Qu’est-ce que le Green New Deal et peut-il être appliqué ?

Mathieu Brand

Le point commun entre Joe Biden, Ursula von der Leyen et Carole Delga ? Ces personnalités politiques ont toutes présenté un Green New Deal (GND). Qu’est-ce qui se cache derrière ce terme qui sent bon l’Amérique des grands espaces ? S’apparente-t-il à un développement économique ou à une stratégie de décroissance ? Et les plans de relance en France, en Europe et aux Etats-Unis, qui se sont succédé ces derniers mois peuvent-ils être estampillés Green New Deal ? 

Définition et histoire du Green New Deal

Le Green New Deal (pacte vert en français) est « le nom donné à plusieurs projets globaux d'investissement, notamment dans les énergies décarbonées, visant à répondre aux grands enjeux environnementaux et climatiques, tout en promouvant la justice sociale ».

La propagation du terme Green New Deal

Le concept de Green New Deal est introduit en 2009 par l'ONU et son rapport en faveur d'un Green New Deal à travers le monde. L’organisation internationale invite alors les États à investir dans des industries plus durables. L'objectif : relancer l’économie après la crise de 2008 et freiner le changement climatique.

Mais c’est aux Etats-Unis par l’intermédiaire d’associations écologiques comme Sunrise Movement, du candidat démocrate Bernie Sanders et surtout de l’élue à la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez, que le terme de GND se répand plus largement dans la société. Le but est de sortir les Etats-Unis en dix ans des énergies fossiles. Et cela en formant également les travailleurs et travailleuses américain.e.s aux métiers verts.

Green New Deal d'Alexandria Ocasio-Cortez
Alexandria Ocasio-Cortez

Plus précisément, il s’agit des actions suivantes :

Ce pacte pour une transition écologique comprend également une partie sociale : création d’un système de santé public universel, rendre les universités publiques gratuites, assurer un revenu de base universel et une garantie d'emploi offerte par l'État fédéral. 

Green New Deal : investir dans les énergies renouvelables

Les mesures envisagées aux États-Unis

Il n’est donc pas question pour les partisan.e.s d’un Green New Deal américain de décroître. Autrement dit, hors de question de réduire les capacités énergétiques du pays ou de freiner la mobilité par exemple. La solution, pour eux, pour lutter contre le réchauffement climatique vient toujours d’un développement économique. Cette croissance s’appuierait désormais sur les énergies renouvelables et les métiers verts. La promesse est double : croître de manière durable et garantir des retombées économiques au plus grand nombre.

« Le réchauffement climatique et les changements environnementaux sont des menaces existentielles à notre mode de vie, non seulement pour notre pays, mais pour le monde entier. »

Alexandria Ocasio-Cortez

Pour financer une telle rupture, Alexandria Ocasio-Cortez propose de taxer jusqu’à 70% les revenus supérieurs à dix millions de dollars. Une proposition déjà soutenue par des économistes tels que Paul Krugman ou encore Thomas Piketty.

🖐 Pour rappel : la taxation des plus hauts revenus aux États-Unis était dans les années 1960 et jusqu’aux années Reagan, déjà à ce niveau.

La représentante de la Chambre propose également de baisser le budget de l’armée de 75%. Là-encore, pour l’anecdote, cette proposition avait été formulée par le candidat Bobby Kennedy en 1968.

Une inspiration bien connue : le New Deal

Le Green New Deal s’inspire évidemment du New Deal du président Roosevelt, mis en place dans les années 1930. Cet énorme plan de relance visait alors à sortir les Etats-Unis de la crise économique et sociale. En effet, cette crise sévissait depuis le krach boursier de 1929. Le plan de relance servait donc à appliquer la politique dites des grands travaux. Cela signifie injecter de l’argent fédéral dans des travaux de modernisation du pays et des programmes ambitieux de formation des travailleurs. 

Le New Deal : politique de grands travaux

Quatre-vingt-dix ans plus tard, Alexandria Ocasio-Cortez souhaite que chaque travailleur.euse soit assuré.e par l’état fédéral d’avoir un emploi viable. Elle s’inspire ainsi du New Deal et plus précisément du Civilian Conservation Corp. Mise en place par l’administration Roosevelt, cette action a permis d’embaucher des millions d’Américain.e.s touché.e.s par la crise de 1929. Leur travail consistait à effectuer des activités bienfaitrices pour la société (réhabiliter des terres arables, entretenir des forêts).

Le pacte vert en Europe et aux Etats-Unis

L’économie mondiale, c’est-à-dire la somme des PIB mondiaux, a enregistré une diminution historique de 3,5% en 2020. Pour y faire face, les plans de relance des états se succèdent. Et les Green New Deal également.

Joe Biden est-il un partisan du Green New Deal ?

Dès la campagne face à Trump, le nouveau président des Etats-Unis montre qu’il n’est pas un fervent défenseur du Green New Deal. La formule, utilisée lors d’un des (piteux) débat télévisé, restera sûrement dans l’Histoire : « Je ne supporte pas le Green New Deal, je supporte le Plan Biden ». Et la raison est plus politique qu’idéologique. Pour rassurer les ouvrier.e.s d’États du nord-est encore fortement industrialisés, Joe Biden ne peut tenir le même discours qu’Alexandria Ocasio-Cortez et les partisan.e.s démocrates du Green New Deal. 

Joe Biden : discours sur la neutralité carbone

Mais depuis son élection, Joe Biden enchaîne les annonces sur le climat. Il tente de revenir sur les 163 mesures catastrophiques de Trump. Et finalement, le Plan Biden - 2 000 milliards de dollars sur 4 ans - ressemble tout de même fort au Green New Deal de l’aile gauche du parti démocrate. En voici les principales annonces : 

  • Baisser de 50% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030
  • Atteindre la neutralité carbone en 2050
  • Préserver 30% des terres et eaux fédérales d'ici à 2030
  • Financer 1,5 million de nouveaux logements plus durables et éco-énergétiques
  • Créer une prime pour passer à la voiture électrique et construire 500 000 bornes de recharge dans le même temps
  • Réserver 40% des 2 000 milliards au population les plus vulnérables

« Si nous voulons garantir un climat stable pour les générations futures, nous devons nous fixer un objectif de zéro émission de gaz à effet de serre avant le milieu du siècle. »

Robert Kopp, climatologue

Les différences majeures

Il faut tout de même noter deux différences majeures. La première concerne la fracturation hydraulique. Joe Biden ne souhaite pas l’arrêt de cette technique controversée - contrairement aux figures du Green New Deal. En effet, elle permet d’employer des dizaines de milliers de travailleurs.ses des États du nord-est.

L’autre concerne les emplois verts. On l’a vu, le Green New Deal des puristes veut assurer à chaque américain.e un travail de qualité et bien rémunéré, accompagné d’avantages sociaux. Joe Biden assure, quant à lui, qu’il créera des millions d’emplois, sans garantir un emploi à chacune et chacun de ses compatriotes.

En quoi consiste le « Green Deal » d’Ursula von der Leyen pour l’Europe ?

La présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé en janvier 2020 un pacte vert. Ce « Green Deal » comptabilise mille milliards d’euros sur toute la décennie 2020. L’objectif principal est de ramener à zéro d’ici à 2050 les émissions de gaz à effet de serre en Europe. Deux autres objectifs, beaucoup plus flous, s'y ajoutent : dissocier la croissance de l’utilisation des ressources et « ne laisser personne ni aucun endroit de côté ». Dans la foulée, la commission européenne a souhaité apporter des preuves tangibles, à la hauteur du plan : 

  • Transformation de la Banque européenne d’investissement en une banque du climat
  • Création d’une législation sur le climat pour faire du « Green Deal » une obligation juridique en Europe

Le « Green Deal » de la commission européenne a le mérite d’avoir identifié des secteurs clés pour l’Europe : agriculture, énergie, mobilité… En revanche, pour des actions précises, on repassera : accélérer sur l'économie circulaire ou encore rendre la mobilité plus durable, les annonces mériteraient peut-être plus de précision en 2021...

Green Deal  : rendre la mobilité plus durable

Une première brique a tout de même été posée, début mars 2021, lorsque les eurodéputés ont voté en faveur d’une « taxe carbone » au porte de l’Union Européenne, pénalisant les importations de produits issus de pays aux normes climatiques moins strictes qu’en Europe. Le mécanisme devrait entrer en vigueur d'ici 2023. 

Le plan de relance français est-il un Green New Deal ?

30 milliards sur 100 milliards. C’est la part allouée à la transition écologique dans le plan de relance présenté en septembre 2020 par le gouvernement. Le transport, secteur le plus émetteur en France, recevra 11 milliards d’euros, suivi de l’énergie avec 9 milliards et la rénovation énergétique des bâtiments, 7 milliards. L’agriculture et l’alimentation reçoivent 1,2 milliard d’euros et enfin 250 millions iront à la mer (verdissement des ports, aquaculture, pêche…).

Ces annonces ont été froidement accueillies par les associations et l’opposition. Il ne s’agit pour elles que d’un « premier pas », qui doit désormais être pérennisé pour entreprendre une réelle transition. Selon l’Institut de l’économie pour le climat (i4ce), pour rattraper le retard sur la trajectoire de la Stratégie Nationale Bas Carbone, il faudrait investir 9 milliards d’euros d’argent public supplémentaires chaque année jusqu’en 2023, puis 22 milliards en plus par an entre 2024 et 2028, dans les secteurs du bâtiment, des transports et des énergies renouvelables.

Surtout, ce chiffre de 30 milliards est à mettre en perspective avec les « 43 milliards d’aides pour les grandes entreprises, dont les industries polluantes comme l’aérien et l’automobile », selon Clément Sénéchal de Greenpeace France. Aides allouées lors des projets de loi de finances rectificative de fin 2020. 

Avion en vol

Nous sommes donc encore loin d’un plan de relance qui s’apparente à un Green New Deal. Au regard de la faiblesse des investissements, mais également devant le sauvetage d’industries polluantes, ce qui empêche toute transition.

Focus sur la région Occitanie

Quand il s’agit de la question écologique ou sociale, il est parfois bon de commencer par regarder les actions d'entreprises à côté de chez soi. Carole Delga, la présidente de la région Occitanie a présenté un Green New Deal en novembre 2020. L'Occitanie est la première région d’Europe à avoir adopté un Green New Deal. L’objectif de ce « pacte vert » : mettre en place une nouvelle forme de développement en agissant sur trois urgences en même temps : l’urgence sociale, le climat et la démocratie. 

Ce plan a été élaboré par une convention citoyenne pour la région. Une centaine de citoyens tirés au sort se sont ainsi réunie à trois reprises à l'automne 2020. Ils sont à l’origine de 300 actions dans les domaines de l’emploi, de la mobilité, de la culture, de l’éducation et de la santé. Ensuite, pendant trois semaines, les citoyen.ne.s de la région Occitanie ont pu voter sur des actions prioritaires à mener. Parmi les propositions : étendre la surface agricole des légumineuses, doubler l’aide apportée pour l’achat d’un véhicule électrique, adapter l’offre de transports pendant la saison touristique. Je ne sais pas vous, mais cette nouvelle manière de faire de la politique, au service du climat et du social en région Occitanie, me fait plus rêver qu’un plan à 2 000 milliards. 


Et si c’était ce dernier exemple, le plus local, qui fonctionnait le mieux ? S’il fallait le suivre pour développer un Green New Deal en Europe et dans le monde ? Avec des citoyen.ne.s impliqué.es et des actions réalisables à court terme (et non des projets à 2030 ou 2050), la région Occitanie répond parfaitement aux pancartes “Penser global, agir local”, qui fleurissent dans chaque marche écologique. 

Mathieu Brand
Journaliste indépendant spécialisé dans la transition écologique
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