouleau mort, carrefour de l’épine, présenté à proximité, ajoute une voix supplémentaire en faveur de la défense des forêts. « En Fontainebleau, il voit une sorte de forêt primaire, mi-nature intacte, mi-histoire présente sous l’allure de traces, dont il faut préserver la forme c’est-à-dire la mémoire », écrit l'historien de l'art Pierre Watt dans le catalogue de l’exposition. La lettre que Rousseau adressa au conte de Morry, ministre de l’intérieur de l’époque, a ainsi influencé la création en 1853 de la première réserve naturelle au monde, considérée comme une « réserve artistique ». Depuis, la forêt de Fontainebleau continue de susciter l’intérêt d’artistes, de scientifiques et de militants. En 2002, le décret du 19 avril la classe dans la catégorie des « forêts de protection ». En 2013, elle fut labellisée « Forêt d’Exception ».

Exposition La voix de la forêt © Gautier Deblonde

La voix des forêts chante toujours

Si Rousseau est reconnu comme l’un des premiers artistes défendant une proto-écologie, rappelons qu’il peignait dans le contexte de problèmes grandissants liées à l’industrie, au tourisme, à la plantation de pins sylvestres. Le regard esthétique de l’artiste est concomitant à la naissance d'une éthique de relation à la nature. En parallèle, de nombreuses associations furent créées pour défendre les forêts, notamment celle de Fontainebleau (Association des Amis de la Forêt de Fontainebleau, fondée en 1907, plus récemment Association Sauvez la forêt de Fontainebleau).

Exposition La voix de la forêt © Gautier Deblonde

Poursuivant le combat de Théodore Rousseau, l'écrivaine George Sand, tombée elle aussi sous les charme de Fontainebleau, écrira en 1872 une tribune visionnaire et décisive pour l'avenir de la forêt. Elle y écrit, entre autres, cette phrase déjà très écolo-consciente : « Les grands végétaux sont donc des foyers de vie qui répandent au loin leurs bienfaits (…) supprimer leurs émanations, c’est changer d’une manière funeste les conditions atmosphériques de la vie humaine. » Aujourd'hui, le pianiste et artiste Patrick Scheyder et son mouvement de l'écologie culturelle, font résonner régulièrement les mots de l'autrice lors d'événements culturels comme La Magma ou la soirée Gen'Z Art au Musée d'Orsay, où l'école de Barbizon est d'ailleurs largement représentée. Les projets unissant l’art et la forêt continuent de germer et de semer des graines.

Pauline Lisowski
Pauline Lisowski est critique d'art et commissaire d'exposition, intéréssée par les relations entre art, nature, paysage et écologie.
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