Le Grand Soulagement, quand l’art et la douceur prennent les rues

Mathilde
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Augustine Dabout Agreenculture carbo

Avec Le Grand Soulagement, les artistes Cyril Pedrosa et Quentin Faucompré utilisent l’art pour repenser notre rapport à l’insurrection par la poésie et l’humour.

« VOTER ÇA REND TRISTE » : le tag proéminent est resté quelques jours sous les regards des bordelais en balade sur les berges de la Garonne en ce radieux mois de mai. Un sentiment partagé par un nombre important de Français et de Françaises, à en juger les 3 millions d’électeurs ayant glissé un bulletin blanc ou nul dans les urnes lors du deuxième tour des dernières élections présidentielles. S'y ajoutent les 28 % d’électeurs ne s’étant pas déplacés pour voter, parmi lesquels 25 % en ont  « assez de devoir aller voter uniquement pour faire barrage à un candidat ». Sans oublier les votes donnés à contrecœur par des électeurs qui auraient probablement préféré voir la France gouvernée par de petites pelures de clémentines plutôt que par le candidat d’un moindre mal.

Les deux artistes sont partis à l’assaut de caméras de surveillance, délicatement substituées par des nichoirs à oiseaux

C’est en tout cas ce que suggèrent Cyril Pedrosa et Quentin Faucompré, les deux artistes à l’origine du Grand Soulagement, « un programme de relaxation politique à objectif tendrement insurrectionnel ». Décliné en 17 affiches, ce programme comporte un principe central : remplacer les éléments néfastes de notre société par des objets ou concepts insérant de la douceur dans ce monde de brutes. C’est donc sans passer par quatre chemins que les posters monochromatiques invitent les citoyens à « remplacer le capitalisme par une bonne sieste », ou encore « Darmanin par un bouquet de persil ». Une révolution tiède à base d’oméga 3 et de polenta. « On ne veut pas leur faire de mal, explique Quentin. On veut juste les remplacer, qu’ils ne soient plus là ».

Remplacer Macron par de petites pelures de clémentines
Remplacer Macron par de petites pelures de clémentines

Un plan politique pas plus absurde qu’un autre, selon les deux amis : l’humour et la poésie n’empêchent pas le sérieux du sujet. Si le nom du projet vise en particulier l’idéologie d’extrême droite largement véhiculée par Eric Zemmour ces derniers mois, les cibles à troquer sont multiples et minutieusement choisies, de Monsanto à la 5G en passant par le patriarcat. « C’est le seul programme politique actuel ! assure Cyril Pedrosa. La légèreté est un outil : ça aide à faire tomber certaines préventions à la lecture de ce qu’on essaie de dire ».

« Remplacer le capitalisme par une bonne sieste, remplacer Darmanin par un bouquet de persil »

Et c’est l’avantage de la rue : une affiche collée sur un mur sera aussi bien lue par une ouvrière retraitée que par un adolescent pétri par l’idéologie néolibérale. Enfant du premier confinement, le Grand Soulagement a fleuri à un moment où investir l’espace public et se frotter à autrui semblait relever du fantasme. « C’est un espace de plus en plus contrôlé et policé, donc ça nous semble très important d'y agir, explique Quentin Faucompré. Ça n'aurait pas eu de sens d’exposer nos affiches dans une galerie ». Sous ses airs de naïveté taquine, le projet explore une manière de s’exprimer artistiquement et politiquement dans l’espace public, et, fait suffisamment rare dans le militantisme pour être noté, sans insulter personne. Aujourd’hui, les affiches parsèment les murs de Lyon, Biarritz ou encore Marseille, mais aussi de villages aux quatre coins de l’hexagone.

Remplacer Zemmour par un ballon d'eau chaude
Remplacer Zemmour par un ballon d'eau chaude

Mais cette exploration politique joyeuse ne s’arrête d’ailleurs pas aux affiches : accompagnés de soutiens, les deux artistes sont par exemple partis à l’assaut de caméras de surveillance, délicatement substituées par des nichoirs à oiseaux. « C’est un sabotage en douceur, avec pour but de modifier radicalement la fonction initiale, précise Cyril Pedrosa. Mais dans l’énergie déployée, il y a quelque chose de calme et de doux ». 

Pour autant, les deux artivistes se gardent bien de faire une critique de la violence militante. Armés d’imprimantes, de logiciels et de leur fibre créative, leur proposition minimale apporte simplement une pièce à l’édifice d’un militantisme pluriel et fluide, pour saupoudrer notre rapport à l’insurrection d’un soupçon de gaieté.

Mathilde
Mathilde est journaliste spécialisée sur les problématiques environnementales, les sujets artistiques et l'impact du numérique sur la société, le tout sous un angle résolument optimiste.
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