
Comme chaque année depuis 1970, la ville d’Arles, dans le sud-est de la France, accueille Les Rencontres de la Photographie. Un événement majeur pour les photographes passionnés ou amateurs, où les enjeux environnementaux sont souvent au cœur de certaines expositions… Entre désastres, catastrophes et espoirs, on vous a sélectionné 5 expos à ne pas manquer de l'édition 2024 qui a pour thème Sous la surface.
Soulever la poussière : voyage en territoire pollué et abandonné


Vallée de l’Orbiel, département de l’Aude. Une rivière coule à flots entre des maisons construites de chaque côté de la berge. La verdure se conjugue parfaitement aux toits orangés. Le cadre est bucolique. Mais sous ce paysage enchanteur se cache une autre réalité : celle d’un ancien site minier, ici celui de Salsigne, d’où ont été extraits or et arsenic. Fermé à l’aube du XXIe siècle, le site a laissé des plaies béantes dans le paysage de la région et dans le cœur de ses habitants. Plus rien ne se voit, pourtant. La nature fait bien les choses. Mais dans l’air, l’eau, le sol se trouvent toujours la pollution et la toxicité d’une activité dévastatrice et prédatrice. Alors, comment en rendre compte ? C’est tout le travail entrepris par la photographe Coline Jourdan. Avec Soulever la poussière, elle embarque le public dans une expédition au cœur de la vallée de l’Orbiel et de son ancienne mine d’or et d’arsenic. Comme de nombreux autres sites miniers, une fois les ressources du sol extraites, la vallée est peu à peu tombée dans l'oubli. Et avec elle, des déchets toxiques disséminés ici et là dans le paysage naturel, qui rendent parfois la vie des habitants impossible et leur environnement, dangereux. Soulever la poussière met en lumière cette pollution dans l'air, le sol et les rivières… Et aussi, quelque part, rend hommage à ces Français oubliés, confrontés chaque jour aux conséquences de l'extractivisme.
Exposition Soulever la poussière de Coline Jourdan, Espace Monoprix, jusqu'au 29 septembre
Répliques - 11/03/11 : un séisme sans fin

Si en France, et même en Europe, le séisme du 11 mars 2011 au Japon, puis le tsunami, les explosions et l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima qui s’en sont suivis, peuvent paraître lointains, ils continuent de hanter les habitants de l’Empire du Soleil Levant. Ces évènements tragiques ont entraîné la mort de 19 765 personnes et provoqué la disparition de 2 553 autres. L’environnement, aussi, en est une victime silencieuse. 13 ans plus tard, les effets réels sur les populations et les répercussions sociétales et environnementales de cette catastrophe restent méconnues. Mais grâce au travail d’un collectif de photographes japonais, cela ne tombera pas dans l’oubli. Répliques – 11/03/11 documente les effets de la dévastation et de la contamination, tout comme les efforts de reconstruction ou de réhabilitation. Les photographies constituent une mémoire visuelle de la disparition d’êtres humains, de l’effondrement et de la transformation du paysage, tout comme de la radioactivité et ses conséquences, invisibles mais omniprésentes.
Exposition Répliques - 11/03/11, Des photographes japonaises et japonais face au cataclysme, Espace Van Gogh, jusqu'au 29 septembre
Fleuves océan, le paysage de la couleur Mississippi : sous la surface

Quelles couleurs se trouvent sous la surface de l’eau ? Depuis des années, le photographe Nicolas Floc’h réalise des photos des eaux sous la surface et du parcours de l’eau visible ou invisible. Avec sa nouvelle exposition Fleuves océan, le paysage de la couleur Mississippi, il se plonge en immersion dans le paysage américain et dans le cycle de l’eau. L’artiste définit son travail comme une écriture du vivant, du minéral, des sols, de l’espace et du climat au cours duquel il documente et lit les couleurs des eaux. Sous la surface, Nicolas Floc’h plonge à la recherche de la couleur afin d’en capter les nuances qui participent à la formation et à la transformation des territoires. Ses œuvres exposées à Arles sont le reflet du travail initié en 2022 sur le bassin versant du Mississippi, où il a exploré 224 colonnes d’eau sur autant de sites qui couvraient 31 États. Le photographe documente l’eau visible ou invisible, une ressource précieuse, et rare, dont l’abondance reste encore trop surestimée et la valeur, sous-estimée.
Exposition Fleuves océan, le paysage de la couleur Mississippi de Nicolas Floc'h, Chapelle Saint-Martin du Méjan, jusqu'au 29 septembre
Le Jardin d’Hannibal : bastion de résistance face au changement climatique


Quel lien existe-t-il entre Hannibal et le changement climatique ? Marine Lanier semble l’avoir trouvé dans le jardin le plus haut possible, au col du Lautaret, à 2 100 mètres d’altitude. La photographe a suivi le travail de scientifiques, de botanistes et de chercheurs sur ce site qui représente un conservatoire important de la diversité de la flore alpine. La légende raconte qu’Hannibal serait passé par le col pour traverser les Alpes. Il n’en fallait pas plus à Marine Lanier pour faire le lien : Hannibal se rebellait contre la domination de Rome à l’époque et le jardin représente ici un bastion de résistance du monde contemporain face au changement climatique. Marine Lanier permet de découvrir une facette de cette biodiversité qui résiste en milieu au travers de ses photographies du jardin, de ses richesses et des femmes et hommes qui l’entretiennent.
Exposition Le Jardin d'Hannibal de Marine Lanier, Le jardin d'été, jusqu'au 29 septembre
Le fermier du futur : entre humour et absurde

Il y a eu les années 1960 et sa révolution dite verte : la culture abondante de variétés de maïs à haut rendement, que certains applaudissent encore, les nouvelles machines coûteuses pour remplacer les hommes et les produits pour enlever les mauvaises herbes, entre autres… Un succès ? Certains le croient et défendent cette vision. D’autres, l’interrogent. C’est le cas du photographe Bruce Eesly avec Le fermier du futur. Dans cette exposition, il remet en question le récit dominant de la révolution verte. Ses photographies se présentent comme des clichés qui documentent cette épopée… Mais gare aux images ! Elles émanent d’une intelligence artificielle… en résonance avec le récit, lui aussi inventé. Le but de la manœuvre ? Interroger notre rapport aux images et inviter le public à se poser des questions sur son rapport extractiviste à la nature et sur sa place dans l’environnement. Réel ou généré ?
Exposition Le fermier du futur de Bruce Eesly, Espace Croisière, jusqu'au 29 septembre
Photo de couverture : Cristina De Middel. Une pierre sur le chemin [Una Piedra en el Camino], série Voyage au centre, 2021







