L’écologie punitive, une réalité ?

Mathieu Brand
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Augustine Dabout Agreenculture carbo
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Même si les climatosceptiques n’ont (quasiment) plus leur place dans les médias en France. Des ministres, des politiques de tous bords, des chefs d’entreprises et des éditorialistes continuent de s’alarmer, non pas de la situation du climat, de la pollution de l’air, de l’environnement ou de la biodiversité, mais des privations de libertés qu’une politique avec des mesures vraiment écologiques entraînerait. L’expression qu’ils utilisent, vous l’avez sûrement entendu : l’écologie punitive. 

Expression « écologie punitive » : de quoi parle-t-on ?

L'émergence de cette expression est comme un rétropédalage, remettant en cause l’Accord de Paris signé par 197 pays. Une tentative de statu quo qui interroge tant elle paraît incohérente avec l’enjeu climatique. Et pourtant, elle est bien présente dans les médias - alors que l’écologie y est déjà si peu débattue. Petite plongée dans un monde très influent, qui refuse la transition climatique et toute politique écologique d’envergure (remettre en cause la croissance ? Vous n’y pensez pas !). Un monde qui vise à réduire certains comportements et où les intérêts particuliers priment sur tout le reste.

L'écologie positive pour la conservation du système actuel

Le concept

En France, il n’est plus de bon ton de critiquer l'origine anthropique du réchauffement climatique. Se revendiquer climatosceptique, vous ouvrira quelques portes, mais une audience assez limitée. Il fallait donc autre chose. Une parade sémantique pour prouver que toutes mesures de transition écologique est tout simplement inconcevable. En effet, elles risquent de bouleverser notre mode de vie. Cette parade semble assez simpliste, voire enfantine. Dire que chaque mesure qui permettrait de réduire nos émissions s’apparente à une punition pour la population.

Qui emploie l’expression d’écologie punitive ? 

Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, Luc Ferry, auteur, philosophe et éditorialiste, Yves Foulon, le maire d’Arcachon, Christian Estrosi, maire de Nice, des associations de chasseurs, Marine Le Pen, candidate RN pour la présidentielle de 2022… Toutes ces personnalités politiques et associatives françaises ont utilisé cette expression seulement depuis la rentrée de septembre 2021. Ils décrient, en gros, toutes mesures proposées par des politiques écologistes et des prises de position de militant.e.s. L’an dernier, le Premier ministre, Jean Castex, s’était dressé contre « les tenants d’une écologie punitive et décroissante, d’une écologie moralisatrice voire sectaire ». Le pic de l’utilisation de cette expression a été atteint lors de la publication des travaux de la Convention citoyenne pour le climat (CCC). Mais, campagne présidentielle oblige, fort est à parier que le plus gros est devant nous. 

Contestations contre une écologie dite punitive

Leur point commun : la défense des libertés individuelles. Toute politique de transition écologique ne pourra se faire, selon eux, avec des mesures de privation de libertés. Remise en cause de la croissance, autoroute à 110km/h, limitation de l’avion et de la viande, restriction sur la chasse, interdiction des voitures SUV… Toutes ces ambitions (à l'état de projet pour le moment) visent à limiter notre empreinte carbone. Elles sont cependant, considérées comme une atteinte à un certain mode de vie occidental qui ne saurait être modifié. La notion de liberté mais aussi l’économie sont étroitement liées à ce concept d’écologie punitive.

Rappel des enjeux

Quelle politique est punitive et injuste ? L'écologie punitive existe-elle vraiment ? Préserver un niveau de vie devenu insoutenable ou agir pour respecter l’Accord de Paris ? Rappelons quelques faits et enjeux climatiques pour les prochaines décennies. Premièrement la loi, où il y est inscrit, via la Stratégie Nationale Bas Carbone, que la France doit atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Pour se faire, nous devons baisser nos émissions de 7,6% chaque année sur la décennie à venir. L'Union européenne, donc la France, souhaite, quant à elle, réduire l’ensemble de ses émissions de 55% d’ici à 2030. Et dans le monde, l’ONU (pour le moment bien impuissante) enchaîne les rapports. Elle somme les États du G20 (responsables de 80% des émissions) à plus d’ambition écologique et environnementale. Nous vous la faisons courte. Il est évident que la liste des enjeux pour notre société est bien plus conséquente.

Listes des actions pour agir pour l'écologie

Nous pouvons avoir un débat de la manière pour y parvenir (décroissance ou croissance verte). Mais une chose est certaine : sans changement des règles et de nos comportements, nous n’y arriverons pas. Il faut désormais compter avec les limites physiques de la planète. Et elles se matérialisent notamment, par le Jour du Dépassement, pour éviter que les catastrophes écologiques se multiplient. Imposer des limites par la loi et des politiques associées apparaît donc comme une nécessité pour le climat, l’environnement et la biodiversité. Ce qui, finalement, risque d’être punitif, c’est l’inaction.

Quelques exemples concrets d’écologie dite punitive

Autoroute à 110km/h

Cela a été la proposition la plus commentée de la CCC. Et bien sûr, elle concerne la voiture. Un article de La Dépêche titrait même : « Les défenseurs du 110 km/h sur l’autoroute reçus à l’Elysée », plutôt que de parler des membres de la CCC.  Pour le patron des députés Les Républicains, Damien Abad, ça ne fait aucun doute : « on va regarder ces propositions [de la CCC] une à une. Ce qui est sûr, c'est qu'on est défavorables à la question de la limitation à 110 km/h sur l'autoroute parce que pour nous, ce n'est pas en ayant une écologie punitive qu'on réconciliera les Français avec l'environnement ». Il faut dire qu’elle a de quoi agacer les automobilistes. Ceux qui, tous les jours, prennent leur voiture et empruntent une autoroute pour aller travailler. Le temps perdu aurait été colossal et quel impact sur la pollution de l’air et les émissions de gaz à effets de serre pour la France ? Sûrement ridicule ! On plaisante.

Limitation des autoroutes pour une écologie dite punitive

Regardons dans le détail. D’abord, qui prend l’autoroute ? Seuls 10% des Français.e.s y passent chaque jour, 34% moins d’une fois par mois. Aussi, les plus précaires sont certainement peu concernés par cette proposition, car préférant éviter les autoroutes - moins de voyages longue distance et les péages. Ensuite son impact sur les émissions de CO2. Selon Carbone 4, les réductions d’émissions de GES permises par ce type de mesure serait d’environ 1,5 à 2 MtCO2 par an, l’équivalent des émissions d’environ 200 000 Français.e.s. Loin d’être anecdotique donc. Sans compter la réduction de la pollution de l’air. 

Limiter l’avion

Celles et ceux qui ne voient pas le problème de l’aviation ne parlent jamais de l’empreinte carbone des voyageurs. Une ou un français émet en moyenne 11 tCO2e par an. Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, selon le GIEC, nous devrions émettre maximum 1,6 tCO2e par personne en un an (soit environ 7 fois moins !). Un aller-retour Paris-New-York, c’est 2,5 tCO2e. Donc, à moins de ne plus vivre durant le reste de l'année, traverser l’Atlantique n’est plus soutenable. Moins loin, Paris-Rome, c’est 530 kCO2e, soit un tiers de votre budget carbone annuel cramé juste pour un week-end… En clair : il faut diminuer le nombre de trajets en avion et fortement. 

Mais qui prend l’avion ? En 2019, 20% des Français – parmi les plus modestes – n'ont jamais pris l’avion de leur vie. Seuls 4% – parmi les plus aisés – le prennent régulièrement. Au niveau mondial, plus de 80 % n’ont jamais pris l’avion et seuls 11% l’ont pris en 2018. Difficile de défendre un moyen de transport qui ne concerne qu’une minorité et qui a des conséquences désastreuses sur la majorité.

Écologie punitive...oui mais pour qui ? 

Ces exemples démontrent une chose : les personnes qui peuvent se sentir agressées par des mesures de restrictions ou d’interdictions en lien avec le climat et l’environnement, sont les catégories les plus aisées de la population, celles qui sont également le plus représentées dans les médias. Au niveau européen, par exemple, les 10% les plus riches émettent autant que le reste de la population, l’avion étant leur principal poste émetteur. Sauf que ce n'est pas la seule catégorie sociale à se sentir punie.

En France, la taxe carbone - à l’origine du mouvement des gilets jaunes - et l’instauration de la loi de limitation à 80km/h sur les routes nationales et départementales sont une traduction de l’injustice sociale. Cette taxe - dans la loi depuis 2007 et instaurée seulement en 2014 par l’impulsion du gouvernement du Premier ministre Ayrault - n’est pas progressive, ne concerne que les ménages et les petites entreprises et dont l’argent ne va qu’en partie à la transition. Elle ne peut être populaire et sera forcément considérée comme punitive par les plus démunis. Une politique écologique doit être accompagnée de compensations sociales, sinon elle ne sera jamais acceptée par une majorité de la société. Société, rappelons le encore très peu formée aux enjeux écologiques. 

Réfléchir aux solutions pour l'écologie

Amplifier la prise de conscience reste une nécessité 

Pour une écologie positive

L’écologie n’est pas et ne doit pas être une corvée. L'écologie punitive ne doit pas être une réalité. Sa protection ne peut être vécue comme une punition ou sinon, cela insinue que le travail de sensibilisation n’a pas été fait. Car si l’on connaît bien les enjeux liés au climat, soit la préservation de la biodiversité, de notre planète et donc des vies humaines, sa protection devient chose naturelle. C’est ainsi que Carbo conçoit l’écologie : un sujet qui nécessite une sensibilisation globale pour une implication générale. Carbo a donc développé son application citoyenne qui permet à quiconque souhaite s’engager, de maîtriser son empreinte carbone. Entreprises ou citoyens, avec l’outil 100% en ligne, intuitif et pédagogique, vous pouvez comprendre d’où viennent vos émissions et ainsi, réduire intelligemment votre empreinte carbone, sans pour autant ressentir de privation.

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Une prise de conscience individuelle pour une action globale

Revenons sur la Convention citoyenne pour le climat. Pensez-vous que les citoyennes et citoyens français qui y ont participé étaient a priori pour limiter le poids des voitures, le nombre de vols intérieurs, la quantité de viandes à la cantine… Certainement pas. Or, ils et elles ont été sensibilisés et ont pris la mesure de la situation du climat et de l’environnement. Que des ménages précaires refusent que la loi aille à l’encontre de leur quotidien, comment leur en vouloir ? Mais que des ministres (le Premier ministre en tête) et autres politiques jouent sur la notion équivoque d'écologie punitive pour empêcher toutes mesures de transition, c’est grave. À eux, nous pouvons leur rétorquer : qu’est-ce que perdre 5 minutes sur l’autoroute par rapport à la question du maintien de nos conditions de vie en France et dans le monde ?

Mathieu Brand
Journaliste indépendant spécialisé dans la transition écologique
Maîtriser son bilan carbone devient un jeu d'enfant avec Carbo.
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