Lancement des soirées GenZ’Art à Orsay : « Les musées sont en résonance avec les aspirations de la jeunesse »

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màj en décembre 2023

GenZ’Art, comme la contraction de Génération Z et Art. Le 30 novembre prochain, le musée d’Orsay lance une soirée qui pourrait devenir la première d’une longue série. Au programme, de la danse avec le collectif Minuit 12, des grands noms de la littérature, écolos avant l’heure, lus par des activistes d’aujourd’hui, au milieu des chefs d'œuvres du XIXe siècle. Qu’est-ce que les musées, George Sand et l’Histoire ont à voir avec notre combat en faveur de l’écologie ? Pour Patrick Scheyder, l’un des instigateurs de l'événement, pianiste et inventeur du concept d’écologie en trois dimensions, bâtir des ponts entre passé et présent est absolument nécessaire. Entretien.

Vous êtes pianiste, écrivain, activiste … Comment vous présenter ? 

Je suis pianiste de métier. Depuis sept ou huit ans j'écris des livres sur l'histoire de l'écologie. En parallèle, je fais des spectacles où l’on mélange musique et textes sur les thèmes de la nature, de la terre et de l'écologie au sens large. Contrairement à GenZ’Art au musée d’Orsay, ces événements ont souvent lieu dehors, dans des parcs ou des jardins. On a le nez au vent pour parler d’écologie culturelle

Patrick Scheyder jouant dans la forêt de Fontainebleau © Florent Mahiette

Pourquoi aller jouer à Orsay, en intérieur, et qui plus est, dans un musée classique ? 

En 2022 j’ai publié deux livres sur le combat écolo, totalement méconnu, de George Sand et d’un groupe de peintres appelé « les Bizons », en référence à leur petit village, Barbizon, à 60 km de Paris. Le grand public les identifie comme les premiers peintres en plein air, les Impressionnistes. Mais qui connaît leur lutte contre l’État ? C’était David contre Goliath ! Avec Sand, ils ont fait du lobbying pour sauver la forêt de Fontainebleau. Le roi Louis Philippe, puis Napoléon III, la menaçaient en voulant, chacun à leur tour, couper des milliers de chênes centenaires. Face à eux, les Bizons n’avaient que 23 ou 24 ans à leurs débuts. Ils sont pourtant parvenus à impacter l’écologie et l’art. Une véritable leçon d’activisme ! Ils ont à la fois réussi à valoriser la peinture de paysages au même titre qu’un portrait d'empereur - la norme de l’époque - tout en sauvant le décor qu’ils peignaient ! De son côté, George Sand a écrit l’une des premières tribunes écolos de France. Lorsque j’ai découvert ce texte de 1872, je suis tombé des nues. Je n’en avais jamais entendu parler ! Le lien entre cette histoire et Orsay est simple. Ce lieu est le musée de référence du XIXe siècle où sont conservées… les œuvres des peintres de Barbizon ! À la soirée GenZ’Art du 30 novembre, on a prévu de lire, à quelques mètres de leurs toiles, des textes de Sand et d’autres grands noms de ces écolos avant l’heure. 

On entendra des textes écolo-littéraires, quoi d’autres pour cette première ? 

On fera résonner ce passé avec l’actualité écologique, notamment avec les actions des jeunes activistes d’aujourd’hui. Regardez, je suis le seul boomer de la programmation ! Il y aura à mes côtés le collectif de danse Minuit 12. Ils ouvriront la soirée par un happening dans la grande nef du musée d'Orsay et emmèneront ensuite le public vers la salle du spectacle Des arbres à défendre, que j’ai créé, autour de Sand et Fontainebleau. Là, l’activiste Camille Étienne et la danseuse Justine Sène liront une sélection de textes, je les accompagnerai au piano avec un costume un peu particulier. Je ressemblerai à des sortes de… racines vivantes, avec sur le nez des lunettes extraordinaires, tout en jouant un mélange des genres, entre le romantisme et la musique pop. On terminera avec un débat animé par la fondatrice de l’association Make Sense, et ancienne journaliste, Helène Binet. Elle posera des questions à Camille et moi-même. Le public pourra également participer. L’expérience est inédite à Orsay. C’est totalement exploratoire ! 

© Florent Mahiette

« J’ai une préoccupation absolue : dire à la jeunesse qu’elle n’est ni la première, ni seule, à se battre pour la nature. »

Patrick Scheyder

Où situez-vous le lien entre militantisme écologique et musée ?

Les œuvres des peintres de Barbizon et les écrits de George Sand sont, selon moi, du militantisme. En ce sens, organiser GenZ’Art à Orsay est très intelligent puisque c’est souvent sur les œuvres de ces mêmes musées, dits classiques, que « tombe la soupe ». Je n’ai d’ailleurs pas à juger ce type d’action sur les Van Gogh etc, visant à protester contre l’inaction climatique. Ici, on montre à quel point les collections de ces musées sont en résonance avec les aspirations de la jeunesse. On prend le temps de l’écouter dans ce cadre signifiant. Or, j’ai une préoccupation absolue : dire à la jeunesse qu’elle n’est ni la première, ni seule, à se battre pour la nature. Avant elle, il y a eu George Sand au XIXe siècle et des histoires encore plus anciennes. C’est la force de ce que j’appelle l’écologie culturelle, au lieu de présenter ces activistes comme étant en rupture avec la société, on montre comment ils sont, au contraire, dans la continuité. Voyez-vous comme cela change diamétralement la façon dont on les perçoit ? Il faut une écologie en trois dimensions ! 

« Redonner ses vertus aux trois dimensions du temps permet de construire un futur désirable. »

Patrick Scheyder

Vous êtes l’inventeur de ce concept d’écologie en trois dimensions. Expliquez-nous.

C'est très simple. Je travaille avec des gens âgés de 20 à 25 ans. Leur présent est déjà difficile au niveau climatique, or ils ont l'impression que le futur le sera encore plus. Cette éco-anxiété fusionne passé et futur jusqu’à former un agglomérat avec peu de perspectives. C’est pourquoi je dis qu’il faut rouvrir l'espace temps pour avoir une vision en perspective de l'écologie. Si l’on reprend l’exemple de Sand, ses romans comme François Le Champi, ne sont pas, comme on nous l’a appris à l’école, uniquement des œuvres à l’eau de rose. Entre les lignes, Sand défend le monde paysan et ses valeurs humanistes, humaines, qu’elle ne veut absolument pas perdre. Dans d’autres textes, elle va se battre contre l’arrachage des haies du bocage berrichon. Ensuite, il y a les épisodes de Fontainebleau, puis elle va défendre les forêts de l’île de La Réunion contre la déforestation etc. Une femme comme Sand était une influenceuse de son époque. Elle faisait passer son message par tous les moyens. Elle rédigeait des poèmes, des romans, des pièces de théâtre, des tribunes, allant toujours dans le même sens : protéger le vivant. Donc la conscience du libéralisme détruisant la planète n’est pas nouvelle du tout ! Redonner ses vertus aux trois dimensions du temps permet de construire un futur désirable. 

Mais cette approche utilisant l’Histoire, les lieux culturels, n’est-elle pas élitiste ? 

Je pars d’une constatation. George Sand et Victor Hugo, qui était le président de l’association des artistes défendant la forêt de Fontainebleau, sont des artistes que l’on étudie à l’école. Ces figures donnent la possibilité de raccrocher l'écologie à la culture, que je qualifierais, d’ambiante. Cela me semble essentiel pour sortir de l'écologie trop souvent présentée en termes scientifiques. Le rapport du GIEC est élitiste. Qui va lire les 2000 pages du rapport et surtout … les comprendre ? On n'en connaît qu’un résumé. Face à ce constat, tirer le fil des racines culturelles communes de l’écologie, peut la rendre plus proche. Cela vise la jeunesse mais aussi des personnes plus âgées... Les boomers sont réputés moins sensibles à l’écologie. Toutefois ils s’intéressent à la notion de patrimoine. Or, les gens célèbres que j’évoque en font partie. Découvrir ensemble que ces illustres noms avaient les mêmes préoccupations que nous crée du lien. Je crois précisément que le rôle de l'art et de la culture en général est de créer une sorte de « sauce », associant les façons de faire, l’Histoire, les sentiments, la connaissance, pour donner un sens à notre vie ! Pour tout dire, je m’en fous un peu de l’art. Je pense que la culture est plus importante. 

Quelle différence faites-vous entre art et culture ? 

Je considère l’art comme la partie la plus émergente de la culture. Il est facile de dire « voilà l'art et voici le reste ». C’est faux. La culture est un tout. Par exemple, c’est la façon dont on parle actuellement, nos accents de voix, nos façons de nous habiller, de manger. Tout cela est éminemment culturel même si l’on ne s’en rend plus compte. À ce propos, le libéralisme, qui commence sous Louis Philippe en 1830, a remporté une sacrée victoire. Il a réussi à l’intégrer dans nos mœurs en nous faisant croire que cette façon de vivre allait de soi. Je pense que la victoire écologique devra évidemment être une victoire culturelle et pas seulement artistique. Cela doit par exemple passer par notre quotidien, pourquoi pas via le design des objets. J'ai redécouvert récemment que l’inventeur du mot écologie, Ernst Haeckel vers 1866, était un scientifique avant tout. On le connaît comme vulgarisateur des idées de Darwin mais il est aussi devenu conseiller scientifique des créateurs du mouvement de l’Art nouveau. Donc dès le départ, écologie, art et sciences ont été mêlés, jusqu’au créateur du terme d’écologie ! N’est-ce pas extrêmement intéressant ?

Où vous verra-t-on les prochains mois ? 

Je participe à d’autres évènements où l’on imaginera encore de nouvelles expériences. C’est une manière de permettre à l’écologie culturelle d'imprégner, au fur et à mesure, toutes les couches de la société et pas seulement les artistes, les connaisseurs, les CSP+. Car plus que tout, je crains l’entre-soi, présent dans tous les milieux, bourgeois ou populaires ! Avec l’écologie culturelle, je cherche cette ouverture vers un passé commun. Elle peut être un remède à l’éco-anxiété. Il est important de réaliser que nos ancêtres aussi ont partagé notre combat. On reprend le flambeau. On ne doit pas tout inventer avec nos petits bras ! Cette pensée nous donne une stabilité des outils de connaissance, pas seulement en faisant appel à notre raison, mais aussi à notre sensibilité. C’est mon boulot d’artiste.

Pour aller plus loin : 

  • Soirée GenZ’Art au musée d’Orsay, première le 30 novembre 2023 : infos. 

Crédits photos de couverture : Patrick Scheyder © Florent Mahiette

Alexia Luquet
Journaliste indépendante et réalisatrice vidéo, le travail d’Alexia Luquet pose depuis huit ans son regard aux croisements de l’art, du social et de la planète, avec un œil - critique - sur l’innovation. Ses reportages l’ont emmenée vers des territoires peu couverts en Europe et d’autres plus lointains au Bangladesh et à Hong Kong. Elle consacre également du temps à enseigner l’éducation aux médias et à l’information.
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