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màj novembre 2021

Déforestation : de l’Amazonie à la France, quelles sont ses conséquences ?

Mathieu Brand
Sommaire

La déforestation fait la Une chaque été avec les feux volontaires en Amazonie. Les images nous émeuvent mais c’est l’impuissance qui règne tant ce phénomène nous paraît lointain et notre capacité à agir nul. Pourtant, la déforestation est une des conséquences de notre développement permanent. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la peine d’aller jusqu’au Brésil et la forêt d’Amazonie pour constater que des hectares de bois sont détruits. La définition de la déforestation a besoin d’être clarifiée. Ses conséquences sur le cycle du carbone, la biodiversité, le réchauffement climatique, l’eau et l’environnement des populations sont vertigineuses. Chaussures de marches, bâtons et bouteilles d’eau, c’est parti ! 

Saisir les enjeux de la déforestation en moins d'une minute.

Quelle définition pour la déforestation ?

La déforestation correspond évidemment au processus de réduction, voire d’anéantissement de la surface d’une forêt. Le terme déforestation ne s’emploie pour autant pas dans chaque situation où des hectares d’arbres sont coupés, mais uniquement lorsque la forêt ou une partie de la forêt est définitivement remplacée par d’autres usages : l’agriculture (huile de palme, élevage…) l’urbanisation ou les activités minières. 

Quelles sont les technique de déforestation ? 

Les deux principaux moyens pour changer radicalement l’environnement d’une forêt sont les coupes de bois rases et les incendies.

Les incendies ravagent les forêts

Nous connaissons malheureusement très bien, grâce aux millions d’images qui nous viennent du Brésil ou d’Indonésie, le système qui consiste à incendier des hectares de forêts pour les remplacer par des plantations d’huile de palme ou de l’élevage intensif. Nous sommes également, chaque été, meutri.e.s par les méga feux de forêt qui touchent la Sibérie, l’Australie ou encore l’Afrique centrale et leurs bois. Mais nous sommes moins familier des coupes rases qui se déroulent dans les bois et forêts de France.

La coupe rase des bois

D’après l’Inventaire forestier national (IFN), une coupe rase « désigne en gestion forestière l’abattage de l’ensemble des arbres d’une parcelle ». Assez simple donc. Et vieux comme le monde ? Pas du tout. Les coupes rases sont assez récentes dans l’histoire, car dépendantes de machines très impressionnantes, au doux nom d’abatteuses. Elles remplacent entre huit et dix bûcherons et pèsent au moins vingt tonnes. Vous ne devez pas aller au Brésil, en Amazonie pour trouver cette technique. En France, et plus précisément dans le Morvan, dans le Limousin ou encore dans les Landes, des abatteuses sévissent chaque jour pour détruire des centaines d’hectares de forêts et avec tout l'environnement et la biodiversité qui la structure. Le but : remplacer une essence d’arbre par une autre et ainsi créer une véritable culture d’arbres. Peu de données existent sur les coupes rases. 

🖐 La monoculture d'arbres représente, en France, 16% de la surface des forêts selon une étude qui date de l’année… 1999.

L’état de la forêt dans le monde

Les forêts occupent encore 31% des terres dites émergées et plus d’un tiers sont composés de forêts « primaires ». La FAO définit comme « des forêts naturellement régénérées d’essences indigènes où aucune trace d’activité humaine n’est clairement visible et où les processus écologiques ne sont pas sensiblement perturbés ».

Près de la moitié de la superficie forestière mondiale est relativement intacte, tandis que 9 pour cent se présentent sous forme de zones forestières isolées ou très faiblement reliées entre elles, estime la FAO dans son rapport sur la Situation des forêts du monde en 2020. Enfin, les massifs de plus de 1 million d’hectares (pour la comparaison, la forêt de Fontainebleau couvre une superficie de 25 000 hectares) constituent environ 80 pour cent de la superficie forestière mondiale. Les 20 pour cent restants se répartissent dans plus de 34 millions de massifs dans le monde, dont la grande majorité sont de taille inférieure ou égale à 1 000 hectares. 

Le développement récent de la déforestation de part le monde

Le phénomène de déforestation n’est pas récent. Ce qui a changé, c’est l’intensité de cette déforestation. Le rapport du World Ressources Institute estime que 80 % de la couverture forestière mondiale originelle a été dégradée ou détruite en seulement 3 décennies. Depuis les années 1990, toujours selon ce même rapport de la FAO, quelque 420 millions d’hectares de forêts ont tout simplement disparu. Et cette accélération du changement drastique de l’environnement concerne particulièrement les zones tropicales : le Brésil avec l’Amazonie, l’Indonésie et l’Afrique équatoriale.

🖐 La bonne nouvelle (on prend, il y en a si peu) est que le rythme de développement de la déforestation baisse : 10 millions d’hectares par an sur la période 2015-2020, contre 16 millions d’hectares par an dans les années 1990. 

Une carte de la déforestation contrastée

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© Philip G. Curtis et al.Science, Sep 2018. 

Regardons tout de même plus en détail cette évolution, tant on constate des disparités dans le monde. L’année 2018 marque un tournant sur le traitement des forêts. Nous pouvons depuis cette date et grâce à une équipe de chercheurs américains qui a créé la première carte mondiale des causes de la déforestation, déterminer très précisément les causes de la déforestation pays par pays. L'algorithme utilisé compare en effet l’ensemble des pertes avec les statistiques gouvernementales de chaque pays sur l'utilisation des forêts. Chaque perte a ainsi été classée en cinq catégories :

  • conversion définitive de la forêt pour un autre usage (agriculture, plantation de palmiers à huile de palme, activité minière...)
  • conversion agricole temporaire dans le cadre de rotation des sols 
  • exploitation forestière normale et légale, où les arbres coupés sont destinés à être replantés 
  • incendies d'origine naturelle où la forêt brûlée a vocation à repousser ;
  • urbanisation (déforestation pouvant être considérée comme définitive mais classée à part).

Résultat, toujours selon Futura Sciences : 27 % de la déforestation constatée sur cette période peut être considérée comme définitive ; les 73 % restants ayant vocation à repousser. Dans ces 73 %, 24 % sont attribuables à la rotation de cultures, 26 % à l'exploitation forestière, 23 % aux feux de forêt et 1 % à l'urbanisation.

Le plus gros de la déforestation se trouve...

La carte des chercheurs montre clairement que l'essentiel de la déforestation définitive se trouve au Brésil. En Amazonie, pour la transformation en champs de soja ou pâturages, et en Indonésie où les hectares de forêts sont convertis en palmiers à huile. En Europe et en Amérique du Nord, l’industrie forestière (papier, bois pour se chauffer) est la première cause de déforestation, tandis qu'en Afrique subsaharienne, les changements sont dus à des transformations fréquentes des formes d'agriculture.

Quelles sont les causes de la déforestation ?

On vient de le voir, la déforestation est causée en majorité par des activités humaines bien précises et identifiées. Intéressons nous désormais à la déforestation définitive, la vraie définition si vous avez suivi.

🖐 En 2020, selon la FAO, l'augmentation des espaces d’agriculture reste le facteur principal de la déforestation à travers le monde.

L’agriculture commerciale à grande échelle (élevage de bétail, culture du soja, palmier à huile) représente 40% de la déforestation dans le monde tropical entre 2000 et 2010, tandis que 33 % sont imputables à l’agriculture vivrière locale (cultures destinées à l’autoconsommation). La construction d’infrastructures suit avec 8% tandis que les activités minières et l’urbanisation terminent ce triste classement avec respectivement 6% et 5% de la perte des forêts.

N’allons pas croire que cela se passe loin de chez nous

Mais toute la difficulté de ce sujet réside dans la diversité des causes de la déforestation par pays et régions du monde. S’arrêter au chiffre ci-dessus n’a pas grand intérêt. Il est nécessaire d’analyser pays par pays les causes afin de mieux lutter contre la déforestation massive. 

L’élevage est, par exemple, responsable de 65% de la déforestation en Amazonie. Mais cet élevage est en grande partie destiné à l’export. Les auteurs d’une étude parue dans Science et reprise par Reporterre estiment que jusqu’à 22 % du soja et plus de 60 % de la viande bovine exportée annuellement vers l’Union Européenne peuvent être liés à la déforestation illégale. Notre consommation a donc son importance. 

Toujours pour apporter de la complexité au sujet, en Europe, et en France particulièrement, le terme de déforestation paraît bien exagéré pour qualifier les coupes d’arbres. Or, comment qualifier les pratiques des industries forestières et leurs coupes rases pour récupérer le bois d’arbres parfois pluri-centenaires ? Et toute tentative d’euphémiser en employant le terme de « déforestation ayant vocation à repousser » ne tient pas devant les conséquences désastreuses pour la biodiversité et le climat qui suivent le passage d’une abatteuse. 

Définition de l'engagement collaborateur

Et les conséquences de la déforestation sur la biodiversité et le climat ? 

La biodiversité, première victime de la réduction des forêts

En rasant du jour au lendemain ou en brûlant des hectares de forêt et de bois, l’espèce humaine détruit un habitat très dense en biodiversité. Mammifères, oiseaux, insectes, amphibiens ou champignons sont très rapidement menacés. 80% de la biodiversité terrestre y résident et 27 000 espèces animales et végétales soit des millions d’individus disparaissent du fait de cette déforestation. 

Au-delà de l'orang outan, l’exemple le plus emblématique de la dégradation de la biodiversité par la déforestation, en France, ce sont des centaines d’espèces d’oiseaux et d’insectes qui sont menacés par la disparition de leur environnement et plus particulièrement du bois : les pics, les sittelles, les xylophages, les chiroptères, pique prune ou le grand capricorne. 30 % des insectes forestiers dépendent des arbres et du bois morts, 40 % des oiseaux des bois ont besoin d’arbres sénescents, des écosystèmes qui n’existent pas dans des forêts cultivées ou gérées en coupes rases.

Réduction des puits de carbone et conséquences sur le climat

On connaît désormais l’importance d’une forêt et de son environnement en tant que puits de carbone, c’est-à-dire sa capacité à stocker les gaz à effet de serre que nous émettons pour éviter qu’ils ne s’échappent dans l’atmosphère. Ce sont ainsi plus de mille milliards de tonnes de carbone qui seraient contenues dans les forêts.

Mais face à l’augmentation de nos émissions, la forêt sature 17 % de nos émissions de CO2 étaient ainsi captées par la forêt au début des années 1990, contre seulement 6 % désormais selon Nature. Pire, elles pourraient commencer à émettre plus de CO2 qu'elle n'en capte. C’est notamment le cas du Brésil et de l’Amazonie. Des forêts qui s'essoufflent et des forêts qui émettent également du CO2 en grande quantité lorsqu'elles sont brûlées : la déforestation serait responsable d’environ 20 % de l’effet de serre dû aux activités humaines. L’espèce humaine aura donc réussi à transformer certains puits de carbone en émetteur de carbone. Triste exploit.

Mathieu Brand
Journaliste indépendant spécialisé dans la transition écologique
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