Impact du numérique : mythe ou réalité ?

Emmanuel Watrinet | CMO @ Carbo

S’il fait la une depuis peu de temps, l’impact environnemental du numérique intrigue plus qu’il n’inquiète réellement.

Et pour cause, entre culpabilisation due à une boîte mail pleine et doutes sur ce qui fait le meilleur achat (un smartphone reconditionné ou un neuf ?), on s’y perd vite.

Pourtant, le constat est sans appel : le numérique, c’est aujourd’hui 4% des émissions de gaz à effet de serre, chiffre qui risque de doubler d’ici à 2025. Mais comment expliquer un chiffre aussi conséquent pour un secteur qui semble immatériel, indolore, et « magique » ?

La face cachée des smartphones et des ordinateurs

C’est une réalité que l’on souhaiterait ne pas voir, mais avant d’arriver dans les célèbres magasins totalement immaculés et tout de verre vêtus, nos smartphones ont réalisé un tour du monde qui est loin d’être aussi propre.

« Toute la chaîne de fabrication de ces équipements carbure aux énergies fossiles : l'extraction des composants et leur transport, la fabrication des pièces détachées et leur transport, l'assemblage du produit fini puis son transport jusqu'au pays de distribution », détaille un rapport très instructif de l’ONG Greenpeace.

Carbo Impact Numérique

« La fabrication d’un ordinateur de 2 kg nécessite 800 kg de matières premières, soit 124 kg de CO2. C’est 500 kg pour une box Internet », chiffre même un rapport de l’Ademe de novembre 2019 (La face cachée du numérique).

Pour casser le suspense intense dans lequel nous vous avons embarqués au début de cet article, c’est bien cette chaîne de fabrication des équipement qui se place en tête des émissions de gaz à effet de serre du numérique. Selon l’Ademe, les équipements (de leur fabrication à leur fin de vie) représentent à eux seuls 45% des émissions de gaz à effet de serre.

Voilà un des paradoxes du numérique, une industrie qui dématérialise en masse, mais qui a besoin d’énormément de matière.

Mentionnons au passage la pollution des écosystèmes : des rivières détruites par l’exploitation de mines au Brésil, des décharges à ciel ouvert remplies d’appareils numériques usagés au Congo ou encore des « villes-cancer » en Chine, où, à cause de l’extraction des terres rares, indispensables aux outils numériques, des centaines de milliers de personnes souffrent prématurément de cancer.

Un Internet qui ne tombe pas du ciel

Facebook et Google tente bien de décorer le ciel de ballons pour connecter le maximum de personnes à Internet, nous nous connectons aujourd’hui grâce à des câbles sous-marins, enfouis au fond de tous les océans et mers du globe. Et les chiffres donnent le tournis : 406 câbles sous-marins fonctionnaient début 2020, le plus court faisant 131 kilomètres, le plus long plus de 20 000 kilomètres, en partant de Malaisie pour arriver en Californie.

Le site submarinecablemap.com référence l’ensemble de l’infrastructure sous-marine nécessaire au bon fonctionnement d’Internet (attention, c’est assez addictif). Installer de tels câbles nécessitent, comme vous pouvez l’imaginer, de l’équipement lourd, et notamment des bateaux, qui n’avancent malheureusement pas avec la seule force du vent. Si ce sujet vous intéresse, le site Usbek & Rica a fait un état lieu assez passionnant sur les enjeux géopolitiques et financiers engendrés par...

Les infrastructures réseau, autrement dit ces câbles, représentent, toujours selon l’Ademe, 28% des émissions de gaz à effets de serre émis par le numérique. 45 + 28 faisant 75, il reste encore 25% pour atteindre les 100%. A quoi correspondent alors ces 25% ?

Des Data Centers qui roulent au charbon

La réponse tient en un bâtiment plutôt laid, qui pousse un peu partout dans le monde et bien plus rapidement que les tomates de votre potager : le data center. Ces infrastructures qui ressemblent à de grands hangars sont composées de centaines de serveurs, destinés à stocker et à traiter de grandes quantités de données, vos données : mails, photos, vidéos, et celles des entreprises. On en produirait actuellement 2,5 trillions d’octets par jour.

Carbo - Data Center - GIF

Selon le site Data Center Map, il y en aurait 4 081 répartis dans 118 pays. Mais comment ces centres et ces serveurs peuvent-ils rejeter autant de CO2 ? Y aurait-il des cheminées invisibles au-dessus des data centers...?

Direction la Chine pour mieux comprendre. Là-bas, on en dénombre 1,5 million, qui sont à l’origine de 2,35 % de la consommation totale d’électricité du pays. Et tout le problème réside ici : « À l'heure actuelle, les centres de données chinois utilisent un mix énergétique composé à 73% de charbon, à 23% d'énergies renouvelables et à 4% d'énergie nucléaire » nous apprend l’étude de Greenpeace et de l’université North China Electric Power. Il n’y a donc pas de cheminées invisibles, mais bien une pollution qui pourrait être qualifiée d’indirecte : les data center ont besoin de beaucoup d’électricité, l’électricité provient en grande majorité du charbon - une énergie fossile ultra polluante, les rejets de CO2 des data center sont donc conséquents.

Apple, Google et Facebook s’engage depuis 2017 à faire tourner 100% de leur data center à travers le monde aux énergies renouvelables. En France, où l’électricité provient à plus de 75% du nucléaire, les émissions de gaz à effets de serre dues aux data center sont moindre. Le nucléaire est-il pour autant une énergie propre ? On ne s’aventurera pas dans ce débat-là... À noter également que Facebook, Apple et Google se sont engagés à approvisionner 100% de leur data center en énergies renouvelables. Un objectif très difficile à réaliser au vue de l’explosion de la production de données à travers le monde.

Carbo Renewables Landscape

Voici donc les trois principales sources d’émissions de gaz à effet de serre du numérique. Il nous a semblé important d’éclaircir ce sujet avant de vous proposer des recommandations pour réduire-son-empreinte-carbone-sans-se-déconnecter, puisque très souvent, celles-ci mélangent consommation énergétique, empreinte carbone et destruction des écosystèmes. Un avant-goût de ce qui vous attend dans ce billet avec l’un des spécialiste français de la question, Frédéric Bordage, créateur de Green IT, interrogé par 20 Minutes : « En supprimant ces vieux mails, on agit sur 0,0005 % de notre pollution numérique. ».

Ça promet.


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