Parlez-vous l'émoji nature ?

Renée Zachariou
 ⏳ 
lecture 5 min
🪄 
màj en novembre 2022
Augustine Dabout Agreenculture carbo

Que disent de nous nos émojis ? Ceux qui représentent la nature et les animaux témoignent-ils d'un intérêt pour la faune et la flore ? Et nous faudrait-il de nouveaux émojis pour outiller nos discussions relatives au dérèglement climatique ?

Il vous arrive d’agrémenter vos communications numériques d’une tête qui pleure de rire ou d’un bouquet de fleurs virtuelles : comme 92% des internautes, vous utilisez des emojis. On en compte aujourd’hui plus de 3 600, dont 120 dans la catégorie “animaux et nature”. Mais savez-vous ce qui se cache derrière les montagnes, aubergines, et autres papillons ? Ce petit lexique est là pour vous guider. 

🗻: Une montagne enneigée, mais pas n’importe laquelle

Les émojis sont nés au Japon à la fin des années 1990. Dès 1997, certains téléphones portables nippons contenait un set de 90 images en noir et blanc, représentant des nombres, les phases de la lune, des sports et même ce qui deviendrait plus tard le fameux emoji caca 💩.  

À partir de 2004, les industriels tech américains comme Google et Apple souhaitèrent également intégrer ces images à leurs modèles, et c’est ainsi que fut renforcé l’Unicode Consortium, organisme à but non lucratif chargé de s’accorder sur l’uniformité de l’encodage des emoji entre appareils - pour qu’un cœur 💖 envoyé depuis un téléphone Android n’apparaisse pas comme une bombe 💣 sur un IPhone. 

Comme les japonais utilisaient déjà les emoji depuis plusieurs années, leur catalogue était déjà rempli de signes faisant référence aux coutumes du pays du soleil levant mais assez obscure hors de ses frontières. La liste (non exhaustive !) contient 🎑 Tsukimi, la cérémonie de contemplation de la lune à l’automne, 👹 oni, un monstre folklorique, 🗼 la Tokyo Tower, et un sommet enneigé 🗻 qui n’est autre que le Mont Fuji. Certes, d’autres montagnes  sont apparues depuis ⛰️, mais vous saurez maintenant laquelle vous choisissez.    

Mount Fuji depuis le Lake Shōji – Wikimedia Commons

🦟: Il bourdonne sur le clavier 

L’Unicode Consortium est également chargé d’approuver l’ajout de nouveaux emoji. Techniquement, n’importe quel internaute peut faire une proposition, à condition de respecter quelques conditions : non redondance, universalité… Comme les emoji sont devenus centraux dans nos modes de communication, ce qui est représenté par ces petites images revêt une dimension stratégique. 

On a ainsi vu des campagnes (réussies) pour introduire l’emoji d’une femme portant un hijab, ou agrémenter la section “alimentation” d’un dumpling. Sur le site de l’association Emojination qui œuvre pour promouvoir l’accessibilité dans le monde des emoji (et qui a été impliquée dans les deux campagnes précédemment citées), vous pouvez suivre en temps réel le statut de certains candidats. C’est non pour le poireau, oui pour les haricots rouges. 

Un prétendant inattendu était ce satané moustique, qui pourrit vos nuits d’été… et cause des millions de décès chaque année, à cause des maladies telles la dengue et la malaria. C’est justement pour soutenir les efforts de prévention que son emoji a été validé en 2018.

🍆/ 🍑: a-t-on besoin de les présenter ?

En quelques années, l’aubergine est devenue un tel synonyme de pénis, qu’Instagram a censuré le hashtag #auberginefridays. Mais pourquoi cet innocent légume a-t-il remplacé la banane dans l’imaginaire collectif ? D’après le designer qui a travaillé sur les premiers emoji Apple, ceux-ci étaient dédiés au marché japonais. Or les aubergines japonaises seraient “plus longues et fines” qu’aux États-Unis. 

C’est cette polysémie qui fait la popularité des emoji.

Marque à la pomme encore : en 2016, Apple a voulu redessiner la pêche qui évoque une paire de fesses pour lui donner un aspect moins juteux. Face à la fronde des internautes, la société a dû revenir au design initial (ironiquement moins réaliste).   

🍚🐰: Que font un lapin et un bol de riz ensemble ? 

Les emoji sont souvent utilisés de façon légère, pour souligner un rire ou une envie de pizza. Mais ils peuvent aussi servir de langage codé, notamment face à la censure d’internet en Chine. Les internautes jouent alors avec les sonorités et les idéogrammes. Le caractère “riz” se lit “mi”, et celui de “lapin” se lit “tou”. C’est ainsi que l’association des deux emoji devient le hashtag #metoo, utilisé pour dénoncer le harcèlement sexuel. 

Les icônes les plus utilisées sont celles qui ont un sens métaphorique en plus de l’objet qu'elles représentent, et que l’on peut utiliser dans une variété de contextes. Symboliques, efficaces, universels : à quand un emoji représentant la lutte climatique ? 

D’autres animaux mobilisés dans ce jeu de cache-cache (mais pas sous la forme d’émoji) sont le “cheval vert” pour le pass sanitaire, la “colombe de vallée” pour Google, le “poisson” pour la résistance passive au travail, et même le “crabe de rivière” pour la censure elle-même.  

🦋: Pourquoi aime-ton les emoji ? 

Envolons-nous à la fin de ce lexique avec le plus utilisé des emoji animaux, le papillon. Il représenterait le changement, la beauté, la nature et la transformation. D’après l’Unicode Consortium, il s’agit du 128ème emoji le plus utilisé au monde, loin derrière le premier émoji de la catégorie nature, la rose 🌹(52e place). Les emoji ont maintenant leurs dictionnaires (en ligne, bien sûr), et si l’on en croit la définition d’Emojipedia, la rose rouge peut symboliser l’amour et la romance, à envoyer le jour de la Saint Valentin mais aussi de la fête des mères, et enfin symboliser le socialisme. 

C’est cette polysémie qui fait la popularité des emoji. Les icônes les plus utilisées sont celles qui ont un sens métaphorique en plus de l’objet qu'elles représentent, et que l’on peut utiliser dans une variété de contextes. C’est peut–être pour cela que le pauvre blaireau 🦡 arrive tout à la fin du classement des animaux… 

Symboliques, efficaces, universels : à quand un emoji représentant la lutte climatique ? 

En 2018, l’artiste Marina Zurkow a créé The Climoji, un set d’autocollants représentant frontalement la crise climatique : une personne en train de se noyer, un arbre en feu, un baril de pétrole tête de mort… L’artiste espérait que Facebook ou d’autres acteurs intègrent ces icônes à leur répertoire. Quatre ans plus tard, force est de constater que le projet n’a pas décollé.  

L’UTC a par ailleurs rejeté à plusieurs reprises des emoji plus militants, sous des excuses techniques - un emoji représentant une terre se réchauffant au-dessus d’un brasier pouvant être représenté par deux emoji séparés, par exemple.  

De petites images utilisées dans des SMS ou des publications sur les réseaux sociaux : cela peut sembler futile, et peu propice à l’activisme. Pourtant, la façon dont nous communiquons n’est pas neutre, comme le montrent les débats autour des expressions choisies pour désigner la crise actuelle : des relativement neutres “déreglement climatique”, “crise climatique” aux plus engagées “crise de de l’anthropocène”. On a vu comment les militants ont pu se réapproprier des mèmes pour faire passer leurs messages, faudrait-il faire de même avec les emoji ? On pourrait imaginer l’émoji au visage fondant symboliser l’eco-anxiété, bombarder les publications des majors du pétrole de cercueils ⚰️, ou appeler à l’action à toute vitesse 🏃…

 

Renée Zachariou
Renée est autrice et plume freelance. Elle écrit sur la technologie, les esprits et la nature.
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