La série Abysses : la nature contre-attaque

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màj en juillet 2023

Diffusée sur France 2, Abysses, la nouvelle série internationale au message fondamentalement écologique, adaptée du roman éponyme de Frank Schätzing (Presses de La Cité), est aussi angoissante que magistrale. 

Quand la réalité dépasse la fiction… Ces dernières semaines, des meutes d’orques ont attaqué des voiliers dans le détroit de Gibraltar. Aucun·e scientifique n’est en mesure d’expliquer ce comportement étrange. Une théorie a cependant été avancée : une orque traumatisée par une collision avec un navire apprendrait aujourd’hui aux jeunes de son espèce à attaquer les bateaux et superviserait les attaques. Ces nouvelles, à première vue surréalistes, forment justement la toile de fond d’Abysses, la nouvelle série de France Télévisions adaptée du roman de l’allemand Frank Schätzing publié en 2004. Dans la série aussi les fonds marins se rebellent. Attaques de baleine à bosse, invasion de crabes vengeurs, catastrophes naturelles, homards crachant du venin toxique, la nature semble prête à engager une guerre à mort contre le genre humain, son persécuteur multi-séculaire. 

« Si les océans meurent, nous mourons »

Un tel scénario, dont l’écriture a été dirigée par Frank Doelger (producteur de Games of Thrones), aurait pu être franchement kitch. De fait, tous les éléments étaient réunis pour réaliser un parfait blockbuster à l’américaine, sans aspérité. Coproduction internationale entre onze pays (dont la France, le Japon, l’Autriche, l’Italie, la Suisse ou encore le Japon), Abysses a en effet disposé de moyens conséquents (pas moins de 40 millions). Ses scènes spectaculaires montrant de dangereux cétacés s’en prenant à des bateaux de touristes auraient donc pu suffire à enchanter le public. Les producteurs auraient pu sans mal s’appuyer sur cette ambiance apocalyptique pour nous pondre un scénario classique dans lequel un héros, de préférence masculin, parviendrait à tirer ses frères humains de ce mauvais pas. Il n’en est rien. Ce thriller politico-écologique parvient à éviter tous les pièges tendus. Pour expliquer les raisons sous-jacentes à cette rébellion des fonds marins, les scénaristes ont opté pour une explication à mi-chemin entre la science et la poésie, qui fonctionne admirablement grâce à un bon dosage entre des éléments fictionnels destinés à nous faire rêver (ou nous terrifier selon les scènes) et d’ancrage dans le réel pour nous faire réfléchir. « Si les océans meurent, nous mourrons » a tenu à rappeler Frank Doelger. Pédagogique sans être lourdingue, Abysses nous rappelle en filigrane que le déclin de la faune et de la flore marine doit nous bien inquiéter, que la surpêche représente une dangereuse menace pour l’humanité et que des multinationales n’hésiteront pas à ravager bientôt les fonds marins pour trouver des métaux rares. Dans la série, un élément magique vient cependant enrayer cette machine infernale, pour le meilleur comme le pire… 

Autre réussite : dans cette ode à la nature qui se défend, les animaux marins ne sont ni personnifiés ni « peluchisés » comme dans Avatar 2 de James Cameron. Quant aux humains, ils ne sont pas dépeints comme une espèce à part mais plutôt comme une intelligence ordinaire qui tente de dompter son environnement sans jamais y parvenir complètement. Abysses offre ainsi des portraits de chercheurs crédibles et touchants. Alléluia, ces derniers ne sont pas uniquement de vieux hommes blancs. Quelques libertés ont en effet été prises vis-à-vis du best-seller, paru il y a deux décennies, pour permettre une représentation plus moderne de la communauté scientifique, à la fois sur la couleur de peau, le genre et la langue parlée. Certes, les pays du Sud y sont encore sous-représentés mais on trouve au moins des biologistes de nationalité canadienne, italienne, française, japonaise, allemande ou encore suédoise. Les femmes ont des rôles puissants, elles sont courageuses, brillantes et s’imposent. Mieux, il n’y a pas dans la série un unique personnage qui capte toute la lumière. Abysses s’attache plutôt à montrer une collaboration entre des passionné·es de l’océan qui frottent leurs intelligences les unes avec les autres pour comprendre les évènements étranges qui se déroulent sous leur yeux. Certes, il faut un peu s’accrocher pour suivre les explications scientifiques mais les dialogues sont suffisamment bien construits pour que l’on ne s’y perde pas trop. 

© France Télévisions

Seul ombre au tableau : la série sacrifie quelque peu au cliché du scientifique tout entier consacré à son objet d’étude, jamais embarrassé par des ennuis d’ordre administratif, logistique ou même d’ordre familial (exception faite de Cécile de France, scientifique prise en étau entre ses responsabilités professionnelles et la crainte d’abandonner ses enfants). Une scène en particulier est risible : on y voit l’un des personnages principaux réclamer un hélicoptère privé pour se rendre l’après-midi même dans des contrées lointaines. Hormis cela, c’est quasiment un sans-faute. Même les histoires d’amour qui se nouent au fil des huit épisodes sont traitées avec pudeur et servent le scénario sans être trop démonstratives. Quant aux paysages, ils sont ébouriffants. Des îles Shetland aux côtes scandinaves en passant par Venise, le Pérou et un bout de l’Afrique du Sud, la saison 1 réussit à nous faire voyager dans une dizaine de destinations différentes, toutes servies par une photographie splendide. Les images des fonds marins sont tout aussi grandioses et ce grâce notamment aux effets spéciaux. La production a en effet voulu être la plus respectueuse de l’environnement possible. Ainsi, aucun animal n’a été impliqué dans le tournage et tous les visuels ont été créés grâce à des effets spéciaux ou des images d’archives. Une grande partie de l’action a été tournée en post-production ou dans un réservoir en Belgique. Une manière de ne pas mettre en danger l’équipe de tournage, mais aussi et surtout de ne pas détériorer davantage les océans et déranger une fois de plus la biodiversité qui l’habite. On espère que les orques espagnols seront vite mis au courant…  

Tous les épisodes d'Abysses sont à retrouver par ici.

Lou-Eve Popper
Journaliste depuis 7 ans, Lou-Eve travaille principalement sur l’énergie et l’environnement, avec toujours un pied en économie. Elle collabore également avec Le Monde diplomatique, Reporterre ou encore Alternatives Economiques.
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