Archeoplastica : les déchets aussi ont leur musée

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màj en mars 2024

Transformer les déchets plastiques échoués sur les plages en objets d’exposition ? C’est tout le concept du projet Archeoplastica. Un musée virtuel qui met en scène des déchets « vintage » datant de plusieurs décennies dans le but de sensibiliser aux pollutions laissées par nos modes de consommation jetables.

Concrétisée en 2021 dans la région des Pouilles, au sud de l’Italie, Archeoplastica est une idée née dans la tête d’Enzo Suma, un guide nature et militant environnemental de longue date qui se prête régulièrement à des journées de collecte de déchets au large des côtes italiennes. C’est lors d’une session de ramassage qu’un jour il tombe nez-à-nez sur un spray autobronzant datant des années 60, quasiment intact. Fasciné par cette trouvaille, il la poste sur les réseaux et découvre avec surprise les réactions d’émerveillement autant que de questionnements des internautes. Dès lors, il décide de se lancer dans une quête dédiée à la collecte de déchets entre 30 et 60 ans d’âge afin d’alerter sur le problème de la pollution plastique. Une façon ludique et populaire de rappeler « l’immortalité » de ces déchets renvoyés par la mer. Leur étonnante conservation en faisant à la fois des vestiges historiques de notre surconsommation tout comme des témoins alarmants de ses impacts dans le temps…

La toute première pièce d'Archeoplastica
Spray autobronzant de 1968-1970 découvert sur la côte de Carovigno en Italie

Cabinet de curiosités

Aujourd’hui, sa collection compte plus de 500 pièces en tous genres : des bouteilles de produits ménagers, d’hygiène ou de cosmétique, des jouets, des emballages alimentaires, des pièces détachées… Et chacun renferme une histoire qu’Archeoplastica essaye de remonter. Le plus vieux ? Un bouchon de bouteille de la marque Moplen datant de 1958. Vestige pour le moins significatif car Moplen est le nom donné à un matériau découvert dans les années 50, le polypropylène, dont la production marque le début de l’ère du plastique. Son inventeur, le chimiste Giulio Natta, s’est d’ailleurs vu récompensé par le prix Nobel en 1963. Tous ces objets sont visibles en image 3D dans un musée en ligne où ils sont classés par décennies. Ils font également l’objet d’expositions physiques pour sensibiliser les gens dans les lieux publics, les sites touristiques, les écoles ou lors d’événements dédiés à la protection de l’environnement. En 2022, Archeoplastica s’est même associé sur certaines expositions avec la célèbre revue National Geographic.

Aperçu du musée en ligne d'Archeoplastica

Au quotidien, Enzo Zuma partage également les trouvailles de l’association sur les réseaux sociaux qui suscitent beaucoup d’enthousiasme. À force de collecte et de recherche, il a lui-même acquis des savoirs spécifiques le rendant capable de dater plus facilement ces objets. Par exemple, l’impression d’un code barre sur les packaging atteste d’un produit distribué après les années 80. Sinon, il peut compter sur la vaste communauté qui s’est constituée autour d’Archeo dont les membres s'impliquent avec ferveur dans l’identification des déchets exhumés. Avec plus de 300 000 followers sur Instagram et 200 000 sur TikTok, des milliers d’internautes se prêtent au jeu de détective pour tenter de percer leurs mystères. Le mois dernier, ils ont par exemple immédiatement identifié une poupée datant des années 70, la Poupée Leggy, reconnaissables par ses très longues jambes. 

En avant les histoires 

Cependant, déterminer l’origine de certains déchets peut parfois donner du fil à retordre à nos Archeoplasticiens, les menant à de véritables enquêtes collectives qui embarquent même au-delà des frontières. L’un des exemples les plus marquants est celui d’une série de bouteilles plastiques en forme d’ours en peluche. De tailles et de couleurs différentes, plusieurs d’entre elles ont été retrouvées sur les plages de l’Adriatique dans les Pouilles sans que l’on sache en déterminer leur origine. Après moult spéculations, c’est finalement une personne d’origine albanaise qui a permis de lever le voile en découvrant un flacon identique dans la boutique de son oncle.

© Archeoplastica

Un assouplissant de la marque Prime Soft, déclinaison Albanaise de la célèbre marque de lessive Coccolino. Suite à cet épisode, nos archéologues en herbes ne se sont pas arrêtés là, et sont même parvenus à retrouver son designer, un brésilien nommé Ricardo Ferreira ayant créé le modèle d’origine en 1997. Autre mystère qui tient la communauté en haleine depuis près de 3 ans, un contenant en forme de bonhomme avec une bosse sur le dos. Surnommée Le Bossu (Il Gobbo), la figurine daterait des années 60. La présence d’une fente sur son crâne donne lieu à diverses interprétations. Tantôt tirelire, tantôt sifflet, tantôt flacon de bain moussant… Encore aujourd’hui, personne n’est en mesure d’affirmer ce que c’est avec exactitude, et l’énigme reste entière.

Sous les déchets, la plage

Derrière le divertissement et la nostalgie que peuvent susciter le projet, Enzo Zuma n’en oublie pas moins la triste réalité qu’ils racontent : la longévité des déchets plastiques et les multiples dégradations causées par leur abandon dans la nature. Sur le site d’Archeoplastica, on trouve des articles scientifiques qui rappellent l’ampleur des pollutions. Un autre qui  répertorie les marées d’objets plastiques provoquées par des accidents de conteneurs. Par cette initiative inédite, l’association tient à attirer l’attention sur la nécessité de changer nos comportements pour « sauver la mer et les océans du plastique ».

Enzo Suma

D’après l’OCDE, chaque année près de 353 millions de tonnes de déchets plastiques sont générés dans le monde. Une quantité amenée à tripler d’ici 2060. Entre 19 à 23 millions de tonnes finissent dans les eaux affectant environ 90% des espèces marines. Quant à la mer Méditerranée, dont les membres d’Archeoplastica arpentent les côtes, elle est considérée selon l’Union International de la Conservation de la Nature (UICN) comme l’espace marin le plus pollué au monde avec 1,2 millions de tonnes de plastiques accumulés. 229 000 tonnes de déchets y sont déversés chaque année, l'équivalent de plus 500 de conteneurs d'expédition par jour. En outre, la grande majorité des plastiques finit davantage dans les fonds marins que sur les plages. Et surtout, au-delà des sacs, bouteilles et autres emballages, une importante partie de la pollution se compose de microplastiques. À côté, les déchets récoltés par Archeoplastica ne sont donc qu’un grain de sable. L’un de ceux qui se faufilent dans l’engrenage de la machine.

Christelle Gilabert
Christelle est journaliste indépendante, elle scrute à la loupe tout ce qui touche à l'écologie, non sans un regard critique sur les technologies, et toujours accompagnée d'une pointe de féminisme.
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