Peut-on lire l’histoire de l’écologie entre les lignes de l’histoire de l’art ?

Margot Piau-Moreau
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lecture 6 min
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màj en octobre 2022
Augustine Dabout Agreenculture carbo

Si l’art reflète le monde, alors explorer son rapport à la nature promet d’en dire long sur la progression de l’écologie. Petite histoire de l’art environnemental et écologique de la préhistoire à nos jours. 

L’art environnemental compose avec la nature dans une démarche principalement esthétique pour encenser sa beauté, sa fragilité ou sa grandeur. L’art écologique lui, descendant de l’art environnemental, est caractérisé par la volonté d’engager le spectateur dans une réflexion autour des préoccupations sociales et écologiques contemporaines. La démarche artistique allie esthétisme, respect de l’environnement et parfois même sciences, ingénierie ou bien urbanisme. Des prémices de l’art environnemental dans les années 1800 jusqu’à l'avènement de l’art écologique un siècle plus tard, comment les artistes ont-ils évolué d’une position d’adorateurs de la nature à celle de citoyens éveillés ? Zoom sur quatre périodes de l’Histoire. 

Les prémices de l’art environnemental

Depuis quand l’humain invite-t-il son environnement dans son art ? Difficile à dire. Déjà à l’ère paléolithique, les humains peignaient des scènes rupestres sur les murs de grottes, s’adonnant d’une certaine manière à une forme ancestrale d’art environnemental. 

Art rupestre pendant l'ère paléolithique – Wikimedia Commons

Mais les prémices de ce dernier n’apparaissent vraiment qu’au début des années 1800. C’est durant cette période que la nature devient un sujet artistique à part entière. La période est marquée par une forte instabilité politique et des avancées scientifiques. Avec l’essor de la révolution industrielle, la crainte d’une scission entre la nature et l’humain émerge et infuse le travail des artistes romantiques. À contre-courant du rationalisme des Lumières, le Romantisme exprime l’émotion, les sentiments et place la nature comme un des sujets de prédilection. Sa beauté et sa grandeur sont magnifiées, les paysages sont des lieux de paix et de sécurité.

Falaises de craie sur l'île de Rügen, Caspar David Friedrich – Wikimedia Commons

Mais il faut attendre la première guerre mondiale pour que le mot « environnement » revête la connotation qu’on lui donne aujourd’hui et la fin des années 1950 pour assister à l’émergence de l’art environnemental.

La naissance de l’art environnemental

Les années 1960 donnent naissance aux premiers courants de pensée écologistes. Pendant cette période, plusieurs courants artistiques émergent, dont un en particulier qui cherche à connecter l’art et le vivant et à s’éloigner des galeries d’arts et des musées : le land art. Le land art des années 1960 se divise en deux approches. La première est la sculpture de vastes espaces naturels, souvent grâce au terrassement, impliquant souvent une modification permanente de l’environnement (malgré le caractère éphémère des œuvres). Spiral Jetty de Robert Smithson est un des exemples les plus célèbres. Pour créer dans l’Utah son immense sculpture de roches, Robert Smithson déplaça plusieurs milliers de tonnes de matières premières. À mi-chemin entre environnement et industrie, Spiral Jetty fut créé au sein d’une ancienne zone d’exploitation minière devenue peu exploitable ce qui revalorisa la zone.

Spiral Jetty de Robert Smithson

La deuxième approche, plus en harmonie avec la nature, compose avec l’environnement pour le mettre en valeur. L’artiste Nils Udo et son œuvre Le Nid de la fin des années 1970 s’inscrivent dans cette démarche. Nils Udo créa son nid en forêt à partir de matières premières présentes telles que du bois, des feuilles ou encore de la mousse. La sculpture symbolise le berceau de l’humanité, le foyer mais aussi un lieu de paix et de recueillement. Les œuvres de Nils Udo font partie intégrante de leurs lieux d’exposition.

Le Nid, de Nils Udo

Dans le même temps, le trash art se développe. Initié dans la première moitié du XXe siècle avec notamment la récupération du plastique et du fer. C’est surtout à partir des années 1960 que le courant se développe en réponse à la société de consommation et au modernisme.

Les années 1970 marque également la création du « Jour de la Terre » et les premières mesures écologistes. Une certaine forme de conscience écologique se développe et commence à se répercuter sur le travail de certains artistes. On assiste dans les villes à la naissance de ce qu’on appelle aujourd’hui l’art écologique et à l’émergence de nombreuses figures féminines, parmi lesquelles Agnes Denes, Patricia Johanson ou Helen Harrisson. Ce mouvement émerge dans un contexte d’urbanisation des villes de plus en plus importante.

Helen et Newton Harrison forment un duo d’artistes pionniers de l’art écologique. Ils travaillent avec des scientifiques, des architectes ou encore des urbanistes pour proposer des solutions aux problématiques sociales et environnementales par l’art. Leur projet « Sacramento Meditations » de 1977 mêle graffitis, affiches et panneaux affichés dans les espaces urbains et les musées. Ce projet, un des premiers en son genre, critique l’utilisation intensive de l’eau dans l’agriculture et ses conséquences sur la biodiversité.

Sacramento Meditations, Helen et Newton Harrison

Bien que la nature soit au centre de ces différentes démarches artistiques, les préoccupations écologiques et sociales caractéristiques de l’éco-art ne commenceront à se répandre dans l’art qu’au milieu, voire la fin, des années 1980.

D’art environnemental en art écologique

En 1982 en Allemagne, un artiste du nom de Joseph Beuys entreprend le projet fou de planter 7000 chênes à Kassel, chaque chêne accompagné d’une colonne de basalte. Au fur et à mesure que les chênes sont plantés, la pile diminue jusqu’à disparaître. Le but de ce projet, qui dura plusieurs années, était d’alerter sur les menaces écologiques de l’époque. En mêlant implication sociale, environnementale et politique pour dénoncer la pollution, Joseph Beuys est considéré comme un des premiers artistes européens d’art écologique.

7000 arbres, de Joseph Beuys

Ainsi les années 1980 marquent un tournant. Le VIH, la guerre froide ou encore la catastrophe de Tchernobyl sont autant de préoccupations sociales et écologiques qui ont de plus en plus influencé le travail des artistes à des fins politiques ou de sensibilisation. Les artistes écologiques transforment le spectateur en acteur pour l’engager dans une réflexion sur les problématiques de l’époque.

L’art écologique est majoritairement reconnu comme mouvement à part entière à partir de 1990, plusieurs éco-artistes font l’objet d’une reconnaissance nationale ou internationale. C’est le cas de Frans Krajcberg, artiste polonais émigré au Brésil après la guerre, dont la démarche artistique tourne autour de la cause environnementale dès 1950. Sculpture sur bois, emprunte sur végétaux ou photographie sont autant de techniques qui supportent son art. Il devra cependant attendre les années 1990 pour que son travail soit de multiples fois récompensé par un grand nombre d’expositions à grand succès en Europe et en Amérique du Sud.

Frans Krajcberg
Frans Krajcberg

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, l’art écologique est en expansion. Le réseau « Ecoart Network », groupement international d’artistes fondé en 1999 dont l’objectif est la discussion autour de l’art écologique et ses pratiques, défini l’art écologique comme contenant un ou plusieurs des principes suivants :

  • La mise en avant des interactions présentes au sein de notre environnement (politique, culturel, biologique, historique…).
  • La création d’œuvres qui utilisent des matériaux naturels ou créent une interaction avec les éléments tels que le vent, l’eau, la lumière du soleil.
  • La restauration des espaces naturels.
  • La sensibilisation des spectateurs aux problèmes environnementaux.
  • La réflexion autour du lien entre l’humain et son environnement et la proposition de nouvelles solutions durables et restauratrices pour l’environnement.

Dans les années 2000, les frontières entre les mouvements s’effacent et les techniques peuvent se mélanger. L’art écologique commence à influencer les street artistes et une partie d’entre eux commencent à utiliser leurs œuvres pour sensibiliser. C’est le cas par exemple de l’artiste Sonny et ses fresques murales géantes alertant sur la disparition de la faune.

Sonny

Plus qu'esthétique, l’art écologique crée des ponts entre Art, Science et Humanité. Mouvement en ébullition et en évolution constante, il participe activement à la réflexion sur notre rapport à notre environnement, et sur notre avenir.

Margot Piau-Moreau
Margot est créatrice de contenu. Elle s'intéresse à l'écologie, la société, les humanités et les arts, sujets sur lesquels elle partage ses réflexions et découvertes.
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