Les questions que posent la TRÈS belle expo Avant l’orage à la Fondation Pinault 

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màj en mars 2024

Photo à la Une : Anicka Yi, Elysia Chlorotica, 2019

Des œuvres raffinées et curieuses dans un décor beau à couper le souffle, « Avant l’orage » raconte la crise climatique à travers la collection privée de la septième fortune de France. Une fabuleuse déambulation artistique mâtinée … d’une pointe de gêne.

Carbo n’était encore jamais allé à la Fondation Pinault. L'exposition Avant l’orage nous faisait de l'œil, mais le côté musée privé, construit par un magnat du luxe, avait chargé notre sac en a-priori. Avouons-le, on a été émerveillés. Tout est esthétique, le mariage du béton de l’architecte japonais Tadao Ando avec les moulures de bois centenaires, la fresque rénovée de la coupole, la coursive multipliant les perspectives, la lumière … l’expo ne serait-elle que secondaire ? Loin de là. 

© Alexia Luquet, dans la Rotonde de la Fondation Pinault

Sublimons la menace

Contrairement à ses « concurrents » comme la Fondation Louis Vuitton, qui n’invite que des rocks stars de l’art, la Bourse de commerce affirme depuis ses débuts présenter des artistes moins connus. Avant l’orage ne déroge pas à l’ambition. Les dix-neuf créateurs réunis sont inconnus du grand public, majoritairement issus de la collection personnelle de François Pinault. En fil rouge, la commissaire de l’exposition Emma Lavigne revendique un récit des paysages menacés par le « dérèglement climatique ». Et ça marche ! Avec une particularité : ici, la menace est sublimée.

Dès l’entrée, on est happé par deux immenses tableaux, dont un fait à la craie sur fond noir, Foreign policy, de la Britannique Tacida Dean. S’agit-il de nuages ou de vagues ? Est-il seulement possible de réaliser des traits aussi fins à la craie ? Et comme si cet esthétisme ne nous suffisait pas, le petit encart explicatif redouble notre intérêt. En 2016, l’artiste destine le tableau au bureau de Simon McDonald, sous-secrétaire aux Affaires étrangères en plein Brexit. Pour saisir l’instabilité politique du moment, elle suit et croque le mouvement incessant des nuages. Une première œuvre à l’image des suivantes, du beau, du beau et du beau – subjectif certes – avec du sens et… beaucoup de rêves. 

© Tacita Dean, Sakura (Jindai I), 2023

Forêt tropicale avec son et lumière

Parmi nos installations préférées, une veste montrée de dos, en drap de laine bleue avec au milieu un trou carré, dévoile une forêt tropicale avec son et lumière. Certains visiteurs faisant la queue pour observer ce monde caché n’ont même pas sorti leur smartphone, c’est dire s’ils vivaient l’instant présent ! Autre coup de cœur, les films rétro-futuristes de Tacita Dean, installés dans la rotonde, les bien nommés Geography Biography. Sur une paroi circulaire défile et tourne un magma d’images monté à partir des chutes de ses anciens films en super 8 et 16mm. L’artiste raconte avoir dressé son portrait « intime et accidentel ». 

À partir de fonds de vieilles cartes postales du XXè siècle, il entremêle des extraits de de sa vie personnelle et quelques têtes connues dont le mime Marceau et le danseur Merce Cunningham. Un rendu joyeusement foutraque, permis par la technique de l’« aperture gate masking », tout simplement inventée pour l’occasion par l’artiste – une sorte de masque photoshop mais pour pellicule 35mm ! Sous nos yeux, la salle devenue monde tourne, jusqu’à nous faire perdre de vue la porte de sortie… tout un symbole. Avec un risque pour Pinault :  se faire prendre à son propre jeu. 

© Alexia Luquet : Robert Gobers, Waterfall (2015-2016)

Dérèglement climatique sans dérégler les comptes

Au rez-de-chaussée, le cartel d'accueil parle de « dérèglement climatique », d’« urgence de notre présent », de « notre course effrénée au progrès et à l’abondance ». Au troisième étage, une fresque extrêmement intéressante retrace les courants de pensée nouant art et écologie. Les médisants décèleront peut-être un paradoxe entre ce discours et la vie de son instigateur : le milliardaire François Pinault. Certes, le groupe familial a bien signé – sous l’égide de son fils François Henri, son successeur – un Fashion pact, certes il s’est offert la très verte Emma Watson au conseil d’administration de son groupe Kering, et d’autres certes, mais la fin de l’abondance ne ferait pas bien les affaires de ses marques Gucci ou Yves Saint Laurent. 

Alors que faire ? Est-ce que l’on boude les musées des géants qui carburent encore au « toujours plus » ? Un ami présent lors de notre visite voyait, lui, un autre problème, et pas des moindres : la privatisation de la culture en France. Avec 620 millions d’euros de dividendes versés par le groupe Kering en 2022 à la famille Pinault, il y a de quoi construire quelques galeries avec ses propres deniers, quand l'État, lui, est à la peine. On quittera cette expo en pensant à la tribune de l’économiste Maxime Combes, publiée début septembre en réaction au geste de Bernard Arnault pour une association au bord de la faillite : « Restos du Cœur : un impôt juste plutôt que la charité des milliardaires ». D’aucuns verront une morale : notre avenir se joue sur une histoire de vestes. L’arbre dissimulé sous le blazer d’Avant l’orage se cache t-il aussi sous les manches des équipes … de Bercy ? 

© Alexia Luquet : Pierre Huyghe, A way in untilled, 2012-2013

Informations pratiques : Avant l’orage est visible jusqu’au 18 septembre 2023 à la Fondation Pinault, 2 rue de Viarmes, 75001 Paris. Nocturne le vendredi jusqu’à 21h00 : informations.

© Fondation Pinault, Mind map
Alexia Luquet
Journaliste indépendante et réalisatrice vidéo, le travail d’Alexia Luquet pose depuis huit ans son regard aux croisements de l’art, du social et de la planète, avec un œil - critique - sur l’innovation. Ses reportages l’ont emmenée vers des territoires peu couverts en Europe et d’autres plus lointains au Bangladesh et à Hong Kong. Elle consacre également du temps à enseigner l’éducation aux médias et à l’information.
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