Expos en plein air : édition réussie pour « Grandeur nature » à Fontainebleau

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màj en mars 2024

Photo à la Une : Dwarf ! Dwarf ! Présence Panchounette © Thibaut Chapotot

Un nain géant, de jolis montres et près de 62 000 visiteurs : avec « Grandeur nature », le Château de Fontainebleau réussit sa première exposition en plein air, aussi maligne qu’originale et un zeste engagée. Un événement symbole de l’air du temps ? 

C’était la première, et elle l’espère, pas la dernière. Cet été, la directrice du Musée de la chasse et de la nature à Paris, Christine Germain-Donnat, a été chargée d’imaginer avec le commissaire indépendant Jean-Marc Dimanche, non seulement la première exposition d’art contemporain à Fontainebleau, mais surtout en extérieur. Ensemble, ils ont disséminé 20 œuvres sur 12 hectares de parc. Depuis plusieurs années, les jardins dits patrimoniaux ou historiques tissent de plus en plus de liens avec le contemporain, et parfois même, avec la crise climatique. « Grandeur nature », l’a fait de façon très subtile. Entre déambulation champêtre et discussion avec Christine Germain-Donnat, habituée du télescopage de l’ancien avec l’art d’aujourd’hui, Carbo décortique l’opération.

Buisson Azur, Françoise Pétrovitch © Thibaut Chapotot

« Les jardiniers ont vraiment joué un rôle clef »

S’ils n’y prenaient garde, les visiteurs de « Grandeur nature » pouvaient facilement embarquer dans cette jolie balade sans trop penser au fond. En début de parcours, les œuvres du début de parcours sont plutôt malicieuses : une statue faussement ancienne d’oiseau se pose sur une vraie sculpture d’époque, d’étranges créatures surgissent des buissons, dans un imaginaire à mi-chemin entre Alice au pays des Merveilles et La Petite Sirène. La crise climatique arrive plus tard, au détour d’un chemin, comme ce perchoir de maître nageur à la hauteur démesurée, à cause de la montée des eaux. « Nous n’avons pas voulu faire un événement militant mais plutôt aborder l’écologie de façon ludique, à travers l’humour », explique la Commissaire, « les gens pouvaient ou non lire les encarts, tout en s’amusant ».

Cette approche assez classique est ici parfaitement maîtrisée, grâce au travail autour de l’emplacement des œuvres. Chacun a été pensé pour ouvrir un panorama sur le reste du jardin. « Les jardiniers nous ont montré les points de vue, ils ont vraiment joué un rôle clef. On leur demandait ce qui était faisable, la date des floraisons, si les visiteurs passaient dans les endroits que nous avions repérés ... ». Réussite totale. Pour ne citer qu’un exemple, le nain monumental du collectif d’artistes bordelais Présence Panchounette posté devant un immense séquoia semble dire aux spectateurs : « oui je suis grand, mais regarde ce géant derrière moi ! ».

Les hybrides, Jean-Francois Fourtou © Thibaut Chapotot

Prochaine étape : intégrer encore plus la nature

La commissaire générale de l’exposition avoue qu’elle aurait aimé pousser plus loin l'exploration du concept. Au départ, l’idée était de créer un double parcours fléché entre les œuvres contemporaines et celles « de la nature », autour des arbres remarquables – et ils sont nombreux. « Malheureusement, le jardinier en chef, Thierry Lerche, a eu un empêchement » . Sans lui, impossible de mener à terme ce projet, toutefois Christine n’exclut pas de le reprendre dans le futur. 

Autre petit regret, sur la sublime série des « Hybrides » du Français Jean-François Fourtou, une étrange famille, mi-homme, mi-végétale, donne de l’air aux peintures de Magritte version british, avec des têtes remplacées par un touffu feuillage… en plastique. Quand on fait la remarque à la Commissaire, elle acquiesce mais précise : « pour que l'œuvre dure, cela aurait nécessité une maintenance énorme, or chaque œuvre ici demande déjà des spécificités d’entretien. Pour une première édition nous ne pouvions malheureusement pas tout faire ». Et avec les nombreuses singularités du plein air, il y avait de quoi s’occuper. 

Dancing stones, Gérard Kuijpers © Thibaut Chapotot

« Un indélicat a sauté sur la baraque à frites »

En haut de la liste des priorités, la sécurité, différente de celle d’un musée fermé, a occupé une place à part. « Il aurait été insensé de mettre des barrières partout », détaille Christine. « On avait prévenu les artistes, il fallait qu’ils acceptent le risque de détérioration. De notre côté, nous devions anticiper au maximum le comportement du public »… et ses potentiels dommages collatéraux. « Nous avons eu une mauvaise surprise avec l'œuvre “La baraque à frites”. À l'origine, elle était sur l’étang des carpes. Un indélicat en barque lui a sauté dessus, nous avons dû la sortir de l’eau ». Sans parler des intempéries qui ont notamment frappé cette même cahute, autre type de menace à prévoir.

Reste qu’avec un seul problème en quatre mois d'ouverture, la Commissaire estime que « tout s’est formidablement déroulé ». Une seconde édition est d’ailleurs en discussion. Y voit-elle un mouvement de fond ? « Le château La Coste – vers Aix-en-Provence NDLR – invitait déjà des artistes contemporains il y a dix ans. Le domaine de Chaumont-sur-Loire est également très dynamique avec le festival international des jardins ». Christine s’en « réjouit » et trouve « merveilleux que l’art sorte des musées ». Elle insiste sur le « formidable travail auprès des jeunes et des écoles », parfois éloignés de l’art et de l’écologie, qui se sont « déplacés en nombre ». Carbo irait bien plus loin : à quand des expositions « Grandeur nature » dans toutes les cours scolaires ?

La baraque à frites, Philémon Vanorlé / La société Volatile © Thibaut Chapotot

Alexia Luquet
Journaliste indépendante et réalisatrice vidéo, le travail d’Alexia Luquet pose depuis huit ans son regard aux croisements de l’art, du social et de la planète, avec un œil - critique - sur l’innovation. Ses reportages l’ont emmenée vers des territoires peu couverts en Europe et d’autres plus lointains au Bangladesh et à Hong Kong. Elle consacre également du temps à enseigner l’éducation aux médias et à l’information.
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