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mis à jour en septembre 2021

Sobriété numérique : faut-il forcément tout débrancher ?

Mathieu Brand
Sommaire

Les usages du numérique s’appliquent à tous les domaines de notre quotidien. Pourtant son impact énergétique et environnemental oblige à revoir nos habitudes. La « sobriété numérique » peut-elle être une réponse ? Comment la déployer ? Ou faut-il au contraire accélérer la transition numérique de la société ? 

1 minute pour comprendre la sobriété numérique

3 actions à déployer pour atteindre la sobriété numérique :

  1. Vérifier l’impact énergétique
  2. Vérifier l’impact carbone
  3. Modifier les usages

Numérique et impact carbone : un constat sans appel 

Un rappel pour débuter : le numérique représente 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, selon The Shift Project. Et ce chiffre risque de doubler d’ici à 2025. En France, le secteur du numérique représente 2% des émissions et pourrait atteindre les 7% d’ici 2040. Mais comment expliquer un chiffre aussi conséquent pour un secteur qui semble immatériel, indolore, voire « magique » ? La consommation énergétique des 3 principales sources de pollution de cette industrie augmente de 9% par an. Pour en savoir plus sur ces sources de pollution, on vous recommande notre article sur l'impact du numérique sur l'environnement. Vous le verrez, pour l’heure, le numérique est davantage un problème pour l’environnement, qu’un allié de la transition énergétique et écologique. 

Sobriété numérique : ordinateur

Définition de la sobriété numérique

La sobriété numérique est portée depuis une dizaine d’années en France par Frédéric Bordage, ingénieur et fondateur de GreenIT et le Shift Project, think-tank dont les données sont incontournables pour baisser son empreinte carbone. Ce concept un peu fourre-tout désigne non pas une succession de petits gestes, comme moins regarder de vidéos, mais un changement des usages au global. De la réduction de l’empreinte carbone en achetant moins d’appareils, en passant par la réduction de la consommation énergétique du numérique, sans oublier un comportement moins compulsif vis-à-vis des écrans.


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5 actions à mettre en place pour réduire son impact numérique


Transition énergétique ou numérique, il faut choisir 

L’adage de plus en plus répandu qui veut qu’une société numérisée et dématérialisée est plus économe en énergie et participe donc à la transition écologique et énergétique ne décrit tout simplement pas la réalité. 3 points le prouvent :

1. La consommation d’électricité

L’industrie du numérique requiert une consommation d'électricité toujours plus importante et qui peine à se passer d’énergies fossiles. Début 2018, par exemple, l’ONG Greenpeace observait que 50 % de l’approvisionnement en électricité d'Amazon Web Service (l’hébergeur de plus de la moitié des 10 000 sites les plus visités au monde) reposait sur les énergies fossiles. Seulement 17% s'appuyait sur des énergies renouvelables.

2. L’utilisation de ressources naturelles

La production d’équipements numériques nécessite des quantités croissantes de ressources naturelles comme l’eau et des métaux rares, des matériaux indispensables aux technologies énergétiques bas-carbone comme les éoliennes ou les batteries. 600 kg de matières premières sont mobilisés pour un ordinateur portable de 2 kg et 70 matériaux différents, dont 50 métaux sont nécessaires pour fabriquer un smartphone. Une tendance qui s'accentue puisque les téléphones portables ne contenaient qu'une vingtaine de métaux il y a à peine dix ans... Les équipements numériques représentent 47% des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Plus que leur utilisation par les consommateurs. Voilà un des paradoxes du numérique : une industrie qui dématérialise mais qui ne joue pas le jeu de la sobriété, puisqu'elle a besoin d’énormément de matières.

3. L’effet rebond

Une nouvelle technologie n’a jamais permis de réduire la consommation d’énergie. En cause : l’effet rebond. Et la 4G (et peut-être 5G) nous en offre une parfaite illustration. La consommation des données mobiles 4G augmente de près de 30 % par an. Plus le téléchargement d’un film est rapide, plus nous allons en télécharger. Une amplification de l’utilisation des réseaux donc, qui entraînera naturellement une augmentation de la consommation énergétique des serveurs. Or, ces machines sont capables de stocker toujours plus de données, mais avec des répercussions catastrophiques en termes de rejets d’émissions et de pollution numérique

Sobriété numérique et serveurs

Dans un rapport de 2018, le Shift Project pointait que « les impacts attendus de la transition numérique sur la productivité et la croissance ne sont pas visibles dans les pays développés sur les 5 dernières années. Le taux de croissance de la zone OCDE reste stable autour de 2 %. La croissance des dépenses numériques est passée quant à elle de 3 % à plus de 5 % par an ».

La sobriété numérique, où l’art de la nuance 

Au regard du constat, il serait facile de faire une liste d’« éco-gestes numériques » à appliquer en entreprise ou chez soi. Sauf que supprimer ses mails, fermer des onglets ou opter pour un hébergeur vert, ne sera jamais suffisant et surtout ne représente pas l’étendu de la sobriété numérique. Ça serait comme résumer la permaculture à l’association de plants de tomates et de basilic... Incomplet. 

Pour le Shift Project, la sobriété numérique, c’est « passer d’un numérique instinctif voire compulsif à un numérique piloté, qui sait choisir ses directions : au vu des opportunités, mais également au vu des risques ». Cette définition, dans laquelle Carbo se reconnaît tout à fait, oblige à avoir une vision tout en nuance du numérique : ni débrancher tous nos appareils, ni adopter chaque nouvelle innovation.

« La sobriété numérique désigne un changement des usages au global : réduction de l’empreinte carbone, de la consommation énergétique, etc. »

Alors, comment déployer la sobriété numérique ? 

En vérifiant l’impact énergétique

Trop souvent, une innovation technologique est utilisée sans se soucier de sa consommation énergétique. Or, sans vérification en amont, la solution peut aggraver votre impact énergétique et donc votre empreinte carbone. Pour répondre à la question « cet objet connecté va-t-il faire baisser ma consommation d’électricité ? », deux informations sont à connaître : le coût énergétique de la phase de production de l’objet et sa consommation en fonctionnement. 

Pour accompagner cette transition, le Shift Project propose en accès libre un modèle mathématique. On le nomme Sterm pour Smart Technologies Energy Relevance Model. Il compare, pour simplifier, les gains permis par l’ajout d’une couche logicielle à ses coûts et fait le bilan sur la durée de vie du système.

Sobriété numérique : analyser l'impact énergétique

En vérifiant l’impact carbone

Nous l’avons vu, derrière chaque solution numérique se cache des kilos de matières premières et de ressources naturelles. La production d’un appareil représente d'ailleurs plus de la moitié de son impact carbone. L’achat d’un appareil numérique va forcément faire augmenter vos émissions de CO2 et plus vos appareils dureront, plus votre bilan carbone sera bon.

🖐 Bon à savoir : passer de 2 à 4 ans d’usage pour une tablette ou un ordinateur améliore de 50% son bilan environnemental, selon l’ADEME.

En modifiant les usages

Seule une action globale en entreprise et dans la société sur la durabilité des appareils et leur consommation d’énergie pourra permettre des changements globaux. Si les collaborateurs(trices) ne connaissent pas les enjeux environnementaux et sanitaires liés au numérique, les solutions green it n’adviendront pas. Et comme le monde est parfois bien fait, des initiatives non connectées pullulent pour promouvoir la sobriété numérique : 


Vous le voyez, déployer la sobriété numérique n’est pas qu’une histoire de petits gestes. Elle s’inscrit davantage dans une philosophie globale, où la question serait « et si je pouvais me passer du numérique ? ». Cette question peut avoir des réponses concrètes en entreprise à condition de sortir de l’idéologie du tout-numérique ou solutionnisme. Non, la technologie n’est pas une fin en soi. Elle n’est non plus neutre puisque chaque hardware ou software utilisé implique tout un tas de répercussions sociétales et écologiques. Au fond, la transition vers une sobriété numérique est peut-être l’un des challenges les plus excitants de notre époque...

Mathieu Brand
Journaliste indépendant spécialisé dans la transition écologique
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