Production alimentaire du futur : George Monbiot remet les pendules à l’heure 

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màj en mars 2024

Avec Nourrir le monde sans dévorer la planète, le journaliste star du Guardian, George Monbiot, publie un livre choc mêlant enquête, reportages et analyse philosophique et nous invite à repenser de fond en comble nos pratiques agricoles. 

Les écologistes sont des humains comme les autres : parfois, ils mettent des voiles pudiques sur des sujets trop douloureux. Pas George Monbiot. En refermant son dernier ouvrage, il devient rigoureusement impossible de fermer les yeux plus longtemps sur les ravages provoqués par nos régimes alimentaires, notamment carnés. Dix ans après avoir vanté les mérites d’un « réensauvagement » de la nature (Feral : Searching for Enchantment on the Frontiers of Rewilding, 2014, non traduit en français), le journaliste écolo star de la Grande-Bretagne poursuit sa réflexion sur l’usage des terres avec Nourrir le monde sans dévorer la planète. Avec une question phare, volontairement provocatrice : comment produire plus de nourriture avec moins d’agriculture ? 

Comme tout scientifique qui se respecte, le journaliste (qui fut dans une autre vie étudiant en zoologie) fait d’abord un état des lieux très documenté. Le constat est, sans surprise, accablant : les richesses produites par l’agriculture n’ont jamais été aussi concentrées et le système alimentaire mondialisé jamais aussi peu résilient. La preuve, la concentration de l’industrie agro-alimentaire est aujourd’hui supérieure à celle du secteur financier d’avant le krach de 2008. Quatre multinationales seulement – Cargill, Archer Daniel Midland, Bunge et Louis Dreyfus – contrôlent 90 % du négoce mondial des céréales. De quoi donner le tournis. Les procédés de livraison à flux tendus exacerbent encore la fragilité du système. À la moindre secousse (un événement climatique extrême par exemple), la famine guette. Il suffit pour s’en convaincre de se remémorer les rayons vides des supermarchés britanniques à l’époque du Covid.

© George Monbiot

Le mythe de l’exploitation extensive 

Mais le journaliste ne s’arrête pas là et insiste sur une donnée que peu de gens connaissent : le problème des années à venir n’est pas l’intensification de l’agriculture mais l’étalement agricole, soit le fait d’utiliser des terres autrefois sauvages pour produire de la nourriture, elle-même destinée pour moitié aux animaux d’élevage ou à la fabrication de bio-carburants. George Monbiot va ainsi à l’encontre d’un mythe féroce : non, le fait de consommer de la viande et du fromage, même lorsque ces derniers proviennent d’une exploitation extensive, ne vous absout pas de tous vos péchés. Au contraire. « Une grande majorité des espèces mondiales ne peut pas survivre dans des paysages agricoles, quels qu’ils soient. […] Les prévisions actuelles estiment que l’expansion continue des terres agricoles met en danger 30 % des espèces du monde d’ici 2050, l’intensification 7 % ». Pire, l’étalement agricole pousse à détruire des forêts, des zones humides et des tourbières arctiques, soit des puits de carbone vitaux pour endiguer le dérèglement climatique. La seule solution d’après George Monbiot est donc de passer, comme lui, à un régime vegan.

© Ricardo Gomez Angel

Mais cela ne va pas suffire. Pour limiter les dégâts environnementaux, le monde doit passer à une agriculture respectueuse du vivant. Le journaliste nous emmène ainsi dans deux fermes britanniques où les paysans tentent de faire pousser des aliments sans pesticides pour l’un, et sans labour pour l’autre. À ce niveau de l’ouvrage, accrochez-vous : carbone, azote, systèmes racinaires, adventices, nitrate, mycètes, rhizosphère, culture de couverture… Il faut s’y connaître un peu en horticulture pour suivre George Monbiot. Mais cela ne freine pas la lecture. Ce qu’il faut retenir est finalement simple : il est possible de faire pousser légumes et légumineuses sans passer par les méthodes agricoles conventionnelles. Problème, les rendements ne sont pas au rendez-vous et George Monbiot a l’honnêteté intellectuelle de l’écrire noir sur blanc. Alors que faire ? 

Cultiver des bactéries pour sauver l’humanité

Libre penseur, le journaliste a, par le passé, divisé le camp des écologistes en défendant l’énergie nucléaire. Dans Nourrir la terre sans dévorer la planète, il récidive en proposant « d’en finir avec l’agriculture » grâce à la technologie. Et pas des moindres : celle qui permettrait de produire des aliments riches en protéines grâce à des bactéries se nourrissant d'hydrogène et brassées en laboratoire. En pratique, cela aurait pour avantage de limiter drastiquement la déforestation et l’usage de l’eau, explique-t-il. Très lucide jusqu’ici, George Monbiot semble, sur ce point en particulier, se départir quelque peu de son esprit critique. Cultiver ces bactéries nécessite une technologie de pointe que seuls les pays riches pourront détenir ? Pas de problème, il suffit de mettre en place « un transfert de technologie équitable » entre le Nord et le Sud. La production d’hydrogène implique d’accaparer un grand nombre de terres ? Oui mais beaucoup moins si ledit hydrogène est produit grâce à l’atome. Manger de la nourriture produite par des bactéries vous dégoûte ? Songez que le miel est « une vomissure d’insectes » et le fromage, le résultat de « sécrétions mammaires », tranche Monbiot. Pas sûr que cela plaise à tout le monde. 

Qu’importe, l’auteur du Guardian poursuit sur sa lancée et offre une piste de réflexion intéressante : non, les agriculteurs ne sont pas tous de sages pâtres amoureux de la nature, comme veut nous le faire croire la poésie depuis des millénaires. Méfions-nous de ces récits qui nous empêchent de voir l’agriculture pour ce qu’elle est réellement : une industrie qui détruit le vivant à coups d’importantes subventions étatiques. « La nostalgie bucolique étouffe notre imaginaire moral, désoriente notre esprit critique et nous bâillonne : impossible de poser les questions qui fâchent, pourtant fort urgentes », estime ainsi le journaliste. Il appelle alors à rêver à une autre agriculture, et surtout à faire émerger une véritable écologie des sols. « Il nous faut comparer les rendements, les différents usages des terres, la diversité et l’abondance de la faune et de la flore, les émissions, l’érosion, la pollution, les coûts, les intrants, les valeurs nutritionnelles […] Aussi viscérales que soient ces questions, nous ne pouvons résoudre les problèmes qu’elles soulèvent avec notre seul instinct. Nous avons besoin pour les solutionner de toujours plus de recherches, qualitatives et quantitatives, dont une grande partie reste encore à mener ». Au travail ! 

Nourrir le monde sans dévorer la planète, George Monbiot, Les Liens qui Libèrent, 368 pages, 24€

Lou-Eve Popper
Journaliste depuis 7 ans, Lou-Eve travaille principalement sur l’énergie et l’environnement, avec toujours un pied en économie. Elle collabore également avec Le Monde diplomatique, Reporterre ou encore Alternatives Economiques.
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