La Reco (mitigée) du mois : No Carbon, Fanny Parise

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màj en avril 2024

Dans son deuxième livre, No Carbon, l’anthropologue Fanny Parise tente de montrer que face au changement climatique né du capitalisme, un changement de société est possible en adoptant de nouvelles contraintes. Mais la démonstration souffre d’un manque de clarté et peine à convaincre.

Ça démarrait pourtant sur les chapeaux de roues. Fanny Parise, spécialiste de l’évolution des modes de vie et autrice d’un premier ouvrage remarqué par la critique, (Les Enfants gâtés. Anthropologie du mythe du capitalisme responsable, Payot), annonce d’emblée dans son introduction qu’elle ne croit pas à la croissance verte. D’ailleurs dans son esprit, les grandes entreprises ne devraient pas être, comme le veut cette formulation creuse, des « acteurs majeurs de la transition ». « Je n’ai pas envie d’être « sauvée » par Bouygues, par Ikea ou consœurs […] Si l’on ne peut pas remettre en cause la pertinence de leur existence et de leur rôle, cela pose un problème » tranche-t-elle. Et la chercheuse d’en profiter pour rappeler qu’elle n’est pas à vendre, alors qu’elle reçoit de nombreuses propositions de grands groupes cherchant à verdir leur image.

Son livre offre un programme plus qu’alléchant : analyser les contraintes qui vont devoir s’imposer à nous si nous voulons limiter la casse environnementale, comme diminuer drastiquement notre consommation de viande, arrêter de prendre l’avion ou cesser d’acheter des vêtements produits en Chine. Mieux, l’anthropologue nous promet de nous montrer comment ces futures limites, à priori pas très sexy à première vue, pourraient représenter un horizon souhaitable.

On attaque donc le premier chapitre l’eau à la bouche et puis… rien. Page après page, l’autrice se contente d’enfoncer des portes ouvertes sur l’écologie : pourquoi une révolution culturelle est nécessaire aujourd’hui, pourquoi notre rapport à une énergie abondante doit changer, pourquoi les entreprises doivent aller au-delà d’une politique de RSE superficielle et adopter « une approche plus profonde et systémique qui remet en cause les structures et les pratiques économiques actuelles », les limites du techno-solutionnisme, etc. Des constats pertinents mais déjà lus mille fois ailleurs et souvent mieux traités. Le principal écueil de l’ouvrage est en effet qu’il cherche à aborder une foultitude de thématiques mais sans jamais les analyser en profondeur. Certes, l’autrice veut nous montrer « plusieurs instantanés de la société » afin « d’enrichir notre compréhension des dynamiques en jeu » mais le résultat est une suite de réflexions non abouties. Fanny Parise aborde ainsi pêle-mêle le rapport au travail, les loisirs carbonés des plus riches, les minerais rares, la philosophie sous-jacente de la permaculture ou encore les GAFAM, devenus les seigneurs du monde moderne. Que faire de tout cela ? La réponse n’est pas très claire.

gafam fanny no carbon
Polytechnique Insights - Peut on vraiment réguler les GAFAM ? - 2021

La thèse du livre, pourtant, est limpide : à l’avenir, les émissions carbone pourrait être élevées au rang de tabou universel, comme l’ont été avant elles l’inceste, le meurtre ou l’anthropophagie. Problème, on peine à voir se dessiner la démonstration afférente. Les éléments censés l’illustrer sont séparés les uns des autres, l’autrice donne l’impression de ne jamais vraiment vouloir se jeter à l’eau. Même la parenthèse sur le séjour de Fanny Parise dans un tiers-lieu drômois n’emporte pas la mise, tout au plus trouve-t-on cela incongru.

L’ouvrage représente pourtant un bon résumé de la situation actuelle sur l’écologie : le fait notamment que la thématique environnementale soit devenue tendance et qu’elle représente même une façon pour les classes aisées de se distinguer (comme, par exemple, en devenant membre d’un club de partage de voitures électriques haut de gamme). Le fait aussi que la transition écologique reste inaccessible pour les classes populaires, condamnées à une logique de survie. L’ouvrage offre aussi des définitions salutaires sur des concepts dont on entend parler tous les jours sans jamais savoir réellement de quoi il s’agit, comme la décroissance ou encore l’économie stationnaire. Pour ceux qui voudraient aller plus loin, l’autrice n’hésite pas à renvoyer vers des ouvrages plus pointus écrits par des sociologues, des philosophes ou politologues, dont elle résume le travail avec justesse et pédagogie.

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Fanny Parise - Le Point - 2020

Enfin, même si la thèse principale de l’ouvrage reste floue, Fanny Parise nous offre quelques pistes de réflexions revigorantes sur la manière d’envisager l’avenir. Contrairement à l’effondrement promis par Pablo Servigne, l’anthropologue nous propose ainsi de découvrir la théorie de la cohabitation : face au dérèglement climatique, les sociétés peuvent réagir différemment selon les ressources disponibles et les caractéristiques socio-culturelles des populations locales. Un monde moins sombre est donc possible, « où la diversité est source de résilience et d’adaptation ». L’ouvrage nous présente aussi des exemples étonnants de ce que Fanny Parise appelle des « rites de mise à mort du capitalisme ». On pénètre ainsi, éberluée, dans la « forêt des suicidés », au Japon, où viennent mettre fin à leurs jours des cadres dirigeants épuisés par la pression sociale. Grâce à Fanny Parise, on découvre également que dans ce même pays, des communautés poursuivent leur activité de cueillette d’un champignon rare, le matsutake, malgré l’industrialisation et l’étalement urbain. Leur force ? La coopération. « En développant des compétences telles que la résilience, la créativité et l’entraide, les cueilleurs sont en mesure de répondre aux défis posés par un monde en constante mutation et de construire des alternatives viables au modèle capitalisme dominant ». Tout n’est donc peut-être pas perdu.

No Carbon, Fanny Parise, Payot, 448 pages, 22€

Lou-Eve Popper
Journaliste depuis 7 ans, Lou-Eve travaille principalement sur l’énergie et l’environnement, avec toujours un pied en économie. Elle collabore également avec Le Monde diplomatique, Reporterre ou encore Alternatives Economiques.
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